lundi 27 décembre 2010

Le premier livre objet sur la guerre d'Algérie


Pendant plus d'une année, Benjamin Stora est allé à la rencontre de ceux qui ont participé à ce long conflit : anciens combattants d'Afrique du Nord, d acitve ou appelés, militants nationalistes du FLN-ALN, harkis, pieds-noirs, opposants à la guerre. Tous ont ouvert leurs archives, à la recherche des traces du passé.

Le choc d'un livre tout en couleurs, grâce aux « Instamatic Kodak » des appelés et aux couleurs des documents originaux. Plus de 100 documents inédits en fac-similés, rassemblant toutes les mémoires de ce conflit fratricide en un seul livre.

- Benjamin Stora, Tramor Quemeneur, Algérie 1954-1962 : Lettres, carnets et récits des Français et des Algériens dans la guerre, ARENES EDITIONS, 2010.

Yanis en Algérie


Yanis a onze ans. Il habite à Belcourt, un quartier d'Alger. Drôle et émouvant, son récit nous fait découvrir, au fil des jours, l'Algérie d'aujourd'hui. Sous la forme d'un journal Yanis, raconte sa vie dans un style simple, précis et sensible.

De nombreux volets à soulever et un superbe dépliant panoramique de quatre pages au milieu du livre. À chaque page, une mine d'informations documentaires (l'école, l'islam, le pétrole, les animaux du désert...) répond aux questions des enfants.

Le journal de Yanis en Algérie, raconté par Mohamed Kacimi, illustré par Charlotte Gastaut et Christian Heinrich.

Prix Germaine Tillion 2010 de l'université Paris Ouest Nanterre La Défense


Dans les années 1890, on assiste à une dénonciation croissante des abus de pouvoir en Algérie coloniale. La compétition électorale de la minorité française en est souvent à l'origine. Mais l'attention du Parlement et de la presse métropolitaine grandit pour transformer ces affaires en « scandales algériens ».

Ils donnent à voir un système politique et administratif gangrené par la violence, le clientélisme et la corruption qui sont nourris par l'abondance des fonds publics dans une colonie de peuplement boudée par le grand capital. Comme pratique et représentation du pouvoir, l'abus est alors facilité par le droit, la confusion du droit et la défaillance des institutions de contrôle, dans un contexte plus général de sous-administration. Ces données sont parfaitement intégrées par les agents de l'État et l'ensemble des ad de contournement, propres à faire durer le système.

- Didier Guignard, L'abus de pouvoir dans l'Algérie coloniale (1880-1914). Visibilité et singularité, PUPO, 2010.

dimanche 5 décembre 2010

D’Alger à Mai 68

Ceux qui, dans les années 1960 et 1970, ont cru à l’effondrement du vieux système d’exploitation et d’oppression, n’ont pas tous sublimé leur révolte et accepté de se couler dans les institutions.

Né à Alger en 1941, François Cerutti a rapidement rejoint ceux qui, en France, ont milité pour l’indépendance de l’Algérie. Pour lui, la révolte des peuples colonisés contre la domination criminelle des colonisateurs était un signe de l’imminence du renversement de la société bourgeoise. Insoumis, il part pour le Maroc. À Alger, de 1962 à 1965, il travaille dans une entreprise autogérée. Avec un petit groupe de membres de la IVe Internationale, il milite pour la consolidation du secteur autogéré face à la volonté de mainmise toujours plus forte du FLN et du gouvernement sur celui-ci.

En 1965, le coup d’État de Boumediène le fait rentrer en France, où l’armée l’oblige à faire le service militaire auquel il s’était soustrait. Il s’y heurtera à la bêtise et à la vindicte de l’institution, qui l’enverra pour quelques mois en prison.

Mai 68 le trouve aux premières loges, puisqu’il habite au Quartier latin et y travaille dans une librairie militante, vouée à la critique du léninisme et des régimes qui s’en réclament. Il participe à la coordination des comités d’action des entreprises de la région parisienne. Surtout, le mouvement de Mai renforce sa conviction que « le monde va changer de base » et que les vieilles organisations du mouvement ouvrier, piliers de l’ordre existant, devront être balayées.

Le récit de ce cheminement qui, d’un « pied-noir » fera un « pied-rouge », d’un révolté un révolutionnaire, c’est aussi celui de rencontres, d’actions militantes, de réflexions qui ont influencé toute une génération, dont une partie continue à affirmer, comme François Cerutti : « La nécessité de changer ce monde est de plus en plus évidente et urgente. »

Avant-propos de Mohammed Harbi.

- François Cerutti, D’Alger à Mai 68, Mes années de révolution, Editions Spartacus, 2010.

jeudi 18 novembre 2010

Benjamin Stora

Les immigrés algériens en France : une histoire politique, 1912-1962, Hachette Littératures, 2009

Le mystère De Gaulle. Son choix pour l'Algérie, Robert Laffont, 2009

Mitterrand et la guerre d'Algérie
, avec François Malye, Calmann-Lévy, 2010

Algérie 1954-1962 - Lettres, carnets et récits des Français et des Algériens dans la guerre, Les Arènes, 2010

Bibliographie de l'Algérie depuis l'Indépendance, CNRS, 2011 (à paraître)

http://www.univ-paris13.fr/benjaminstora

vendredi 12 novembre 2010

Jean-Paul Lecoq, un député indésirable au Maroc

Jean-Paul Lecoq, député communiste de Seine-Maritime, a été expulsé de Casablanca (Maroc) le 8 novembre. Il tentait de rejoindre El Ayoun, capitale du Sahara Occidental occupé par le Maroc, où la population sahraouie subit une répression qui rappelle des heures sombres.

Depuis 1993, la Ville de Gonfreville l’Orcher est jumelée avec J’Refia, une ville sahraouie réfugiée dans le désert algérien du fait de l’occupation du Sahara Occidental par l’envahisseur marocain. Ce n’est donc pas sur un coup de tête que Jean-Paul Lecoq (député-maire PCF de la commune) a tenté de se rendre à El Ayoun dimanche soir en tant qu’« observateur ». Présent au Mans fin octobre pour la 36e conférence des Comités de soutien au peuple Sahraoui (EUCOCO), le député membre de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale a été alerté sur les violences en cours dans les territoires occupés.

Lors de son arrivée dans l’aéroport de Casablanca, dimanche soir, Jean-Paul Lecoq a eu droit un comité d’accueil musclé. « J’ai été arrêté par la police qui m’a dit que la zone était interdite. On m’a demandé mon passeport. Deux heures plus tard, on me l’a redonné avec un billet de retour direct pour Paris. Il est inadmissible qu’on empêche des parlementaires d’aller voir ce qui se passe à El Ayoun », explique le député qui s’étonne aussi de ne pas avoir eu de contact avec l’ambassade de France durant son court séjour marocain. Le quai d’Orsay n’a émis aucune protestation… « Etais-je donc un député gênant pour le Maroc comme pour la France », s’interroge le parlementaire.

Pendant ce temps, des nouvelles alarmantes arrivent toujours d’El Ayoun où des affrontements auraient fait plusieurs morts. L’inquiétude est vive également pour le Campement de la Liberté de Gdem Izik (situé à l’est d’El Ayoun) où les forces marocaines sont intervenues lundi pour détruire les tentes où habitent environ 20 000 Sahraouis. Des hélicoptères ont largué des bombes lacrymogènes et des canons à eau ont agressé des personnes qui protestent pacifiquement. Il est difficile d’obtenir des informations précises. La peur et la censure jettent une chape de plomb sur la région. Comme les élus étrangers, les journalistes ne sont pas bienvenus sur place. Des reporters espagnols ont été refoulés ces jours-ci. Que veut cacher le gouvernement marocain ?

Le Sahara Occidental est occupé par le Maroc depuis 1975, date de la Marche verte commandée par Hassan II. Le Sahara Occidental est donc aujourd’hui le seul territoire non-décolonisé d’Afrique. Au-delà de la répression qui écrase le peuple sahraoui depuis des décennies, le Maroc pille illégalement les ressources naturelles du Sahara Occidental avec la complicité de pays européens, dont la France.

Le gouvernement français doit cesser son soutien inconditionnel au gouvernement marocain et doit agir pour que l’ONU organise un référendum d’autodétermination comme elle s’y est engagée en… 1991. « Ce qui se passe aujourd’hui est la conséquence du non-respect du droit fondamental des Sahraouis à choisir librement leur destin », expliquait récemment Mohamed Abdel Aziz, président de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) et secrétaire général du Front Polisario.

