samedi 27 décembre 2008

Magazine "Entre Algérie et France"

Magazine "Entre Algérie et France", lieu de rencontres et territoire d'échanges entre cultures. Si vous souhaitez participer à une e-terview, merci de prendre contact avec le magazine : algerieetfrance@yahoo.fr. N'hésitez pas aussi à laisser vos commentaires aux différents articles du magazine web "Entre Algérie et France".

jeudi 18 décembre 2008

Mario Ferrisi



1/ Quelle est l'origine de votre arrivée en Algérie ? A quelle époque date l'installation de votre famille en Algérie ?


- Venant de Tunisie, mes parents sont arrivés en Algérie en 1946. Nous sommes d'origine italienne (région dAgrigente Sicile)

2/ Quels étaient vos liens avec les Algériens lorsque vous étiez enfant puis adulte ?

- Nous habitions à Maison-Carrée (10 kms dAlger). Plus précisément à la frontière entre les quartiers musulmans et la ville elle-même. Par conséquent, j'ai vécu toute mon enfance et mon adolescence auprès de mes camarades arabes. Nos rapports étaient excellents. Je les ai tous revus lors de mon dernier voyage en Algérie. Nous avons été reçus comme des frères, chez l'habitant. Nous continuons d'ailleurs à correspondre.

3/ Quelles ont été les conditions de travail de votre famille en Algérie ?

- Nous étions des « français moyens ». Mon père était contremaître dans une usine de produits chimiques (la SAPCE) où il jouissait dune grande estime auprès de ses collaborateurs algériens, avec lesquels il entretenait d'excellents rapports.

4/ Cinq mots commençant par la première lettre de votre prénom ?

- Méditerranée Maghreb Manuscrit Méditation Molière

5) Faîtes moi part d'un de vos souvenirs d'Algérie ?

- Des milliers de souvenirs heureux et malheureux. Un de ceux-là : nos WE et les grandes vacances épiques passées en bord de mer, au « Bateau-Cassé » près de Fort de l'Eau.

6/ Lindépendance était-elle inévitable ?

- Avec du recul, oui. Mais à cette époque, comme la majorité des jeunes PN, je rêvais dune Algérie française fraternelle. Ce n'était malheureusement qu'un rêve.

7/ Que pensez-vous des gros propriétaires terriens "colons" français ?

- Là je suis mitigé. Certes ils ont contribué à faire prospérer le pays, mais à quel prix. Ils sont responsables de beaucoup d'injustice. Et puis, ils n'ont eu aucun mal à transférer leur fortune dans l'hexagone, bien avant l'indépendance d'ailleurs. Ce ne fut évidemment pas le cas des 90 % de la population européenne restante (essentiellement ouvriers, employés, cadres).

8/ Quels sont vos sentiments à propos de lOAS ?

- Un des buts de lOAS était de retrouver la fraternité du 13 mai 58 et de défendre le mythe « Algérie française » Par la suite, elle devint féroce et aveugle, ensanglantant de façon dramatique la fin de la guerre. Elle précipita le départ des français.

Bilan des massacres de CIVILS, égorgements, etc... des deux camps :
L'OAS a tué environ 2000 personnes civiles
Le FLN a tué 5463 civils (2788 européens + 2675 disparus)
Le FLN a tué 29674 civils (16378 français musulmans + 13296 disparus)
Le FLN a massacré après le cessez le feu entre 15000 et 100000 Harkis désarmés
(chiffres officiels confirmés sur Wikipedia)

9/ Que pensez-vous de De Gaulle ?

- Opinion mitigée : durant « la période des mensonges » 58/62, des centaines d'hommes et de femmes sont morts alors que la guerre était militairement gagnée et quil savait que l'Algérie allait être offerte sur un plateau. Après l'indépendance, résolument tourné vers l'Europe et le monde, il s'est avéré être l'un des meilleurs hommes détat que la France ait jamais eu.

10/ Cinq mots pour définir votre Algérie ?

- Mon Algérie : Beauté Richesse Soleil Fraternité - Concorde

Je citerais aussi la déclaration de juin 2005, d'Hocine Aït Ahmed, dirigeant historique de l'insurrection FLN en 1954, à laquelle je souscris pleinement :

« Les cultures juive et chrétienne se trouvaient en Afrique du Nord bien avant les arabo-musulmans, eux aussi colonisateurs, aujourd'hui égémonistes ».
« Avec les Pieds-noirs et leur dynamisme je dis bien les Pieds-Noirs et non les Français l'Algérie serait aujourd'hui une grande puissance africaine, méditerranéenne. »

11/ Quest-ce quune personne déracinée selon vous ?

- C'est quelqu'un qui ne s'intègre pas dans une société.

12/ Que pensez-vous du FLN ?

- Il est demeuré, avant et après 1962, un parti totalitaire et sanguinaire. Les actualités récentes le confirment tristement.

13/ Que pensez-vous des français de métropole lors de la guerre dAlgérie ?

- A cette époque, hormis de son pétrole et de ses ressources naturelles, la majorité des français de métropole se fichait complètement de l'Algérie et de ses habitants.

14/ Faîtes moi part de vos conditions d'arrivée en métropole ?

- Elles ont été correctes, sans plus. Le premier souci de ma famille : trouver un emploi et un gîte.

15/ Lors de cette arrivée par quoi avez-vous été vous le plus surpris ?

- Le froid du climat, le froid des curs, la lourdeur des consciences.

16/ Quelles ont été vos déceptions ? Quelles étaient vos aspirations lors de larrivée en métropole ?

- Se reconstruire sans l'aide de quiconque.

17 / Avez vous un message à faire passer aux Algériens ?

- Quil ne sert à rien de tenter de refaire cette guerre après un demi-siècle. Que jai toujours aimé les peuples arabe et kabyle, avant et après 1962. Cest pour cela que je nai jamais eu de sang sur les mains. Ils restent mes frères. J'aurais tant aimé rester là-bas. L'Algérie est si magnifique.

18/ La France (la métropole) est-elle après toutes ces années votre pays ? Expliquez pourquoi ?

- Je suis un fils dimmigré. La France est, par défaut, ma nouvelle terre d'accueil, puisque mes racines et mon coeur sont restés au Maghreb.

19/ Quest-ce que l'intégration selon vous ? Les Pieds Noirs ont-ils été intégrés ? Sil y a eu intégration ou sil ny a pas eu intégration, quelles en sont les raisons selon vous ?

