jeudi 21 février 2008

Erica Fraters - Réfractaires à la Guerre d’Algérie (1959-1963)



Un travail de mémoire

La loi du 23 février 2005, rappelons-le, dans son article 1, exprime reconnaissance de la nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés : «la nation exprime sa reconnaissance aux femmes et aux hommes qui ont participé à l’œuvre accomplie par la France dans les anciens départements français d’Algérie, du Maroc, de la Tunisie et de l’Indochine ainsi que dans les territoires placés antérieurement sous la souveraineté française.»

Cette loi a provoqué une onde de choc auprès des historiens , intellectuels, chercheurs et autres personnalités du monde politique qu’ils soient algériens ou français, et ce, même après l’intervention du président de la République française M.Jacques Chirac proposant à l’Assemblée nationale la réécriture de cette loi notamment son article 4 stipulant que « Les programmes scolaires reconnaissent le rôle positif de la colonisation .» A ce sujet, le président français a souligné il y a deux semaines, par rapport aux relations algéro-française, détériorées suite à ladite loi l’importance d’une « relation nouvelle, confiante et durable, qui est dans l’intérêt de tous ».

«Le passé n’est passé que lorsque l’ont peut s’en passer » dit l’adage. En effet et coïncidence sur coïncidence Erica Fraters a édité son livre sous forme de témoignage en étroite collaboration avec l’ ACNV, Action civique non violente. Livre intitulé, « Réfractaires à la guerre d’Algérie, 1959-1963» et sorti au mois de décembre de l’année dernière chez Syllepse.

Après avoir été sur les étalages de la Librairie libertaire à Paris il est distribué dans toutes les librairies de France,depuis le mois de janvier , justement pour dire non à cette loi et « réécrire » à sa façon l’histoire de la guerre d’Algérie qu’elle a vécu en direct.

Mais qui est Erica Fraters ?

En fait c’est un nom qui n’existe pas ! Oui chères lectrices et lecteurs il s’agit tout simplement de l’anagramme du mot réfractaires qui englobe toutes ces femmes avec un grand F et tous ces hommes avec un grand H qui ont décidé de témoigner en faveur de l’histoire de la guerre d’Algérie. Il s’agit là d’une œuvre de mémoire. Les Georges Abadia, Cécile Baudonnel, Amégninore, Josette et Yvon Bel, Anita et André Bernard, Pierre Boisgontier, Nadia pour les uns ou Nicole Cheyrouze pour les autres qui n’est autre que la veuve du moudjahid Hocine Cheyrouze, décédé le 18 juillet 2004 à Alger (lire notre édition du 18 juillet 2005 en page Evocation), Geneviève Coudrais, Philippe Delord et tant d’autres qui ont toujours dit non à la colonisation « positive», et ce, depuis le déclenchement de la guerre de libération nationale qui l’ont d’ailleurs soutenue jusqu’au bout et sont restés debout avec un courage étonnant jusqu'à l’indépendance .

Tous ceux-là, ont pris la décision de témoigner par écrit, en juin 2003, lors d’une rencontre sur le Causse Noir face au Larzac, prés de Millau. Soit avant même la promulgation par l’Assemblée nationale de la loi du 23 février 2005 Quarante ans, donc, après la fin de la guerre d’Algérie, un groupe d’anciens réfractaires, et solidaires, à la guerre d’Algérie décident de témoigner. Avoir envie de se rencontrer, pour se raconter, tant d’années après, était parfaitement déraisonnable. Déraisonnables, ils avaient déjà montré qu’ils pouvaient l’être. Leur livre-témoignage nous apprend également comment ils ont décidé ensemble de dire non et d’attiser une conscience, si actuelle, de la désobéissance civile comme forme incontournable de toute civilisation humaine…

L’avocat Jean-Jacques de Felice qui a préfacé cette œuvre ô combien courageuse signe : "Honneur à vous, les insoumis, les déserteurs,les objecteurs, les réfractaires qui avez eu le courage de résister ,de dire non, à la pacification, à la torture, aux répressions, aux camps d’internement, le courage de désobéir aux ordres, à la loi même, aux violations des Droits de l’homme, droits individuels et collectifs, droit à l’autodétermination et à l’indépendance du peuple algérien... Vous étiez et vous restez modestes, vous faisiez ce que vous dictait votre conscience, et vos refus étaient multiples, variés, personnels; ils étaient riches de leur diversité..."

Il convient de signaler que la postface de cette œuvre est signée par la sociologue Djaouida Sehili. Nadia Cheyrouze qui a témoigné en compagnie de son mari Henri, dit Hocine, dans ce livre et lors d’un entretien téléphonique nous dira : «Cet ouvrage se veut un travail de mémoire afin que nul n’oublie.» Comme un seul homme est, par ailleurs, le titre d’un film sur les réfractaires à la guerre d’Algérie qui sera réalisé prochainement par François Chouquet, on peut également avoir accès a toutes les informations sur le site des réfractaires à la guerre d’Algérie : www.refractairesnonviolentsalgerie1959a63. Le vendredi 13 janvier 2006 à Paris, plus précisément aux salons Vianney, dans le 12e arrondissement, a eu lieu une cérémonie solennelle en hommage aux compagnons de lutte français qui ont été décorés par les autorités diplomatiques et consulaires algériennes, pour l’aide active et effective qu’ils nous ont apportée pendant la guerre de libération nationale.

Parmi les médaillés figuraient Roland Dumas ancien ministre des Affaires étrangères et président honoraire du Conseil constitutionnel français, maître Jacques Verges, cheville ouvrière du collectif des avocats du FLN, Anne-Marie Parodie décorée sur son lit d’hôpital ainsi que Peju Marcel et d’autres, à titre posthume. Et les réfractaires à la guerre d’Algérie pourquoi n’ont-ils pas été conviés à cette cérémonie ? Peu importe, une chose est sûre, il s’agit là d’un livre qu’il faut absolument lire, ne serait-ce que pour avoir une idée sur cette fameuse loi du 23 février 2005.

De Paris, Hadj Hamiani, la Nouvelle République

Paco, 24 février 2006

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