Jean-Paul Lecoq est intervenu le 9 novembre à l’Assemblée nationale pour demander une réunion d’urgence de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale.

Paco, 11/11/10

dimanche 24 octobre 2010

Albert Camus : Solitaire et solidaire

- Catherine Camus, Albert Camus : Solitaire et solidaire, Michel Lafon, 2010.

lundi 11 octobre 2010

La Colonie française en Algérie

Ce livre est dédié à la mémoire de toutes les victimes, innombrables, dont il est question dans cet ouvrage:

- celles de la Conquête de l’Algérie,
- celles de la colonisation,
- celles du 8 mai 1945 en Kabylie,
- celles des « événements d’Algérie »,
- qu’elles soient algériennes (civils, fellaghas, Harkis),
- ou françaises (civils, militaires et appelés du contingent, Pieds-Noirs),
- celles de la décennie noire,
- celles du terrorisme d’État.

- Lounis AGGOUN, La Colonie française en Algérie, 200 ANS D'INAVOUABLE - Rapines et péculats, Editions Demi Lune, 2010.

samedi 9 octobre 2010

Le pardon et la rancoeur

Peut-on se réconcilier avec son ennemi ? Pour les anciens adversaires sud-africains et franco-algériens, l'enjeu est identique : s'extraire de la domination coloniale et construire un rapport de confiance après les violences de la guerre. En Afrique du Sud, les vainqueurs ont choisi de pardonner aux responsables et bénéficiaires de l'Apartheid. Entre la France et l'Algérie, la séparation des populations après les accords d'Evian semble avoir dispensé de rechercher les voies de la réconciliation. Mais les accords politiques garantissent-ils que les sociétés et les individus s'entendent ? Où en est-on aujourd'hui ?

A travers les récits et les trajectoires d'ex-combattants sud-africains, algériens et français, Laetitia Bucaille explore dans ce livre de sociologie politique les voies empruntées, les impasses, les attentes, les espoirs et les signes d'ouverture. Dans les témoignages de tous, elle saisit l'expérience intime, les émotions, les sentiments de perte, de fierté ou de culpabilité.

- Laetitia Bucaille, Le pardon et la rancoeur. Algérie/France, Afrique du Sud: peut-on enterrer la guerre ?, Editions Payot et Rivages, 2010.

Laetitia Bucaille, sociologue, est maître de conférences à l'université Victor-Segalen/Bordeaux 2 et membre de l'Institut universitaire de France.

jeudi 30 septembre 2010

"Déplacements forcés et exils en Europe au XXe siècle. Les conditions de départ et d’accueil"

Musée Mémorial de l’Exil de La Jonquera (Espagne, Catalogne), 22 octobre 2010

Ce séminaire d’une journée aura pour but de montrer les aspects liés au départ et à l’accueil de populations dans des situations d’exil et de déplacements, ainsi que les conséquences qui en découlent. Le séminaire sera centré autour de la logistique et des problèmes humanitaires qui entourent les grands mouvements de populations. À savoir, les conditions de départ, les interventions gouvernementales et non gouvernementales à l’accueil, les réactions des populations autochtones face aux nouveaux-venus, l’impact sur le territoire, les possibilités de retour. Ces questions se posent à partir de différents cas qui eurent lieu en Europe au cours du XXe siècle, conséquences de conflits militaires entre pays, guerres civiles et affrontements ethniques: les conférences du matin ont pour cadre la guerre civile espagnole (1936-1939) et l’exil des républicains, suivant le fil chronologique, l’après-midi, aux temps de la seconde guerre mondiale, l’indépendance algérienne en 1962, et les guerres des Balkans aux années 90.

Le présent séminaire fait partie d’un programme global intitulé “
Déplacements forcés et exils en Europe au XXe siècle”, dans le cadre duquel se réaliseront deux autres séminaires interdisciplinaires en 2011. Les trois séminaires donneront lieu à un colloque international en 2012. Dans un esprit de collaboration transfrontalier, les séminaires se dérouleront à La Jonquera, Girona, Perpignan et Rivesaltes.

Les organisateurs sont le CREC et le CRHiSM de l’Université de Perpignan Via Domitia (UPVD), l’Institut de Recherche Historique de l’Université de Girona, le Musée Mémorial de l’Exil de La Jonquera (MUME), le Mémorial de Rivesaltes (MMCR), la Cinémathèque Eurorégionale – Institut Jean Vigo (IJV).

Programme

9h30-10h. Réception

10-10h30. Discours

10h30-11h. Michel LEIBERICH, docteur en Histoire, UPVD

"Les exils dans la logique des violences collectives depuis la fin du XIX° siècle"

11h-11h30. Ruben DOLL, doctorant, UdG

"La Generalitat de Catalunya et le sauvetage des vies aux temps de la révolution et de la guerre"

11h30-12h. Juli CLAVIJO, docteur en Histoire

"L'accueil en Catalogne de réfugiés et de personnes déplacées d’autres régions de l’Espagne pendant la guerre civile"

12h-12h30. Dolores PLA, Instituto Nacional de Antropología e Historia, México

"Accueil des réfugiés républicains au Mexique"

12h30-13h. Suzanne AUBRESPY-AGULLO, doctorante, Université de Toulouse

"Exil et internement en Algérie des réfugiés républicains espagnols (1939-1943)"

13h-13h30. Grégory TUBAN, doctorant, UPVD

"Les déportations d'internés politiques vers l'Afrique du Nord au départ de Port-Vendres en 1941"

13h30-14h. Débat

14h-15h. Repas

15h-15h30. Francesc VEIGA, UAB, Barcelone

"Deux fois étranger: déplacements forcés en Europe au XXe siècle"

15h30-16h. Frederick WIES, doctorant, UPVD

"Il y a 70 ans… La persécution raciale en Sarre culmine avec l’Opération Bürckel du 22 octobre 1940. Présentation de l’exil des Juifs de Sarre en 1935 et l’anéantissement de leur communauté à l’automne 1940"

16h-16h30. Josep CALVET, docteur en Histoire

"Le passage de la frontière franco-espagnole et l'accueil en Espagne franquiste de personnes en âge militaire pendant la II Guerre Mondiale"

16h30-17h. Philippe BOUBA, doctorant, UPVD

"L'arrivée et l'accueil des Pieds-Noirs dans les Pyrénées-Orientales en 1962, Port-Vendres et Perpignan face à l'exil des Rapatriés d'Algérie"

17h-17h30. Abderahmen MOUMEN, docteur en histoire

"De l'Algérie au camp de Rivesaltes. Les conditions de départ et d'accueil des harkis en 1962"

17h30-18h. Boban MINIC, Professionnel journalisme

"Les Ulysses des guerres balkaniques"

18h-18h30. Débat /Conclusions

http://www.museuexili.cat

Madeleine Rebérioux


Sont ici rassemblés les articles d’histoire politique les plus significatifs de l’œuvre de Madeleine Rebérioux, emblématiques de nos enjeux contemporains.

Ce livre dessine le portrait d’une France des droits de l’homme et du socialisme de Jaurès : conquêtes des libertés fondamentales, combats pour la justice et les droits sociaux, engagement des intellectuels, fidélité à l’histoire de la Révolution de 1789, à celle de la Commune et de l’affaire Dreyfus, à la lutte contre le colonialisme.

Vive la République ! se veut une contribution à la connaissance de la France républicaine aussi bien que la démonstration de l’importance de l’histoire face aux périls qui menacent les libertés civiques.

- Madeleine Rebérioux, Vive la République ! Histoire, droits et combats de 1789 à la guerre d'Algérie, Edition Demopolis, 2009.