- L'intégration sest faite naturellement, puisque Européen. Cest plus difficile pour les gens de couleur et les Maghrébins. A présent, cest un fait, nous vivons dans une société multiraciale et cela ne me dérange pas outre mesure. Seul hic : la montée des intégrismes et du communautarisme. Je crois que nous devons demeurer vigilants.

20/ Par quoi avez-vous envie de terminer votre E-terview ?

- Je terminerais par un souhait concernant les médias en général. Qu'ils ne succombent pas au phénomène de mode qui consiste à s'associer systématiquement aux sirènes de la repentance à sens unique, dautant que la plupart du temps ils ne connaissent rien de l'Histoire avec un grand H. Les guerres sont des cataclysmes avec leur cortège d'horreurs et ceux quil faut condamner ce sont les hommes politiques qui les déclenchent et qui les alimentent. Ce sont toujours les peuples qui souffrent et qui paient leur lourd tribut. Dans ce cas précis, cest ce grand peuple dAlgérie, les Juifs, les Kabyles, les Arabes et les Pieds-noirs, si affreusement torturé, si honteusement manipulé.

Site officiel de Mario Ferrisi, écrivain - romancier

18 décembre 2008

samedi 6 décembre 2008

Jean Paul Gavino

1/ Quelle est l’origine de votre arrivée en Algérie ? A quelle époque date l’installation de votre famille en Algérie ?

Italienne - Espagnole - Française entre 1835 et 1840.

2/ Quels étaient vos liens avec les Algériens lorsque vous étiez enfant puis adulte ?

Amicales - Fraternelles - mes parents aussi.
A l'école, sur les stades partout où se retrouvent les enfants.

3/ Quelles ont été les conditions de travail de votre famille en Algérie ?

Très dures papa était petit fonctionnaire de mairie à Médéa et maman était representante des Galeries Lafayette de Paris (vente par correspondance) 6 enfants et on avait pas toujours de bois pour se chauffer l'hiver.

4/ Cinq mots commençant par la première lettre de votre prénom ?

Joie-Justice - Jeunesse- Juste- Justement

5) Faîtes moi part d'un de vos souvenirs d'Algérie ?

Pleins, remplis de bons souvenirs durant mon enfance et terribles lors de mon adolescence -(  attentats - sang- carnage- enlèvements - bombes- grenades-le département de Médéa etait très chaud "willaya 4". Mais j'en garde que du bonheur malgré tout çà.

6/ L’indépendance était-elle inévitable ?

Peut être mais pas de cette façon. les Algériens indépendantistes se sont trompés d'ennemis . Nous étions pour eux les représentants de La France . Mais pour moi avec le recul la guerre d'Algérie a été surtout une guerre de religion ( date de l'insurrection 1° novembre) la Toussaint (fêtes des morts) chez les Chrétiens. Cela est un symbole...

7/ Que pensez-vous des gros propriétaires terriens colons" français ?

Cette question me fait sourire : pourquoi n'y aurait il pas eu des riches en Algérie . Des colons - des avocats- des medecins - des chirurgiens comme en France et ailleurs. Pour votre gouverne personnelle chez les musulmans " les Tamzali" (huileries d'Alger) les Saffar ( Medea) les Mokbat( Medea) les Mergoub (Medea) beaucoup de ces familles algériennes étaient plus riches que beaucoup de familles de Français d'Algérie "chrétiens ou juifs d'ailleurs".

8/ Quels sont vos sentiments à propos de l’OAS ?

Ce sont les derniers résistants de l'algérie Française - mais comme vous le savez " honte aux perdants et gloires aux gagnants . Les gens de l'ALN ont gagné la guerre (politiquement) ils sont pour le peuple algérien devenus "RESISTANTS" alors qu'ils étaient terroristes pour la France . Les militants OAS sont pour les Pieds Noirs des résistants et pour les Français de France et les Algériens des terroristes. Les symboles des mots peuvent changer en fonction des victoires ou défaites .

9/ Que pensez-vous de De Gaulle ?

Rien que lire ou prononcer son nom me donne des boutons . C'est le mot à ne jamais prononcer pour les Pieds Noirs et Harkis.C'est lui le traitre à notre cause commune : à tous les algériens ou français d'algérie de l'époque toutes religions confondues. C'est lui qui est la cause de notre exil et la cause de prise du pouvoir du FLN en Algérie . HONTE A LUI ET A SA MEMOIRE.

10/ Cinq mots pour définir votre Algérie ?

AMOUR - RACINES - PAYS - SOLEIL - CIEL.

11/ Qu’est-ce qu’une personne déracinée selon vous ?


C'est une personne qui a quitté son pays contre son gré, qui ne pourra plus revivre dans son pays d'origine . Un exilé perpétuel.

12/ Que pensez-vous du FLN ?

Celui de tous les malheurs de tous les Algériens ( le divorce entre nous tous- la fin qui ne justifie pas les moyens extrèmes qu'ils ont mis en pratique ; la lachete des attentats - la mort d'innocents de toutes origines. La première victoire d'un frange terroriste qui a eu le pouvoir et qui l'a encore. Depuis ils ont fait des émules dans le monde entier. C'est eux qui ont lancé le TERRORISME PLANETAIRE...

13/ Que pensez-vous des français de métropole lors de la guerre d’Algérie ?*

Bof bof cela veut tout dire. Très peu se sont intéressés à nous mais le peu était vraiment formidable.

14/ Faîtes moi part de vos conditions d’arrivée en métropole ?

Dur, très dur le malheur sur notre tête.

15/ Lors de cette arrivée par quoi avez-vous été vous le plus surpris ?

Que la France était moins bien équipée que certaines villes d'Algérie.

16/ Quelles ont été vos déceptions ? Quelles étaient vos aspirations lors de l’arrivée en métropole ?

Que déceptions- tristesse- rancoeur tous les mots excessifs que l'on ressent dans une mère patrie ingrate à notre égard.

17 / Avez vous un message à faire passer aux Algériens ?

Oui qu'ils apprennent leur histoire avec nous. Bien sur il y a des zones d'ombres mais beaucoup de zones blanches . Quand les découvreront-ils? Si l'on était restés ensemble l'Algérie serait la Californie.

18/ La France (la métropole) est-elle après toutes ces années votre pays ? Expliquez pourquoi ?