Madeleine Rebérioux (1920-2005) a enseigné l’histoire à l’université et à l’EHESS. Directrice de la revue Le Mouvement social, présidente de la Société d’études jaurésiennes, elle a participé à la création du musée d’Orsay. Militante anticolonialiste, des droits sociaux et féministes, elle a été la première femme à présider la Ligue des droits de l’homme entre 1991 et 1995.

samedi 25 septembre 2010

3 discours

"Africains, levons-nous !", Patrice Lunumba

"Nous préférons la liberté", Sékou Touré

"Le devoir de civiliser", Jules Ferry

Il y a cinquante ans, la plupart des territoires d’Afrique accédaient à leur indépendance. Parmi les leaders des mouvements de libération, Patrice Lumumba, héros national congolais, combattait pour le rassemblement des peuples africains contre l’impérialisme. Avant lui, le Guinéen Sékou Touré appelait déjà à « l’épanouissement des valeurs de l’Afrique ». Les voix africaines s’élevaient pour la première fois contre l’idéologie dominante en Europe depuis le XIXe siècle, le colonialisme, défendu notamment par Jules Ferry, lequel prônait « le devoir de civiliser les races inférieures ».

www.lecerclepoints.com

dimanche 19 septembre 2010

L’Arabe pour les nuls

Résumé :

Vous envisagez de voyager, de vivre ou de travailler dans un pays arabe ? Vous aimeriez pouvoir tenir une conversation basique avec un commerçant à Marrakech, ou encore écrire et reconnaître les caractères arabes ? Apprendre l'arabe est pour vous un loisir ou une nécessité professionnelle ? Quelles que soient vos raisons, ce livre vous permet de connaître les bases d'une langue qui n'est pas aussi difficile qu'elle en a l'air. Il s'adresse aux débutants qui veulent progresser rapidement en arabe.

- Amine Bouchentouf, Aboubakr et Sylvie Chraibi, L’Arabe pour les nuls, First, 2007.

dimanche 8 août 2010

L'Algérie, coeur du Maghreb classique

De la prise de Carthage par les Islamo-Arabes à l'allégeance à l'Empire ottoman du maître d'Alger, l'histoire d'un Maghreb classique où l'Algérie n'existe pas encore. Sur fond de structuration tribale de la société, des Etats régionaux, almoravide et almohade, voient le jour. L'auteur étudie la progressive marginalisation de la région débouchant sur une réorientation émotionnelle du religieux.

- Gilbert Meynier, L'Algérie, coeur du Maghreb classiquede l'ouverture islamo-arabe au repli (698-1518), La Découverte, 2010.

samedi 7 août 2010

L’Algérie des origines

Les Algériens d'aujourd'hui' hui, dans leur culture et leur organisation sociale, sont les héritiers d'une riche histoire millénaire, qui ne se réduit pas aux siècles écoulés depuis l'avènement de l'islam et aux cent trente-deux ans de la domination coloniale française. C'est à la découverte de cet héritage antéislamique de l'Algérie, trop méconnu, qu'invite Gilbert Meynier dans ce livre. Après l'évocation des découvertes archéologiques qui montrent que le territoire de l'actuelle Algérie fut l'un des premiers berceaux de l'humanité, il retrace l'histoire des États qui s'y constituèrent alors. Ils étaient en relation - commerciales, techniques et culturelles - avec le Proche-Orient et, plus largement, avec les pays qui bordent la Méditerranée : l'influence punique, puis l'influence romaine, seront déterminantes pour modeler l'organisation politique et économique, la culture et les orientations religieuses des ancêtres des Algériens, même s'ils restaient largement tributaires du vieux substrat libyco-berbère.

- Gilbert Meynier, L’Algérie des origines - De la préhistoire à l’avènement de l’Islam, La Découverte, 2007.

samedi 31 juillet 2010

"Quand je serai grand, je ferai berbère"


Laissez vous entraîner par la saga de Maurice, l’orphelin de Lorraine, qui débarque au Maroc en 1926 pour y mater la révolte des tribus d’Abdel Krim, mais Maurice déteste cette guerre coloniale. Suivez-le quand il s’opposera à l’armée américaine de Patton qui débarque au Maroc pendant la Seconde Guerre mondiale. Il aime passionnément le Maroc, mais Maurice sera pris dans la tourmente de ce pays qui cherche son indépendance. Meurtres sauvages d’Européens, réponse tribale de l’armée française et c’est l’engrenage dramatique. Il échappera à des attentats, il ne vivra plus qu’avec son revolver et sa grenade dans la poche. Le calme revient, Maurice trouve sa voix au Sud marocain en aidant les fellahs à développer leur agriculture, il est aimé et respecté, Maurice c’est sur mourra au Maroc. 1965, le retour mystérieux vers la France : il découvre l’affreux nom de « Rapatriés », il est un étranger dans son propre pays, il souffre et sa famille aussi. C’est alors la longue adaptation à son nouveau pays. Maurice a 60 ans...


Patrick HIERARD, Quand je serai grand, je ferai Berbère, Éditions du Masque d'Or, 2010.


dimanche 25 juillet 2010

LDH Toulon

http://www.ldh-toulon.net/spip.php?rubrique5

Némésis n° 5

- Eric SAVARESE (coordonné par), Interactions Franco-Algériennes - Némésis n° 5, revue d’analyse juridique et politique, Presses Universitaires de Perpignan, 2004.

La revue Némésis est publiée par le CERTAP, Université de Perpignan, Antenne de Narbonne, Avenue Pierre de Coubertin, 11100 Narbonne, tel. 04 68 90 11 20, fax 04 68 65 24 81.

vendredi 16 juillet 2010

Idées Reçus




http://www.lecavalierbleu.com/f/index.php

Déracinés


- Madeleine Roig-Robert, Les déracinés - T1, Presses Du Midi, 2007.

- Madeleine Roig-Robert, Les déracinés - T2, Presses Du Midi, 2010.

Terre de rencontres

J'ai rencontré Lucie à Rome par une belle journée d'octobre, lors d'un couscous-anniversaire chez Elisabeth, une amie commune, qui avait réuni pour l'occasion des convives originaires d'Afrique du Nord, Français, Marocains, Tunisiens, et moi l'Algérienne. M'ayant été présentée comme Soeur blanche arrivant depuis peu d'Alger, nous avions déjà quelque chose en commun : l'Algérie. Lorsque j'ai demandé à Lucie si elle voulait bien me raconter son histoire pour en faire un livre d'entretiens, je n'avais pas encore pris toute la mesure de l'entreprise. Ce qui m'animait était l'envie de partager avec elle les coins et recoins de notre terre commune. J'avais besoin de parler de nous, comme le font toutes les femmes du Maghreb.

Laurence A. AMMOUR, extrait de l'Introduction

- Lucie PRUVOST et Laurence A. AMMOUR, Algérie, terre de rencontres, Editions Karthala, 2009.

Lucie Pruvost est née en 1932 à Bouïra (Algérie). Après des études secondaires à Alger, elle est entrée dans la Congrégation des Soeurs Missionnaires de N.D. d'Afrique (Soeurs blanches) en 1958. Études Universitaires à Tunis (1968-1972), licence en droit privé puis deux diplômes d'études supérieures (Droit civil et Droit pénal). Thèse d'État en Droit privé L'établissement de la filiation en droit tunisien (Paris, Panthéon, 1977). Elle a enseigné à la faculté de Droit de Tunis (1972-1976), à la faculté de Droit canonique de Paris (1978-1980), au Centre d'études et de recherches diocésain d'Alger (1981-2004). Elle a également été Professeur invité à l'Institut pontifical d'études arabes et d'islamologie (PISAI, Rome) (1982-2002). Elle travaille actuellement comme rédactrice au Secrétariat général de la congrégation des SMNDA.

dimanche 27 juin 2010

Autopsie d'une guerre

"L'Algérie, pays mal aimé, ballotté par le vent des passions humaines, fut meurtrie, appauvrie, mutilée. Après le drame de la guerre, les musulmans connaîtront celui du vide et de la solitude. La communauté française, à cause des erreurs qu'elle a commises, s'est exilée de l'autre côté de la Méditerranée. Malgré l'accueil de la France, ces Français pleurent le pays qui les a vu naître. Les Algériens, de leur côté, pleurent un grand nombre d'entre eux. D'autres cadres sont venus de toute l'Europe. Ces cadres ne valent pas ceux que l'Algérie a perdus. L'Algérie est un vaste pays où beaucoup de choses restent à faire. Tous ses enfants y avaient leur place. La République algérienne, édifiée par les uns et les autres, pouvait dans les meilleures conditions, multiplier les richesses du pays, assurer son développement et sa prospérité et guérir ses blessures. Ces Français qui avaient grandi au milieu de nous et qui étaient aussi Algériens que nous, étaient un maillon qui rattachait notre pays à la civilisation et à la technique française. Nous, Musulmans, étions un autre maillon qui liait ce même pays à l'Orient et à l'Afrique. Nos chances de succès étaient doubles."

Ferhat Abbas, Autopsie d'une guerre : L’aurore. Garnier Frères, 1980.

dimanche 20 juin 2010

MESSALI HADJ

Algérie, la fin de l'amnésie

Véritable somme consacrée à la guerre d'Algérie, ce livre rassemble les travaux de plus de vingt historiens. Pour la première fois contribuent ainsi côte à côte des historiens français et algériens, qui reviennent sur les principaux acteurs du conflit, sans laisser dans l'ombre les sujets de controverses -conflit entre le FLN et messalistes du MTLD, massacres de harkis. Cet ouvrage éclaire aussi des points moins connus de l'histoire de la guerre d'Algérie, comme le rôle des femmes ou encore les luttes d'influence à l'intérieur de l'armée française. Enfin, il accorde une place substantielle à l'étude des expressions culturelles suscitées par la guerre, à l'institution des mémoires, au chantier des archives.

- Mohammed Harbi, Benjamin Stora, La guerre d'Algérie (1954-2004) - la fin de l'amnésie, Hachette littératures, 2005.

Ancien membre du FLN, Mohammed Harbi est historien et a été professeur à l'université Paris VIII. Il a consacré de nombreux ouvrages à l'histoire du FLN. Benjamin Stora est spécialiste de l'histoire de la guerre d'Algérie et de sa mémoire. Il est professeur à Paris XIII.

Jules Ferry contre Georges Clemenceau

Lors du débat public des années 2000 en France sur la question coloniale, on a souvent oublié que la République n'a jamais été vraiment unanime sur ce sujet. Ainsi, en 1885, quand certains républicains ont repris à leur compte l'idée monarchique de conquête coloniales, cela a donné lieu à des affrontements passionnés à la Chambre des députés, à l'issue desquels le projet colonial ne s'est imposé que de justesse. D'où l'intérêt majeur aujourd'hui de relire les formidables débats parlementaires de juillet et décembre 1885, lors du vote de crédits pour la poursuite de la conquête de Madagascar et de l'Indochine. L'historier Gilles Manceron en propose ici une sélection raisonnée, assortie d'une introduction les remettant en perspective. Quand Jules Ferry défend l'idée d'une " colonisation républicaine " au nom du droit des " races supérieures vis-à-vis des races inférieures ", Jules Maigne, un vieux républicain de 1848. lui réplique " Vous osez dire cela clans le pays où ont été proclamés les droits de l'homme ! " Et Georges Clemenceau : "Je ne comprends pas que nous n'ayons pas été unanimes ici à nous lever d'un seul bond pour protester violemment contre vos paroles!"

Gilles Manceron, historien, est vice-président de la Ligue des droits de l'homme. Il est l'auteur de nombreux ouvrages, dont D'une rive à l'autre. La guerre d'Algérie de la mémoire à l'histoire (avec Hassan Remaoun, Syros, 1993) et Marianne et les colonies. Une introduction à l'histoire coloniale de la France (La Découverte, 2003).

- Gilles Manceron, 1885 : le tournant colonial de la République : Jules Ferry contre Georges Clemenceau, et autres affrontements parlementaires sur la conquête coloniale, Editions La Découverte, 2007.

Géographes en Algérie (1880-1950)

Dans le singe d'Edward W. Said qui définissait l'impérialisme comme un " acte de violence géographique, par lequel la quasi-totalité de l'espace mondial est explorée, cartographiée et finalement annexée ", la géographie est apparue comme la discipline de l'impérialisme par excellence. Du au milieu du xxe siècle, les savoirs sur l'espace ont été indéniablement des instruments puissants de la conquête puis du contrôle social des territoires non européens, mais cette évidence a conduit à une analyse souvent très réductrice de leurs contenus. L'auteur opère une mise en relation des discours savants, des conditions institutionnelles de leur production et de leur circulation entre colonie et métropole, ainsi que des contextes politiques et des pratiques concrètes de leur mise au service du pouvoir. Très loin d'une réhabilitation de la géographie coloniale française, l'ouvrage met au jour les logiques contradictoires au coeur des savoirs universitaires et dévoile ainsi les visages multiples de la domination.

- Florence Deprest, Géographes en Algérie (1880-1950) - Savoirs universitaires en situation coloniale, Belin, 2009.

Florence Deprest est professeur des universités et enseigne la géographie à Bordeaux 3. Ses recherches récentes portent sur la construction des savoirs géographiques en situation coloniale et impériale, et tout particulièrement sur les représentations savantes de la Méditerranée occidentale.

Salan, délégué général en Algérie

Après l'investiture de De Gaulle comme président du Conseil, le général Salan est confirmé dans ses fonctions de délégué général du gouvernement en Algérie. Pendant quelques mois, il s'efforce de poursuivre la lutte contre la guerre subversive du FLN, en l'appuyant par les réformes qu'avait initiées le ministre Robert Lacoste avant le 13 mai 1958. Il s'agit de multiplier les signes de l'intégration de l'Algérie dans la France métropolitaine par la réforme des collectivités territoriales, par le collège électoral unique, par le vote des femmes musulmanes et enfin par l'élection des députés. Seule une politique dynamique de développement économique pourra faire reculer la pauvreté et permettre l'émergence d'une " nouvelle élite " musulmane attachée à la France. Mais le gouvernement ne le suit pas. C'est ce que révèlent les archives du général Salan, au travers desquelles on assiste à la rapide distorsion entre les objectifs officiels du délégué général et les ambiguïtés de l'entourage du chef du gouvernement.

Jacques Valette, Salan, délégué général en Algérie - La fin de l'illusion, L'Esprit du Livre, 2010.

jeudi 3 juin 2010

L'Algérie à travers...

Plus de 700 cartes postales anciennes témoignent de la vie en Algérie au début du XXe siècle. Découvrez, au fil des pages de l'Algérie d'antan, des cartes uniques qui, pour certaines, n'ont encore jamais été publiées. Un voyage inoubliable à travers tout le pays, d'Alger la blanche à la Kabylie, des territoires du Sud à Constantine, d'Oran à Tlemcen et aux portes du désert.

Philippe Lamarque, L'Algérie d'Antan : l'Algérie à travers la carte postale ancienne, HC Editions, 2006.

Des Européennes en situation coloniale - Algérie 1830-1939

Malgré le grand nombre de femmes européennes qui ont vécu en Algérie, l'histoire de l'Algérie coloniale est restée jusqu'ici une histoire quasiment asexuée. A partir de sources diversifiées, cet ouvrage, qui est l'adaptation d'une thèse soutenue en 2005 sous la : direction de Geneviève Dermenjian, tente de combler cette lacune en évoquant les conditions d'immigration de ces femmes, leur place, leur rôle de 1830 à 1939. Parler des femmes c'est aussi parler des hommes tant les identités sexuées des unes et des autres ; sont imbriquées dans un système hiérarchique de complémentarité et de dépendance qui dut trouver, sa place dans l'ordre colonial dominant.Cette étude est une réflexion sur la complexité des rapports sociaux dans l'Algérie coloniale. Elle apporte à la connaissance de l'histoire de la colonisation un éclairage nouveau, celui du genre.

Claudine Robert-Guiard, Des Européennes en situation coloniale - Algérie 1830-1939, Université de Provence, 2009

dimanche 23 mai 2010

Conférence-débat à Perpignan

Conférence-débat organisée par le collectif « Pour un Centre de Documentation pour une Histoire franco-algérienne »

Alors que plusieurs générations ont été traumatisées par la guerre d’Algérie, son histoire est mal connue du grand public et fait peur. Les victimes très diverses de cette histoire sont nombreuses des deux côtés de la Méditerranée, mal reconnues comme telles, et de ce fait sont particulièrement réduites au silence et se trouvent au centre d’une guerre de mémoires qui les dépasse. Il est temps d’aborder la guerre d’Algérie en la confrontant aux travaux des historiens et en captant les expressions mémorielles. C’est la démarche du collectif de Perpignan « pour un centre de documentation sur l’histoire franco-algérienne ».