JAMAIS NOTRE PAYS EST L' ALGERIE et notre patrie était la France. Mais depuis toutes ces années, pour moi la France n'est plus ma patrie et l'algérie reste mon pays . Je suis un exilé sans patrie , je n'ai pas de nation, plus de pays , je suis un Palestinien...de l'époque...

19/ Qu’est-ce que l’intégration selon vous ? Les Pieds Noirs ont-ils été intégrés ?

S’il y a eu intégration ou s’il n’y a pas eu intégration, quelles en sont les raisons selon vous ? intégration oui dans le travail la réussite la famille mais pas de liens très très forts avec les patos (Français métropolitains)...

20/ Par quoi avez-vous envie de terminer votre E-terview ?

UN GACHIS, UN ENORME GACHIS FAIT PAR DES HOMMES SANS SCRUPULES QUI ONT FAIT LEUR COMBAT AUSSI BIEN EN FRANCE QU EN ALGERIE UN COMBAT IDEOLOGIQUE EN OUBLIANT TOUT SIMPLEMENT LES HOMMES ET LEURS HISTOIRES INTIMES FAITES D AMITIES DE RACINES DE TRAVAIL DE PAIX ET TOUT SIMPLEMENT D AMOUR. ILS NOUS ONT SEPARES ET C'EST LEUR PLUS GRAND CRIME QU'ILS ONT COMMIS.

5 décembre 2008

dimanche 30 novembre 2008

Entre histoire et mémoire: les rapatriés d'Algérie : dictionnaire bibliographique



Abderahmen Moumen a réalisé avec succès un ouvrage capital. Au total, le lecteur trouvera quelque 500 références dont certaines en appellent bien entendu d’autres ! Une bonne partie de celles-ci sont commentées et apportent d’utiles renseignements à tous ceux qui veulent en savoir plus sur les Pieds-Noirs. D’emblée, avec une grande honnêteté, Abderahmen Moumen nous précise les cadres de sa recherche : il s’agit bien de cerner l’étude bibliographique sur les seuls rapatriés d’Algérie. Ensuite, le cadre temporel reste celui compris entre 1962 et 2002. On ne s’étonnera point de ne pas trouver d’ouvrages sur la présence française en Algérie ou sur la Guerre d’Algérie.

- MOUMEN Abderahmen, ENTRE HISTOIRE ET MEMOIRE : LES RAPATRIES D’ALGERIE, Dictionnaire bibliographique, Jacques Gandini, 2003.

La guerre des mémoires : La France face à son passé colonial



Présentation de l'éditeur.
Harkis, pieds-noirs, descendants d'esclaves ou petits-enfants de colonisés..., la guerre des mémoires enfle. Chaque communauté, réelle ou auto-proclamée, réclame une stèle, un mémorial, une loi. Communautarisme ! Atteinte à la République ! Maladie de la repentance ! Tandis que les uns crient au sacrilège, des associations noires et des enfants de l'immigration post-coloniale revendiquent simplement leur place dans le récit national.

Dans un dialogue avec le journaliste Thierry Leclère, l'historien Benjamin Stora, spécialiste de la guerre d'Algérie et de la question coloniale, décode cette formidable foire d'empoigne, riche de passions, de douleurs enfouies et d'arrière-pensées politiques.

Comment se vivre comme descendant d'esclaves ou comme fils et fille de colonisés ? Ce choc des mémoires est-il une rumination vaine du passé ou, au contraire, une relecture "thérapeutique" de l'histoire? Qu'est-ce qu'être Français, aujourd'hui ? Un débat du présent, qui concerne chacun d'entre nous car il interroge le nouveau visage de la France.

- La guerre des mémoires : La France face à son passé colonial de Benjamin Stora et Thierry Leclere. Editions de l'Aube, 2007


dimanche 2 novembre 2008

عبد القادر الجزائري
















Abd El-Kader ou Abdelkader (arabe : عبد القادر الجزائري 'Abd al-Qādir al-Djazā'irī, Abd el-Kader l'Algérien) (né le 6 septembre 1808 près de Mascara en Algérie - décédé le 26 mai 1883 à Damas Syrie), est un émir et sultan algérien, théologien soufi, homme politique et résistant militaire face à l'armée coloniale française, également écrivain-poète et philosophe.

Lettres algériennes



Rachid Boudjedra, Lettres algériennes, Grasset, 1995 - Le Livre de Poche, 1997

Rachid Boudjedra, né à Aïn Beida (Constantinois) en 1941, est un écrivain et poète algérien de langue française et de langue arabe.

Anarchistes français



S’appuyant sur une lecture scrupuleuse de la presse libertaire de cette époque (1946-1962), Sylvain Boulouque nous restitue toute la gamme des analyses et attitudes ayant existé dans le mouvement libertaire par rapport aux luttes anti-coloniales. Pour celles et ceux qui auraient pensé que le soutien libertaire à ces dernières allait sans doute de soi, comme une évidence libratrice, la lecture de ce document leur montrera, au contraire, l’extraordinaire polyphonie qui régnait alors.

BOULOUQUE Sylvain, Les anarchistes français face aux guerres coloniales (1945 - 1962), Les éditions Atelier de création libertaire, mai 2003, 120 pages

Trotskystes et Libertaires contre la Guerre d’Algérie



"La France n’en a pas fini avec la guerre d’Algérie. Au moment où les tortionnaires reconnaissent leur sale besogne, sortent de l’ombre ceux qui se sont engagés aux côtés du FLN dès le début de l’insurrection algérienne. Les camarades des frères retrace l’épopée d’hommes et de femmes qui se sont engagés aux côtés du FNL algérien. Cette histoire est aussi celle des courants trotskistes et libertaires dans les années 1950. Publiques ou clandestines, ces actions de soutien sont diverses : impression de tracts, exfiltration de dirigeants du FLN, construction d’une usine d’armes au Maroc, fabrication de faux papiers, voire de fausse monnaie… La prison est souvent au bout du chemin.

PATTIEU, Sylvain . Camarades des frères. Trotskystes et libertaires contre la Guerre d’Algérie, Editions Syllepse, Juin 2002, 253 pages.

samedi 1 novembre 2008

L’Algérie dépassionnée




Au-delà des polémiques qui se multiplient dans un contexte marqué par les guerres de mémoires algériennes, un collectif d’universitaires a fait le pari de produire un travail de recherche destiné à devenir un outil de médiation scientifique. Dans quelle mesure est-il possible de produire un récit historique à la fois juste sur le plan factuel et construit pour ne point arbitrer entre des mémoires concurrentes ?