Le jeudi 27 mai à 20h30, amphi 5 de l'université de Perpignan-Via Domitia

Le recours au travail historique : L’exemple de l’OAS : Une violence terroriste et ses agents. Par Sylvie Thénault, chargée de recherches au Centre d’Histoire sociale du 20ème siècle (CNRS-Paris 1)

Une politique mémorielle à Perpignan : La construction d'un lieu de mémoire sur l'Algérie coloniale. Par Eric Savarese, Maître de conférences en sciences politiques à l’université de Perpignan

lundi 17 mai 2010

Les traces postcoloniales en France. Négation coloniale, trous de mémoire ou trop de mémoire ?


Dans le cadre de l’édition 2010 du “Pari(s) du Vivre-Ensemble”,
Les traces postcoloniales en France. Négation coloniale, trous de mémoire ou trop de mémoire ?

Deux journées de débats organisées par Esther Benbassa en collaboration avec Sébastien Ledoux, les 28 et 29 mai 2010, Amphithéâtre du CNAM, 41 rue Gay-Lussac, 75005 Paris.

Entrée libre.
Programme complet sur www.parisduvivreensemble.org

jeudi 6 mai 2010

Prix "Terre d’Eghriss"

Attribution du Prix Terre d’Eghriss pour Philippe Bouba et son ouvrage "L’Arrivée des Pieds-Noirs en Roussillon en 1962".

L'Amicale des Thiersvillois et leurs enfants a décidé d’attribuer son prix littéraire "Terre d’Eghriss" à Monsieur Philippe Bouba pour son ouvrage paru aux Editions Trabucaire « L’Arrivée des Pieds-Noirs en Roussillon en 1962 ».

Cette récompense lui sera décernée ce dimanche 9 mai, aux Cyclades (393, avenue Melgueil), aux alentours de 11h00, à la Grande-Motte, par le président de l’Amicale Lucien Cano.

Pour tout renseignement, vous pouvez joindre Mr Lucien Cano au 06.22.29.50.56.

http://www.thiersville.fr

mardi 27 avril 2010

LES QUESTIONS DE L'E-TERVIEW :

1/ Quelle est l’origine de votre arrivée en Algérie ? A quelle époque date l’installation de votre famille en Algérie ?
2/ Quels étaient vos liens avec les Algériens lorsque vous étiez enfant puis adulte ?
3/ Quelles ont été les conditions de travail de votre famille en Algérie ?
4/ Cinq mots commençant par la première lettre de votre prénom ?
5/ Faîtes moi part d'un de vos souvenirs d'Algérie ?
6/ L’indépendance était-elle inévitable ?
7/ Que pensez-vous des gros propriétaires terriens "colons" français ?
8/ Quels sont vos sentiments à propos de l’OAS ?
9/ Que pensez-vous de De Gaulle ?
10/ Cinq mots pour définir votre Algérie ?
11/ Qu’est-ce qu’une personne déracinée selon vous ?
12/ Que pensez-vous du FLN ?
13/ Que pensez-vous des français de métropole lors de la guerre d’Algérie ?
14/ Faîtes moi part de vos conditions d’arrivée en métropole ?
15/ Lors de cette arrivée par quoi avez-vous été vous le plus surpris ?
16/ Quelles ont été vos déceptions ? Quelles étaient vos aspirations lors de l’arrivée en métropole ?
17 / Avez vous un message à faire passer aux Algériens ?
18/ La France (la métropole) est-elle après toutes ces années votre pays ? Expliquez pourquoi ?
19/ Qu’est-ce que l’intégration selon vous ? Les Pieds Noirs ont-ils été intégrés ? S’il y a eu intégration ou s’il n’y a pas eu intégration, quelles en sont les raisons selon vous ?
20/ Par quoi avez-vous envie de terminer votre E-terview ?

mardi 20 avril 2010

CRS en Algérie


La guerre d’Algérie a été une période charnière dans l’emploi des CRS. De 1952 à 1962, des milliers de fonctionnaires de police ont traversé la Méditerranée pour faire respecter l’ordre républicain. Ces policiers ont payé leur engagement au prix fort, comptant de nombreux tués et blessés dans leurs rangs.

Jean-Louis Courtois & Michel Lejeune,
Les CRS en Algérie, 1952-1962, Marines Éditions, 2010.

Albert Camus

François-Xavier Gauroy, Albert Camus, Editions Timée-Editions, 2010.

Lou Marin, Albert Camus et sa critique libertaire de la violence, Editions Indigène, 2010.
Virgil Tanase, Camus, Gallimard, 2010.

Jean Luc Moreau , Camus, l'intouchable, Editions Ecritures, 2010.

Mémoires des Pieds-Noirs

L'Algérie des Français appartient aujourd'hui au domaine des souvenirs. Pourtant, les couleurs et les saveurs du pays captivent encore l'âme des pieds-noirs. Car nul ne se déprend de l'Algérie. Des rives de la Méditerranée jusqu'aux confins du désert, il a fallu sans cesse bâtir des rues, des villes, des écoles, des fermes. Et leur donner l'image de la France, mais d'une France lointaine, aimée autant que redoutée pour son mépris à l'égard de gens mal dégrossis. Affection et violence : voilà les deux sentiments omniprésents dans cette histoire. Affection à l'égard des soldats partis se faire tuer au front en 1914, des paysans morts d'épuisement sur leur terre ou des instituteurs venus de France. Violence du sang versé dès la conquête de 1830, d'un quotidien trop souvent affronté sur le qui-vive, d'une guerre ultime qui déchire familles et solidarités anciennes ; violence enfin des souvenirs qui attachent les pieds-noirs à leur Algérie.

Joëlle Hureau, La Mémoire Des Pieds-Noirs de 1830 à nos jours, Librairie Académique Perrin, 2010.

Jacques Chevallier


S’il est un nom qui soulève encore des réactions passionnées chez ceux qui ont vécu les dernières années de l’Algérie française, c’est bien celui de Jacques Chevallier. Député-maire d’Alger, secrétaire d’Etat aux Armées puis ministre de la Défense dans le gouvernement Mendès-France, ce personnage haut en couleurs a été un des rares à chercher désespérément la meilleure façon de maintenir l’Algérie sous influence française, alors que l’indépendance commençait à paraître inéluctable. Libéral, ouvert au dialogue, profondément humain, il fut à la fois rejeté par les tenants du système français et par les combattants algériens engagés sur la voie de la coupure définitive avec la Métropole. Mais c’est à lui que firent appel le général Salan et le chef de l’OAS Jean-Jacques Susini pour élaborer les accords FLN-OAS qui tendaient à préserver les intérêts des Européens dans une Algérie indépendante. Un homme profondément attaché à son pays, représentatif d’une époque où les valeurs établies faisaient place, dans la violence, à l’ère mondiale de la décolonisation.

Michèle Barbier, Jacques Chevalier, députe maire d'Alger , Le chemin du cœur, Riveneuve, 2010.

mercredi 24 mars 2010

Des vies – 62 enfants de harkis racontent

Le livre Des vies – 62 enfants de harkis racontent, écrit sous la direction de Fatima Besnaci-Lancou, vient de paraitre. Il est préfacé par Boris Cyrulnik, et a reçu la participation de Jean-Jacques Jordi, Gilles Manceron, Abderahmen Moumen et Yann Scioldo-Zurcher.

Vingt-six femmes et trente-six hommes d’horizons et de professions variées se racontent ici. Soixante deux personnes en rappel à l’année 1962, fin de la guerre d’Algérie, pour beaucoup année Zéro de leur itinéraire. Ces 62 portraits sont autant de témoins de l’Histoire franco-algérienne qui racontent leur rapport avec le pays d’origine, avec la France, et la transmission de ce passé si présent à leurs enfants.
Qui sont-ils ? Ils sont pompiers, aide-soignante, vigneron, entraineur sportif, décoratrice, réceptionniste, fonctionnaire, kinésithérapeute, comédien, cadre, technicien dans l’aéronautique, auxiliaires de vies,… Pour chacun d’eux, une page de photos, et une page de témoignage.
Hors des clichés stigmatisant, ces portraits battent en brèche toute simplification de l’histoire. A travers eux, ces enfants racontent, selon leur âge, selon leurs itinéraires, la traversée de la guerre, l’épreuve de l’exil, la vie dans les camps et l’amour pour leurs parents...
Certains sont nés en Algérie, d’autres en France, par exemple dans les camps de Rivesaltes, Bourg-Lastic ou Saint-Maurice l’Ardoise. Leurs récits et leurs photographies sont les traces vivantes d’une résistance à l’indicible.

Fatima Besnaci-Lancou est présidente de l’association "Harkis et droits de l’Homme". Elle est l’auteure de plusieurs ouvrages dont Fille de harkis (Éditions de l’Atelier, 2003) et Les harkis dans la décolonisation et ses suites (en collaboration avec Gilles Manceron aux Éditions de l’Atelier, 2008).

Fatima Besnaci-Lancou, Des vies – 62 enfants de harkis racontent, les Editions de l'Atelier, 2010.

Mouloud Feraoun d'Ali Mouzaoui


Réalisé dans un décor fragmenté en sept parties, rigoureusement sélectionnées, ce film documentaire retrace les différentes étapes et l'évolution de l'instituteur Mouloud Feraoun au grand écrivain. Le film se veut une reconstitution biographique, depuis l'enfance, en 1925, en passant par sa première exi­stence en tant qu'instituteur, jusqu'à sa vie d'écrivain mais aussi de militant des causes justes, humaines. L'école coloniale a voulu faire de lui un allié, mais Mouloud Feraoun, non seulement, a refusé de s'aliéner mais a combattu les préjugés colonialistes et même a réussi à rallier des Français à la cause algérienne. Ceci parallèlement à sa contribution considérable à l'éveil des consciences parmi les siens. Le réalisateur du film retraçant la vie de Mouloud Feraoun explique qu'il ne s'agit pas d'un documentaire chronologique linéaire.

Mouloud Feraoun :
Né le 8 mars 1913 à Tizi-Hibel (Tizi-Ouzou), Mouloud Feraoun, assassiné par l’OAS à Ben-Aknoun (Alger), le 15 mars 1962, avec cinq de ses collègues inspecteurs de l’éducation, a publié en 1950 son premier roman Le fils du pauvre, écrit en 1934, suivi en 1957 par Les chemins qui montent, paru aux éditions du Seuil. Son Journal, rédigé de 1955 à 1962, et remis au même éditeur, ne verra le jour qu’après sa mort et son oeuvre Lettres à ses amis est éditée en 1969. Toujours à titre posthume seront publiés « L’Anniversaire (1972) et son dernier manuscrit La cité aux roses en l’an 2007 aux éditions Yamcom.

Essais de géographie sociale


Dans un contexte de recherche difficile, des chercheurs algériens, étudiant essentiellement l’Est algérien, s’efforcent d’apprécier quelques recompositions en cours de la géographie sociale de leur pays. En milieu urbain, la gestion de l’espace se heurte à l’absence de contrôle du capital foncier, à une législation peu opérationnelle ou à des pratiques d’urbanisation illégales. En milieu rural, les efforts de restructuration n’ont pas toujours eu les effets escomptés et n’ont pu empêcher la multiplication et la complexification des mobilités liées à l’exode rural et à la croissance des villes. L’étude du système éducatif algérien complète cette approche en insistant sur les conditions de formation des nouvelles générations. Les niveaux de scolarisation sont inégaux et, dans le système universitaire, l’encadrement est insuffisant, les activités de recherche limitées, le taux de réussite faible. Enfin une étude est consacrée à la géographie des dernières élections présidentielles.

Études réalisées par des chercheurs des Universités d’Annaba et de Constantine (Algérie) en collaboration avec le Centre de recherche sur les espaces et sociétés (CRESO) de l’Université de Caen.

- Mutations en Algérie. Essais de géographie sociale, PUC, 1997.

jeudi 18 mars 2010

Au rendez-vous des amis d’André Laude, poète insurgé

Après la parution de l’œuvre poétique d’André Laude aux éditions La Différence, l’association des amis du poète libertaire décédé le 24 juin 1995 renforce ses activités.

Pour commencer, le numéro 2 du Cahier André Laude vient de paraître. Au sommaire, une revue de presse consacrée à la publication, en octobre 2008, de l’œuvre poétique d’André Laude aux éditions La Différence. Des articles du Nouvel Observateur, du Matricule des anges, des Lettres françaises, d’OC, de blogs ou de revues de poésie saluent l’initiative des amis du poète journaliste, Yann Orveillon et Abdellatif Laâbi en tête. Suivent des textes d’André Laude, des articles, des entretiens empruntés à des revues (Action poétique, Le temps des loups, Chorus, Soror, Gradiva, Nouvelles littéraires, SUD, Levée d’encre, L’ARC…).

On s’attardera par exemple sur La Confession d’un Français de gauche en Algérie (publiée dans Combat des 8, 9 et 10 juin 1965), sur des textes comme La République des maîtres et des esclaves n’est pas la nôtre ou Ci-gît André Laude. Sans oublier Au-delà des portes et dans les vents rimbaldiens, poème offert par madame David, présidente d’honneur de l’association qui a tenu, dans le Marais, le bar-restaurant Au rendez-vous des Amis, le refuge d’André Laude. Un lieu qui servait « de boîte postale, de salle de bains, de reposoir et, bien entendu, d’estaminet » au poète tonitruant, comme l’a rappelé François Vignes dans son roman Les Compagnons du verre à soif publié par L'Atelier du Gué.

Dans le même temps, un site Internet entièrement dédié à André Laude a été mis en ligne. On trouve sur Poésie urgente une biographie, une bibliographie, des textes, des liens amis… Un contenu qui s’étoffera vite. La matière ne manque pas.

Enfin, le samedi 13 mars, l’association organise un récital André Laude avec Simone Tassimot, accompagnée par Jean-François Pauvros à la guitare électrique. Rendez-vous à 17h30, salle Dumont, à Aulnay-sous-Bois. À cette occasion, un hommage sera rendu à Serge Wellens, vieil ami d’André.

On peut contacter l’Association des Amis d'André Laude chez André Cuzon au 01 48 66 18 88.
Courriel : acuzon@wanadoo.fr

Paco, 12 mars 2010

Nouvelles violations des droits de l’Homme au Sahara Occidental

Les 8 et 9 mars, l’armée et la police marocaines ont réprimé dans le sang des manifestations sahraouies pacifiques qui se déroulaient à Dajla et à El Aïoun (Sahara Occidental).

À l’occasion de la Journée internationale des femmes, des Sahraoui-e-s ont manifesté le 8 mars à Dajla (Villa Cisneros – territoires occupés du Sahara Occidental) pour demander la fin de la répression, la libération immédiate de tous les prisonniers politiques, des informations sur le sort des centaines de « disparus » et la tenue du référendum d’autodétermination promis et annoncé par les Nations Unies depuis 1991. Pour toute réponse, plusieurs unités de l’armée, de la police et des services secrets sont intervenues très violemment. Bilan : De très nombreux-ses blessé-e-s graves.

Le lendemain, deux jours après le retour des onze militants des Droits de l’Homme qui ont effectué des visites dans les territoires libérés et dans les camps de réfugiés de Tindouf (Algérie), fait sans précédent, la population sahraouie a organisé, vers 17h30, un sit-in pacifique dans le quartier Maatallah d’El Aïoun (territoires occupés). Là encore, les manifestant-e-s scandaient des slogans réclamant l’autodétermination et l’indépendance. Là encore, les forces de police marocaines ont brutalement chargé la foule, défoncé des portes de maisons et agressé leurs habitants. Bilan : des dizaines de Sahraouis gravement blessés, dont des femmes comme Mariam Mghaizlat qui a été défigurée.