Comment s’articulent l’histoire et les mémoires qui s’affrontent ? Quel peut être le rôle des chercheurs pour proposer une alternative à la guerre des mémoires algériennes ? Autant de questions ici évoquées à la fois dans le cadre de travaux individuels et dans un rapport de recherche pensé par ce collectif d’universitaires (Raphaëlle Branche, Jean-Robert Henry, Jean-Charles Jauffret, Claude Liauzu, Gilbert Meynier, Valérie Morin, Guy Pervillé, Yann Scioldo-Zücher, Benjamin Stora, Sylvie Thénault) et rédigé par Éric Savarèse.

Si nul ne saurait prévoir l’issue des querelles mémorielles en matière algérienne, les chercheurs investis dans ce projet ont souhaité fournir les arguments susceptibles d’impulser un dialogue entre des groupes qui entretiennent des rapports conflictuels au regard du passé colonial. C’est bien un enjeu national qui se trouve ici analysé : comment aborder les guerres de mémoires algériennes, et quelles sont les solutions à proposer ?

Éric Savarese est maître de conférence en science politique à l’Université de Perpignan-Via Domitia. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages parmi lesquels L’ordre colonial et sa légitimation en France métropolitaine. Oublier l’Autre, Paris, L’Harmattan, 1998 ; L’invention des pieds-noirs, Paris, Séguier, 2002 ; et, plus récemment, Algérie, la guerre des mémoires, Paris, Non Lieu, 2007.


mardi 28 octobre 2008

Mouloud Chaieb - Message de paix et d’amour

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Mouloud Chaieb, cadre dans une grande entreprise en Algérie a effectué ses études en Pologne, là où il a vécu plus de quinze ans, après son retour au pays, croyant pouvoir être au service public, il se retrouva une fois de plus exclu. Il décida alors d'expliquer ce phénomène par l'écriture d'une autobiographie basé sur des faits réels. Son histoire retrace l'enfance colonisée, l'exclusion et les révolutions sans « R » qu'il faut en faire pour apprendre seul, a gouverné.
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1- Cinq mots commençant par C vous définissant bien ?

Charitable
Compatissant
Cordial
Chaleureux
Courageux

2- Pouvez-vous définir votre ouvrage en quelques phrases ?

Mon ouvrage est un message de paix et d’amour, il répond en vérité à toutes vos questions et il nous interpelle à se donner la main. C’est une autobiographie, un témoignage basé sur des faits réels, l’enfance colonisée, la guerre, l’exclusion, un récit peut-être naïf mais qui donne une réponse au soulèvement du peuple Algérien, la cause profonde de la guerre, le départ massif d’une certaine catégorie de la population Algérienne après l’indépendance et l’origine des problèmes que nous vivons aujourd’hui et que nous devons assumer ensembles.

4- Quelles auraient été selon vous les conditions pour qu'Algériens et Français vivent en harmonie ?

L’intégration de la population indigène avec une participation active à la vie politique, économique et sociale, toutefois, si le peuple Algérien avait à revendiquer son autonomie ou son indépendance, elle aurait eu lieu sans effusion de sang ni déchirure.

5- C’est quoi selon vous "une personne déracinée" ?

Sacrifiée

6- Quel est le mot ou la citation qui vous hante constamment ?

« Pourquoi me tuer vous ? Et quoi, ne demeurez-vous pas de l’autre côté de l’eau ? » Mon ami, si vous demeuriez de ce côté, je serais un assassin, et cela serait injuste de vous tuez de la sorte, mais puisque vous demeurez de l’autre côté, je suis un brave et cela est juste. » Pascal Blaise

7- Pensez-vous que l'Algérie a raté son rendez-vous avec l'histoire ?

Non

8- Que signifie pour vous le mot « rencontre » ?

Dialogue

9- Mouloud Chaieb en 5 dates.

1er Nov 1954
20 Aout 1955
20 Janvier 1959
19 Mars 1962
5 Juillet 1962

10- Quel serait votre projet littéraire le plus fou ?

Une œuvre philosophique, trop naïve peut-être et que je compte l'édité en 2009. Je souhaite par cette œuvre ajouter à la vigueur de la jeunesse une meilleure interprétation des mots qui lui permettent de communiquer avec son prochain. Une œuvre peut-être banale mais qui pourrait peut être nous permettre de mieux gérer notre amour propre, nos désirs et nos ambitions.

11- Si vous exerciez de hautes responsabilités à la tête de votre pays, quelle serait la première décision que vous prendriez ?

Une justice indépendante dotée de valeurs morales et matérielles pour faire face à toute sorte de corruption.

12- Je suis fils et petit fils de pieds noirs d'Alger qui ont quitté et tout laissé derrière eux en Algérie. Avez-vous un message à faire passer à cette communauté déchirée ?

La révolution Algérienne était inévitable en face de l’exclusion et de la pauvreté mais l’organisation de l’armée sécrète aurait pu être évité pour ne pas élargir encore plus le fossé qui existait entre les deux communautés. Je dirais cependant à tous les nostalgiques, à leurs enfants et leurs petits enfants qu’ils sont chez eux dans toutes villes et villages d’Algérie, il faut seulement reconstruire les ponts, instaurer la confiance, développer la communication et ne pas être passif en face des injustices, de l’exclusion et toute sorte d’extrémisme.

13- Quel est votre peintre préféré ?

Vincent Van Gogh

14- Quelles sont vos peurs ?

Ne pas être compris

15- Que peut-on souhaiter à Mouloud Chaieb pour son avenir ?

Qu’il soit aimé...

16- L’Algérie finira t-elle un jour par devenir un pays stable ?

Oui

17- Un mot, un seul pour définir l'Algérie ?

Un beau pays

18- Alger ou Collo ?

Collo

19- Quel est l'artiste algérien que vous souhaiteriez faire découvrir aux Français ?

Yasmina Khadra

20- Par quoi souhaiteriez-vous terminer cet E-terview ?