Face à cette répression féroce, inqualifiable contre des populations civiles pacifiques, l’Association des Familles des Prisonniers et Disparus Sahraouis (AFAPREDESA) dénonce la recrudescence des graves atteintes aux Droits de l’Homme au Sahara Occidental. L’AFAPREDESA « rend responsable les autorités marocaines d’occupation de cette nouvelle escalade au moment même où le monde entier attend des résultats positifs des pourparlers de paix menés sous l’égide de l'ONU entre le Front Polisario et le Royaume du Maroc ». En conséquence, dans l’attente d’un référendum libre et régulier, l’AFAPREDESA souhaite que « le mandat de la MINURSO soit élargi à la protection et à la surveillance des Droits de l’Homme. »

Par ailleurs, l’Association des Amis de la République Arabe Sahraouie Démocratique (AARASD) - qui nourrissait quelques espoirs après les récentes déclarations d’Herman Van Rompuy, président du conseil européen, qui a plaidé en faveur des Droits de l’Homme au Sahara Occidental lors du premier sommet Union Européenne/Maroc à Grenade – a dû admettre l’évidence. « En quelques heures, ces déclarations ont été brutalement démenties par la répression violente et imbécile d’une manifestation pacifique organisée à El Aïoun », a expliqué l’AARASD dans un communiqué. Deux membres de l’AARASD faisaient partie des observateurs étrangers en mission sur place. « Elles ont pu témoigner avec émotion et sincérité de l’ampleur de cette mission et de leur stupeur face à la brutalité de la répression d’une manifestation pacifique, simplement destinée à réclamer l’application d’un droit reconnu depuis 1966 par la Communauté internationale. Avec elles, l’Association des Amis de la RASD témoigne de tout son soutien aux victimes de la répression et à leurs familles. »

Pour l’AARASD, « l’heure n’est plus aux déclarations de principe et aux engagements de fin de conférence sans effet sur le terrain. L’heure est à la fermeté. La Communauté internationale doit enfin se donner les moyens de protéger la population civile sahraouie en élargissant le mandat de la MINURSO à la surveillance effective du respect des Droits de l’Homme et en mettant le Maroc en situation de respecter, au Maroc comme au Sahara Occidental, ses engagements internationaux. Première étape pour qu’enfin le référendum d’autodétermination devienne possible et permette au dernier peuple colonisé d'Afrique de choisir librement son destin. »

Paco, 12 mars 2010

samedi 13 mars 2010

Histoire de l’anticolonialisme en France

Entre l'exaltation du "rôle positif" de la colonisation et le procès de la République colonialiste, la France semble aujourd'hui découvrir son passé colonial. Colonialisme, anticolonialisme : ces mots, inventés à la fin du XIXe siècle, renvoient à une réalité longue de cinq siècles, de la conquête de l'Amérique à l'écroulement des grands Empires dans les années 1960. Pendant cette période, l'adhésion à l'expansion de l'Europe a été le sentiment dominant avec le "fardeau de l'homme blanc" et les missions historiques attribuées par la religion ou la civilisation à certains continents. Cependant, ce sentiment n'est pas inné ; c'est une création culturelle de l'Occident, qui n'allait triompher que tardivement, dans les années 1930, après une lente expansion.
A l'opposé, l'anticolonialisme est également présent dès l'origine, se manifestant au cours des siècles par la critique du sort des Indiens (Las Casas), l'éloge du bon sauvage (Montaigne, Rousseau...) et la dénonciation de l'esclavage par les philosophes du XVIIIe siècle pour qui les colonies sont inutiles, ruineuses et amenées à rompre avec la métropole.
Bien que minoritaire, l'anticolonialisme est présent partout dans la société : chez des intellectuels, dans les milieux d'affaires, ou encore dans la paysannerie. Il trouve des références dans le marxisme, dans le christianisme, voire dans les valeurs universalistes liées aux droits de l'homme. Il suscite des protestations contre les guerres d'Indochine et d'Algérie par lesquelles s'achève l'âge colonial.
Retraçant l'histoire de l'anticolonialisme, l'ouvrage éclaire donc un pan marginalisé dans l'étude de la période coloniale. Les deux questions des anticolonialistes sont toujours d'actualité : comment aller vers des solidarités entre l'Occident et le tiers-monde ? Comment éviter la guerre des cultures par la reconnaissance de la pluralité et de la diversité dans toutes les sociétés ? Redécouvrir aujourd'hui les anticolonialistes contribue à mieux comprendre le présent.

Claude Liauzu, Histoire de l'anticolonialisme en France du XVIe siècle à nos jours, Armand Colin, 302 pages, 2007.

Biographie de Claude Liauzu :
Né à Casablanca, Maroc le 24 avril 1940. Décédé à Paris le 23 mai 2007. Grand professeur d'histoire contemporaine de notre temps, Claude Liauzu a d'abord commencé par enseigner, avec sa femme Josette, dans les années 70, comme coopérant à l'université de Tunis. Collaborateur au Monde diplomatique, il devient très vite un spécialiste de la colonisation et des relations Nord-Sud. En 2003, le professeur de l'université Paris-VII écrit 'Tensions méditerranéennes'. En 2004, il coordonne l'ouvrage "Colonisation. Droit d'inventaire'" L'année suivante, il publie encore 'Empire du mal contre Grand Satan, 13 siècles de culture de guerre entre l'Islam et l'Occident'. S'engageant totalement, il est l'un des grands opposants à la loi française du 23 février 2005, qui porte reconnaissance de la nation et contribution nationale en faveur des français rapatriés. Il coordonne les travaux d'environ soixante-dix auteurs pour un 'Dictionnaire de la colonisation française' en avril 2007 pour Larousse.

vendredi 5 mars 2010

18ème Sant Jordi à Toulouges (Pyrénées-Orientales)


Le dimanche 18 avril 2010 se déroulera à Toulouges (parvis de l'église), la 18ème Sant Jordi organisée par l'Association Collections Traditions Passions. Philippe Bouba y sera présent pour présenter et dédicacer son livre "L'arrivée des Pieds-Noirs en Roussillon, en 1962".

http://actp.site.free.fr

La Sant Jordi est une fête d'origine catalane qui se déroule le 23 avril, jour de la Saint Georges, patron de la Catalogne. La tradition veut que chaque année, on offre un livre et une rose. Ce jour est devenu, sous l'égide de l'UNESCO, journée mondiale du livre et du droit d'auteur.

jeudi 4 mars 2010

Louise Michel

En publiant La Vieille Chéchette, les éditions Albin Michel Jeunesse ravivent une face méconnue de Louise Michel. En plus de ses mémoires, de ses lettres, de ses articles, de ses poèmes…, l’instit anar a aussi écrit des contes pour les enfants.

On connaît la grande figure de la Commune de Paris. On connaît la propagandiste acharnée qui porta les idées anarchistes jusqu’au bout du bout de l’Algérie. On connaît moins le métier premier de Louise Michel (1830-1905). « En janvier 1853, je commençais ma carrière d’institutrice à Audeloncourt (Haute-Marne) où j’avais une partie de ma famille maternelle », explique-t-elle dans ses Mémoires. Une carrière qui allait prendre quelques chemins buissonniers au fil d’une vie militante très tourmentée.

Le brevet de capacité en poche, mais refusant de prêter serment à l’Empire, l’institutrice républicaine exerça pendant trois ans dans une « école libre » de jeunes filles. Zélée et exaltée, Louise Michel n’hésitait pas à faire chanter La Marseillaise dans sa classe avant l’étude du matin et après l’étude du soir. « En reprenant le chœur nous avions souvent, les enfants et moi, des pluies de larmes tombant des yeux », avoue Louise. Sa passion politique et ses méthodes pédagogiques actives n’étaient guère appréciées par les amis de l’Ordre. Louise la « rouge » fut obligée d’émigrer sur Paris où elle occupa plusieurs emplois d’institutrice privée entre 1856 et 1871.

Son amour de l’enseignement, Louise le manifesta également dans les moments les plus inattendus. Déportée en Nouvelle-Calédonie en 1873, la Communarde donna par exemple des cours aux enfants des déportés et à ceux des colons français de Nouméa. « J’étais à cette époque chargée du dessin et du chant dans les écoles de filles de la ville », se souvient Louise. Plus étonnant encore, le dimanche, la « Dame aux chats » enseignait à des « nuées de Canaques ». « Il faut pour les Canaques, des méthodes mouvementées ; n’en faut-il pas pour tout esprit jeune, et nous-mêmes n’apprenons-nous pas plus vite ce qui nous arrive par des couleurs dramatiques que par des nomenclatures arides », observe la pédagogue. Louise partageait aussi ses connaissances avec les Kanaks rebelles (tout en apprenant beaucoup d’eux). Une démarche exceptionnelle dans un contexte colonial et raciste qui gangrenait l’esprit de certains Communards.

Amnistiée le 11 juillet 1880, Louise Michel revint en France le 4 septembre. Elle laissait derrière elle des projets d’écoles de brousse, mais eut la satisfaction d’être la première institutrice laïque à interpréter avec ses élèves la première Marseillaise autorisée sur la place des Cocotiers de Nouméa. « Les enfants rangés en cercle nous entouraient. Après le premier coup de canon, il se fit un tel silence que le cœur cessait de battre », écrit Louise dans ses Mémoires.