L’être humain est l’animal le plus social des créatures et je souhaite à tous la connaissance de son histoire. Je crois toutefois qu’il est plus bénéfique d’analyser les causes de ses malentendus que de juger les acteurs.
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Vincent Bouba, 28 octobre 2008
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lundi 20 octobre 2008

Albert Camus, un Homme révolté


Avec le livre "Albert Camus et les libertaires (1948-1960)", les éditions Egrégores offrent un document très convaincant sur l’engagement du Prix Nobel de littérature 1957 aux côtés des anarchistes.

Dédié chaleureusement à Catherine Camus, l’ouvrage regroupe de nombreux textes de et sur Camus rassemblés et commentés par Lou Marin. Depuis trente ans, Lou Marin milite au sein d’un courant anarchiste non-violent de langue allemande, Graswurzelrevolution, continuateur de la revue française Anarchisme et non-violence que l’on retrouve à présent sur Internet sous l’appellation Anarchisme et non-violence 2. Pour les anarchistes, Albert Camus est une référence incontournable. En particulier pour celles et ceux qui sont touché-e-s par les réflexions de Camus sur la violence révolutionnaire. Comme le rappelle cet ouvrage, l’auteur de L’Homme révolté, admirateur de Gandhi, rejetait toutes les violences. « Je crois que la violence est inévitable (…) Je dis seulement qu’il faut refuser toute légitimation de la violence », expliquait-il.

C’est en rencontrant Rirette Maîtrejean (1887-1968), co-éditrice du journal L’Anarchie avec Victor Kibaltchich (alias Victor Serge), qu’Albert Camus fut sensibilisé à la pensée libertaire. Rirette était correctrice au journal bourgeois Paris Soir. Albert y était rédacteur et secrétaire de rédaction. Au marbre comme pendant les mois d’exode, en 1940, avec Rirette et des typos, correcteurs et imprimeurs souvent anarcho-syndicalistes, Camus eut le temps de découvrir les traditions libertaires en France. Peu à peu, Camus, le « camarade absolument parfait », fit la connaissance des anarchistes responsables de diverses publications françaises (Le Monde libertaire, Défense de l’Homme, Liberté, Le Libertaire, Témoins…) ou étrangères (Volonta, Solidaridad Obrera, Arbetaren, Die freie Gesellschaft, Reconstruir, Babel…). Camus collabora régulièrement à certains de ces journaux et rencontra ses animateurs. Il profita même de son séjour à Stockholm, lors de la remise de son prix Nobel en 1957, pour se faire interviewer par Arbetaren et visiter les locaux de la Sveriges Arbetaren Centralorganisation (SAC), l’organisation anarcho-syndicaliste suédoise.

Dans les années 1930, Albert Camus semblait avoir déjà des prédispositions pour les analyses libertaires. Il s’était fait viré du parti communiste, en 1937, parce qu’il soutenait Messali Hadj, leader du Mouvement nord-africain (MNA), parti rival du FLN qui entretenait des contacts avec le mouvement libertaire et les syndicalistes révolutionnaires de La Révolution prolétarienne (où Camus allait écrire). Le drame espagnol touchait aussi particulièrement Camus le méditerranéen. Appels, articles et meetings se succédèrent pour venir en aide aux militants antifranquistes. En février 1952, salle Wagram à Paris, il participa à un meeting pour soutenir cinq militants de la CNT condamnés à mort. Malgré les querelles qui faisaient rage entre eux et Camus, André Breton et Jean-Paul Sartre avaient fait le déplacement.

Albert Camus s’exprima régulièrement dans Témoins, revue antimilitariste et libertaire qui était ouverte à tous les courants anars. Son antimilitarisme l’engagea naturellement aux côtés de l’anarchiste Louis Lecoin, dans les colonnes de la publication Défense de l’Homme, mais aussi dans la lutte pour l’obtention d’un statut en faveur des objecteurs de conscience. Écrit par Camus, le projet de statut fut approuvé par les membres du comité de secours aux objecteurs de conscience et diffusé par les militants pacifistes et libertaires, notamment dans un numéro spécial de la revue Contre-courant.

Textes à l’appui, l’ouvrage revient sur les polémiques provoquées par L’Homme révolté, sur les débats dans Témoins ou dans La Révolution prolétarienne. Il est question encore des Groupes de liaison internationale (GLI), du soutien apporté à Maurice Laisant lors du procès fait aux Forces libres de la Paix, des campagnes en faveur de Gary Davis (aviateur de l’US Air Force) ou contre la peine de mort, des réactions de Camus au moment des émeutes de Berlin-Est en 1935, de Poznan en 1956, de la révolution hongroise…

Textes politiques et philosophiques se succèdent pour cerner le Camus qui affirmait : « Bakounine est vivant en moi ». Mais, parmi tous ces textes, c’est sans doute le témoignage des ouvriers du Livre (réunis par Georges Navel en vue d’un article dans leur publication professionnelle) qui donne le mieux la dimension humaine de notre ami. « C’était vraiment un gars du marbre Camus, on pouvait le considérer comme un ouvrier du Livre (…) Il avait toutes nos qualités et tous nos défauts, il était exactement dans l’ambiance du marbre aussi bien du point de vue gaieté, du point de vue blague, il était dans tous les coups, dans la tradition », dit Roy, un délégué syndical de Combat à l’époque où Camus en était le rédacteur en chef. « Camus était plus souvent au marbre qu’à la rédaction », dit un autre. « Une chose qui peut surprendre, c’est que s’il était à l’aise parmi les ouvriers, il n’était pas à l’aise parmi les journalistes. Peut-être n’avait-il pas été admis par les journalistes comme il avait été admis par nous », suggère Rirette Maîtrejean.

Comme le constate en épilogue Freddy Gomez, « la place laissée vide par la disparition de Camus l’espagnol ne fut jamais comblée ». En mai 1952, dans une réponse adressée à Gaston Leval, Albert Camus affirmait que la société de demain ne pourra pas se passer de la pensée libertaire. En 2008, cette évidence devient de plus en plus criante. Que les libertaires retroussent leurs manches…

Paco

- Albert Camus et les libertaires (1948-1960), éditions Egrégores, 268 pages. 15€. Les éditions Egrégores sont membres du Club du livre libertaire.