Le pillage de boulangeries par le peuple affamé, en mars 1883, conduisit de nouveau la révolutionnaire en prison. L’infatigable instit profita de son temps libre en cellule pour écrire quelques projets pédagogiques. Graciée en 1886, Louise Michel anima de nombreux meetings anarchistes avant de se réfugier à Londres où elle fonda, en 1892, une International School pour les enfants d’exilés français en difficulté dans les écoles anglaises. « L’autorité doit céder la place à la liberté » disait le projet d’école. « Quand j’arrivais à ma classe et que je voyais toutes ces têtes brunes ou blondes, penchées sur leurs pupitres, je me rappelais, non sans émotion, les jours heureux qui avaient précédé la Commune. »

Louise Michel avait montré son intérêt pour les contes en publiant Légendes et chansons de geste canaques dans les Petites Affiches de Nouméa en 1875 (rééditées en 1999 par les éditions Grain de sable). Avec le soutien d’Henri Rochefort, elle publia chez l’éditeur Kéva, en 1884, Contes et légendes, sept contes philosophiques écrits pour ses élèves. La Vieille Chéchette est l’un de ses contes jamais réédités. On découvre l’histoire d’une vieille femme très laide vivant seule dans un bois. La pauvre folle se nourrit de ce que la nature lui offre et de quelques restes trouvés dans le village voisin. Les méchants se moquent d’elle. Ses seuls amis sont les animaux sauvages et une veuve mère de trois enfants. La Vieille Chéchette aime bercer les petits dans ses longs bras velus. Les enfants jouent avec elle comme avec un chien fidèle. Et puis, c’est le drame. La maison de la veuve est la proie des flammes. Chéchette se jette dans le brasier pour sauver un enfant. Chéchette meurt brûlée. L’enfant survit. La dernière phrase du conte de Louise Michel dit : « Ne vous moquez jamais des fous ni des vieillards. »

Ce livre est destiné aux enfants à partir de 8 ans. Il serait sans doute bon de l’offrir également à certains adultes, bien placés au gouvernement, qui semblent n’avoir que du mépris pour les fous et pour les vieillards…

Louise Michel, La Vieille Chéchette, éditions Albin Michel Jeunesse, 32 pages 207mm x 248 mm, illustrations de Stéphane Blanquet. 12,90€.

Paco, mars 2010


samedi 27 février 2010

Sylvie Testud ravigote les combats de Louise Michel

La réalisatrice Solveig Anspach apprend vite et bien. Subtilement, elle a su mettre en valeur les multiples talents de Louise Michel (1830-1905), cette formidable combattante anarchiste, féministe, antiraciste et anticolonialiste qui était par ailleurs institutrice, botaniste, ethnologue, poétesse, infirmière… « Ce qui est passionnant avec Louise Michel, c’est que cette femme est totalement moderne, à l’écoute du Monde qui l’entourait, des gens et de la Nature, explique Solveig Anspach. Ce que nous avons essayé de faire, d’abord avec Jean-Luc Gaget (mon co-scénariste) puis après avec Sylvie, c’est de nous dire « en quoi cette femme peut raisonner en nous et qu’est ce qui va faire qu’on va pourra s’identifier à elle, et donc se sentir à sa place ? »

Les premières secondes du film nous ramènent au 16 décembre 1871. Ce jour-là, Louise Michel passait en procès pour son ardente participation à la Commune de Paris (18 mars – 28 mai 1871). Les bouchers versaillais n’étaient pas rassasiés avec les tueries de la Semaine sanglante qui avaient massacré le peuple montant « à l’assaut du ciel », comme disait Karl Marx. Les survivants risquaient gros. « J'appartiens tout entière à la révolution sociale, et je déclare accepter la responsabilité de mes actes, lança Louise Michel à ses juges. Si vous n’êtes pas des lâches, tuez-moi ! » Louise fut condamnée à la déportation en Nouvelle-Calédonie.

Après un long périple sur le Virginie, la déportée Louise Michel arriva sur la presqu’île de Ducos en 1873. Henri Rochefort et Nathalie Lemel étaient du voyage. D’autres communards les avaient précédés. Parmi eux, Charles Malato, un journaliste anarchiste. Des chants révolutionnaires réconfortaient les vaincus : « C’est la canaille, et bien j’en suis ! » En métropole, c’était la débandade. Gustave Flaubert, Théophile Gauthier, Georges Sand et consorts crachaient sur la Commune. « Ces clubs d’écrivains, tous des lâches comme toujours », pestait Rochefort.

Le décor calédonien est paradisiaque, mais pas pour tout le monde. Brutalités, exécutions, privations de nourriture, censure… rythmaient les semaines des déporté-e-s. Habillée en noir, « parce que je porte le deuil de la Commune », Louise Michel soignait les hommes, les animaux… et les plantes. Elle affrontait militaires et curés, « l’homme ne sera jamais libre tant qu’il n’aura pas chassé Dieu de sa raison ». Les déportés politiques qui prêtaient main forte à l’armée pour mater la révolte des Kanaks la remplissaient aussi d’horreur et de dégoût, « parfois je désespère de l’être humain ».

Amie et solidaire des Kanaks, Louise apprit leur langue et leurs coutumes. Elle alla jusqu’à publier des légendes kanakes. Son rêve, inaccompli, était d’ouvrir une classe mêlant enfants européens et mélanésiens. Les mentalités n’étaient pas prêtes. À la fin de son séjour forcé, consacrant sa semaine aux écoliers blancs de Nouméa, la « dame aux chats » réserva donc ses dimanches aux « nuées » de jeunes kanaks. Elle se lia également avec les révoltés kabyles déportés.

De son exil, Louise écrivait beaucoup. À Victor Hugo avec qui elle correspondait depuis sa jeunesse. À Georges Clémenceau qui milita pour l’amnistie des Communards... avant de devenir ministre de l’Intérieur, le furieux Tigre qui réprima dans le sang la révolte des vignerons en 1907 et les grévistes de Draveil en 1908. Le film nous la montre écrivant aussi au président de la République pour l’insulter tous les 28 du mois en mémoire de son compagnon Théophile Ferré qui fut exécuté le 28 novembre 1871.

Après l’amnistie générale de juillet 1880, la colère de Louise Michel ne se calma pas. Entre congrès et meetings anarchistes européens, manifestations de chômeurs et séjours en prison, éditions de livres et rédaction d’articles, sa vie fut terriblement tumultueuse. Louise mourut à Marseille le 5 décembre 1905 au retour d’une série de conférences en Algérie. Promesse faite aux insurgés kabyles rencontrés en Nouvelle-Calédonie. Cent vingt mille personnes bouleversées suivirent son enterrement. Révolutionnaire et romantique, l’Insoumise assurait que « la révolution sera la floraison de l’humanité comme l’amour est la floraison du cœur ».

« J’ai l’impression que la Commune, au sens large, et Louise Michel en particulier, résonnent très fort aujourd’hui, souligne Solveig Anspach. Elle dit des choses qui font écho à ce que vivent aujourd’hui les gens au quotidien, pas seulement les femmes, mais les gens dans la misère, les ouvriers, les travailleurs ou les sans-papiers. »

Tournée en Nouvelle-Calédonie (un choix symbolique très fort) avec des acteurs Kanaks dans le rôle de leurs ancêtres, dont Daoumi, voici une fiction intelligente qui frôle d’assez près la réalité d’hier... et d’aujourd’hui. « Ce n'est pas une miette de pain, c'est la moisson du monde entier qu'il faut à la race humaine, sans exploiteur et sans exploité », affirmait la rebelle finement incarnée par Sylvie Testud. En 2010, les aspirations égalitaires de la militante qui n’était ni vierge ni rouge résonnent encore dans ce monde hanté par des pouvoirs médiocres et criminels. « Le pouvoir est maudit et c'est pour cela que je suis anarchiste », résumait Louise Michel. CQFD.

Louise Michel la rebelle, un film de Solveig Anspach avec Sylvie Testud, Nathalie Boutefeu, Bernard Blancan, Alexandre Steiger, Augustin Watreng, Éric Sauvion-Caruso… d’après un scénario original de Jacques Kirsner et Michel Ragon. Durée 1h30. Diffusion le 6 mars, à 20h35, sur France 3. Sortie en salles le 7 avril.

Paco, 27 février 2010.

http://www.lepost.fr/article/2010/02/26/1961883_sylvie-testud-ravigote-les-combats-de-louise-michel.html