- Le livre sera présenté dans divers lieux :
Au salon du livre libertaire organisé par la CNT les 17 et 18 octobre à Saint-Etienne.
Au salon du livre de Tournus le 2 novembre.
Au CIRA de Marseille le 8 novembre.
A la librairie Le Bal des Ardents (17, rue Neuve 69001 Lyon) le 13 novembre dans le cadre de l’exposition Albert Camus et les libertaires qui sera présentée du 13 novembre au 13 décembre. Marc-Henri Arfeux (qui a dirigé l’édition de L’Homme révolté chez Folio) donnera également une conférence. Informations auprès de la librairie Le Bal des Ardents
Et également des dates à venir à la librairie Publico (à Paris), à Bordeaux, à Périgueux…

samedi 13 septembre 2008

Albert Camus et les Libertaires

L’action d’Albert Camus aux côtés des anarchistes a longtemps été occultée par les chroniqueurs, pour ne pas dire les censeurs. À Lourmarin, où Camus repose, une exposition et un colloque réparent « l’oubli ».

Camus est né en Algérie, en 1913, dans une famille pauvre. Orphelin de père (tué en 1914 lors de la bataille de la Marne), Albert a été élevé par sa mère, une femme d’origine espagnole presque sourde et analphabète, et sa grand-mère. Soutenu par ses instits et professeurs, dont Louis Germain et Jean Grenier, il fera de brillantes études mais, touché par la tuberculose, ne pourra pas décrocher l’agrégation et le professorat qu’il convoitait

C’est à Alger républicain que Camus fera ses premières armes dans le journalisme. Ecrivain, dramaturge, essayiste, il écrira et publiera successivement La Révolte dans les Asturies (1936), L’Envers et l’endroit (1937), Noces (1939), L’Étranger et Le Mythe de Sisyphe (1942). Pendant la guerre, il rejoindra la rédaction de Combat clandestin. À la Libération, il en deviendra le rédacteur en chef. Il quittera Combat en 1947 et poursuivra son œuvre en publiant La Peste (1947), Lettres à un ami allemand et L’État de siège (1948), L’Homme révolté (1951), La Chute (1956)... En 1957, Camus a reçu le prix Nobel de littérature. La même année sortait Réflexions sur la peine capitale. Il est mort le 4 janvier 1960 dans un accident de voiture. Son ami Michel Gallimard était au volant. Camus avait quarante-sept ans et jouissait d’une renommée internationale. Il est enterré dans le cimetière de Lourmarin, village où il avait acheté une maison en 1958.

La guerre d’Algérie faisait des ravages à la mort de Camus. Elle est pour beaucoup dans les polémiques qui entourèrent l’écrivain. Bien que Pied-noir, Camus a été l’un des premiers à dénoncer le colonialisme français et à soutenir les Algériens musulmans dans leur volonté d’émancipation culturelle et politique, tout en émettant de très sérieuses réserves sur le FLN qu’il jugeait trop autoritaire et centraliste.

Sa vive sympathie pour le mouvement libertaire n’aida pas à apaiser les critiques. De nombreux indices illustrant son attachement à la tradition anarchiste parsèment ses écrits, pièces de théâtre, essais et romans. Pour ne parler que de lui, L’Homme révolté résonne comme une véritable profession de foi. L’ouvrage s’inscrit dans une problématique purement libertaire. Comment faire la révolution en évitant le recours à la terreur ?

Dans les années 1940 et 1950, Camus entretiendra des liens étroits avec les responsables de journaux anarchistes, francophones ou non. Parmi eux, Rirette Maîtrejean (coéditrice du journal L’Anarchie), Maurice Joyeux et Maurice Laisant (du Monde libertaire), Jean-Paul Samson et Robert Proix (de la revue culturelle et antimilitariste Témoins), Pierre Monatte et André Rosmer (de La Révolution prolétarienne), Louis Lecoin (de Défense de l’homme et de Liberté), Gaston Leval et Georges Fontenis (du Libertaire), Giovanna Berneri (veuve de l’anarchiste Camillo Berneri assassiné à Barcelone, du journal italien Volontà), José Ester Borràs (du journal espagnol Solidaridad Obrera)... Camus avait aussi des contacts avec des journaux anarcho-syndicalistes suédois (Arbetaren), allemand (Die freie Gesellschaft) et latino-américain (l’Argentin Reconstruir).

Les interventions d’Albert Camus aux côtés des anarchistes sont nombreuses. Il soutenait par exemple l’antimilitariste Maurice Laisant lors du procès fait aux Forces libres de la paix qui étaient poursuivies pour leur lutte contre la guerre d’Indochine. « Il me semble impossible que l’on puisse condamner un homme dont l’action s’identifie si complètement avec l’intérêt de tous les autres hommes. Trop rares sont ceux qui se lèvent contre un danger chaque jour plus terrible pour l’humanité », plaida-t-il devant un tribunal sourd à ses arguments. Le compte-rendu de l’audience fut publié en février 1955 dans Le Monde libertaire. Camus était présent dans les meetings et manifestations organisés par les libertaires contre la répression en Espagne ou dans les pays de l’Est (à Berlin-Est en 1953, à Poznan et à Budapest en 1956). « Le monde où je vis me répugne, mais je me sens solidaire des hommes qui y souffrent », disait-il.

Auteur d’articles publiés dans Le Libertaire et dans Le Monde libertaire, Camus était également très proche des syndicalistes révolutionnaires de La Révolution prolétarienne avec qui il fonda les Groupes de liaison internationale (GLI) qui aidaient les victimes des régimes totalitaires, staliniens et franquiste notamment. La situation en Espagne était au cœur de ses préoccupations. Dans Le Libertaire du 26 juin 1952, il publia un texte pour exposer les raisons de son refus de collaborer avec l’UNESCO où siégeait un représentant de l’Espagne franquiste. Quand Louis Lecoin lança, en 1958, sa campagne pour l’obtention d’un statut pour les objecteurs de conscience, Albert Camus était toujours là. Membre du comité de secours aux objecteurs aux côtés d’André Breton, de Jean Giono, de Lanza del Vasto, de l’abbé Pierre, il rédigea le projet de statut et participa activement à la campagne qui aboutira, en 1963, par une victoire qu’il ne verra pas. Homme révolté, insoumis, admirateur de Gandhi, Camus milita contre tous les terrorismes et imprégna de non-violence son idéal libertaire. « Ni victimes ni bourreaux... »

Après sa disparition brutale, les anarchistes furent abattus. Leur désarroi se lisait dans Le Monde libertaire de février 1960. Le mensuel publia des contributions de Maurice Joyeux, Maurice Laisant, F. Gomez Pelaez, Roger Lapeyre, J.-F. Stas et Roger Grenier. La rédaction du ML signa un article intitulé Albert Camus ou les chemins difficiles. Ce qui résume bien la vie et l’œuvre d’un philosophe qui refusait d’être considéré comme un guide, un maître à penser.

« Albert Camus, qui au-dessus de tout plaçait l’esprit d’équipe, était notre camarade, écrivaient les anars en deuil. Son amitié, qui n’a jamais supposé une adhésion entière à toutes les solutions que nous proposons aux hommes, ne s’est jamais relâchée. Sa présence, dans nos manifestations, ses contacts avec quelques-uns d’entre nous aux heures difficiles en font foi. » Maurice Laisant, qui avait reçu un soutien appuyé de Camus devant la 17ème Chambre correctionnelle, ne cachait pas non plus son émotion : « Chacun voudrait dire son deuil de celui que nous perdons et en le faisant aujourd’hui, j’ai le sentiment de reconnaître la dette de tous les pacifistes envers celui qui fut plus qu’un grand homme : un homme ! »

Paco

- Les Journées Albert Camus se dérouleront au château de Lourmarin, les 10 et 11 octobre 2008, avec des témoins, des écrivains, des chercheurs, des journalistes. Entrée libre. Informations en écrivant à l’association Rencontres méditerranéennes Albert Camus, mairie 84160 Lourmarin. Renseignements par téléphone au 04 90 08 34 12 ou par Email : andree.fosty@free.fr

- Les textes publiés par Le Monde libertaire après la mort d’Albert Camus ont été réunis dans le numéro 26 de la revue Volonté anarchiste. Ils sont, avec d’autres textes illustrant les liens entre Camus et les libertaires, également disponibles sur le site web du 
Centre de documentation anarchiste du groupe Maurice-Joyeux de la Fédération Anarchiste 

- On peut encore lire L’œuvre et l’action d’Albert Camus dans la mouvance de la tradition libertaire, un essai de Teodosio Vertone publié par l’Atelier de création libertaire.

samedi 28 juin 2008

Albert Camus



Albert Camus, né le 7 novembre 1913 à Mondovi en Algérie et mort le 4 janvier 1960 à Villeblevin dans l'Yonne, est un écrivain, dramaturge et philosophe français. Il a reçu le prix Nobel de littérature en 1957.

Révolte dans les Asturies (1936) Essai de création collective.
L'Envers et l'endroit (1937)
Noces (1939) recueil d'essais et d'impressions
Le Mythe de Sisyphe (1942) essai sur l'absurde
L'Étranger (1942)
Caligula (1944) Pièce en 4 actes.
Le Malentendu (1944) Pièce en 3 actes.
Réflexions sur la Guillotine (1947)
La Peste (1947 ; Prix de la critique en 1948)
L'État de siège (1948) Spectacle en 3 parties.
Lettres à un ami allemand (1948 ; publié sous le pseudonyme de Louis Neuville)
Les Justes (1950) Pièce en 5 actes.
Actuelles I, Chroniques 1944-1948(1950)
L'Homme révolté (1951)
Actuelles II, Chroniques 1948-1953
L'Été (1954) Essai.
La Chute (1956)
L'Exil et le royaume (Gallimard, 1957) nouvelles (La femme adultère, Le renégat, Les muets, L'hôte, Jonas, La pierre qui pousse)
Réflexions sur la peine capitale (1957) En collaboration avec Arthur Koestler.
Chroniques algériennes, Actuelles III, 1939-1958 (1958)
Les Possédés (1959) adaptation au théâtre du roman de Fedor Dostoïevski
Carnets I, mai 1935-février 1942 (1962)
Carnets II, janvier 1942-mars 1951 (1964)
La Mort heureuse (1971) Roman
Le Premier Homme (Gallimard, 1994 ; publié par sa fille) roman inachevé

Mouloud Feraoun



Mouloud Feraoun est un écrivain kabyle algérien d'expression française né le 8 mars 1913 à Tizi Hibel en haute Kabylie (Algérie) et victime à Alger le 15 mars 1962, avec cinq de ses collègues inspecteurs de l'Education Nationale, de l'assassinat de Château Royal attribué à l'OAS.

Livres
Le fils du pauvre, Menrad instituteur kabyle, Le Puy, Cahiers du nouvel humanisme, 1950, 206 p.
La terre et le sang, Paris, Seuil, 1953, 256 p.
Jours de Kabylie, Alger, Baconnier, 1954, 141 p.
Les chemins qui montent, Paris, Seuil, 1957, 222p.
Les poèmes de Si Mohand, Paris, Les éditions de Minuit, 1960, 111p.
Journal 1955-1962, Paris, Seuil, 1962, 349 p.
Lettres à ses amis, Paris, Seuil, 1969, 205p.
L'anniversaire, Paris, Seuil, 1972, 143p.
La cité aux roses, Alger, Yamcom, 2007, 172p.

Articles
« L'instituteur du bled en Algèrie », Examens et Concours, Paris, mai-juin 1951.
« Le désaccord », Soleil, Alger, n°6; juin 1951.
« Sur l'école Nord-africaine des lettres », Afrique, AEA, Alger, n°241, juillet-septembre 1951.
«Les potines», Foyers ruraux, Paris, n°8, 1951.
« Moeurs kabyles », La vie au soleil, Paris, septembre-octobre 1951.
« Les rêves d'Irma Smina », Les Cahiers du sud, Marseille, Rivages, n°316, 2 semestre 1952.
« Ma mère », Simoun, Oran, J.M Guiaro, n°8, mai 1953.
« Les Beaux jours », Terrasses, Alger, Jean Sénac, juin 1953.
« Réponse à l'enquête », Les nouvelles littéraires, Paris, Larousse, 22 octobre 1953.
« Images algériennes d'Emmanuel Roblès », Simoun, Oran, J.M Guiaro, n°30, décembre 1953.
« L'auteur et ses personnages », Bulletin de l'amicale des anciens éléves de l'école normale de la Bouzaréa, février 1954.
« Au dessus des haines », Simoun, Oran, J.M Guiaro, n°31, juillet 1954.
« Le départ », L'action, Tunis, Parti socialiste destourien, n°9, 20 juin 1955.
«Le voyage en Grèce et en Sardaigne», Journal des instituteurs de l'Afrique du Nord, n°1, 29 septembre 1956
«Les aventures de Ami Mechivchi», Journal des instituteurs de l'Afrique du Nord, n°1, 29 septembre 1956 .
« Les aventures de Ami Mechivchi » (suite), Journal des instituteurs de l'Afrique du Nord , n°2, 13 octobre 1956 .
« Souvenir d'une rentrée », n°2, Journal des instituteurs de l'Afrique du Nord, 15 octobre 1956 .
« L'instituteur du bled en Algèrie », Journal des instituteurs de l'Afrique du Nord , n°3, 25 octobre 1956 .
« Le beau de Tizi », Journal des instituteurs de l'Afrique du Nord, n°4, 10 novembre 1956 .
« Les bergères », Journal des instituteurs de l'Afrique du Nord, n°5, 24 novembre 1956 .
« Hommage à l'école française », Journal des instituteurs de l'Afrique du Nord, n°6, 6 décembre 1956.
« Monsieur Maschino, vous êtes un salaud », Démocratie, Casablanca, Charkaoui, 1 avril 1957.
«La légende de Si Mohand», Affrontement, Paris, n°5 « Art, culture et peuple en Afrique du Nord, décembre 1957.
« Les écrivains musulmans », Revue française de l'élite européenne, Paris, n°91, 1957.
« La littérature algérienne », Revue française, Paris, 1957.
« Le voyage en Grèce », Revue française, Paris, 1957.
« La légende de Si Mohand », Algeria, OFALAC, septembre 1958.
« Hommage à l'école française », Algeria, OFALAC, n°22, mai-juin 1959.
« La source de nos communs malheurs » (lettre à Camus), Preuves, Paris, Congrés pour la liberté de la culture, n°91, septembre 1958.
« Le dernier message », Preuves, Paris, Congrés pour la liberté de la culture, n° 110, avril 1959.
« Le départ du père », Algeria, OFALAC, n°22, mai-juin 1959.
« Journal d'un algérien », Preuves, Paris, Congrés pour la liberté de la culture, n° 139, septembre 1959.
« La vache des orphelins », Algeria, OFALAC, n°30, janvier-février 1960.
« Si Mohand ou Mehand », La nouvelle critique, PCF, n°112, janvier 1960.
« Destins de femmes », Algeria, OFALAC, n°44, décembre 1960.
« L'entraide dans la société kabyle », Revue des centres sociaux, Alger, n°16, 1961.
« Mekidèche et l'ogresse », Algeria, OFALAC, n°60, automne 1961.
« Mekidèche et l'ogresse » (suite), Algeria, OFALAC, n°61, noël 1961.
« Déclaration téléphonique après la mort d'Albert Camus », Oran Républicain, Oran, 6 janvier, 1962.
« Lettres de Kabylie envoyées à Emmanuel Roblès », Esprit, n°12, décembre 1962.
« Algerisches Tagebuch », Dokumente. Zeitshr. Übernationale Zusammenarbeit, Bonn, n°18, 1962.
« Discours lors de la remise du prix de la ville d'Alger », le 5 avril 1952, Oeuvres et critiques, Paris, J.M.Place, n°4, hiver 1979.
« Les tueurs », CELFAN Review, Philadelphie, Temple University, Eric Sellin, Editor, 1982.

Emmanuel Roblès



Emmanuel Roblès, né le 4 mai 1914 à Oran (Algérie) et mort le 22 février 1995 à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), fut un écrivain français. Membre de l'Académie Goncourt en 1973.

1938 - L'Action (roman) rééd. le Seuil, 1996
1940 - La Vallée du paradis
1942 - Travail d'homme(roman) rééd. le Seuil, 1996
1942 - La Marie des quatre vents (nouvelle)
1944 - Nuits sur le monde (recueil de nouvelles inspirée par ses voyages)
1947 - Les Hauteurs de la ville (obtient le Prix Femina)
1948 - Montserrat (pièce)
1951 - La Mort en face (recueil de nouvelles)
1952 - Cela s'appelle l'aurore
1954 - Federica
1956 - Les Couteaux (roman sur le Mexique)
1959 - L'Homme d'Avril (recueil de nouvelles sur le Japon)
1961 - Le Vésuve
1961 - Jeunes saisons (autobiographie)
1962 - La Remontée du fleuve
1968 - La Croisière
1970 - Un Printemps d'Italie
1972 - L'Ombre et la rive (recueil de nouvelles)
1974 - Saison violente
1976 - Un Amour sans fin
1977 - Les Sirènes
1979 - L'Arbre invisible
1981 - Venise en hiver
1984 - Un château en novembre (pièce)
1985 - La chasse à la licorne
1988 - Norma, ou, L'Exil infini
1988 - Albert Camus et la trêve civile (critique)
1990 - Les Rives du fleuve bleu (recueil de nouvelles)
1990 - Cristal des jours (poésie)
1992 - L'Herbe des ruines
1994 - Erica (recueil de nouvelles)
1995 - Camus, frère de soleil (biographie)

Jules Roy



Jules Roy est un écrivain français
(Rovigo, Algérie, 22 octobre 1907- Vézelay, 15 juin 2000).

Prix Renaudot en 1946 pour La Vallée heureuse
Grand prix littéraire de Monaco en 1957
Grand prix de littérature de l'Académie française en 1958
Grand prix national des Lettres en 1969
Prix de la Ville de Paris en 1975

Romans

Le tonnerre et les anges, Grasset, 1975.
Le Désert de Retz, Grasset, 1978.
Les Chevaux du soleil, Grasset, 1980, 6 vol. ; édition en un volume, Omnibus, 1995.
La Saison des Za, Grasset, 1982.

Récits
Ciel et terre, Alger, Charlot, 1943 (épuisé).
La Vallée heureuse, Charlot, 1946, avec une préface de Pierre Jean Jouve ; Gallimard, 1948 ; Julliard, 1960 ; Albin Michel, 1989.
Le Métier des armes, Gallimard, 1948 ; Julliard, 1960.
Retour de l'enfer, Gallimard, 1953 ; Julliard, 1960.
Le Navigateur, Gallimard, 1954 ; Julliard, 1960.
La Femme infidèle, Gallimard, 1955 ; Julliard, 1960.
Les Flammes de l'été, Gallimard, 1956 ; Julliard, 1960 ; Albin Michel, 1993.
Les Belles Croisades, Gallimard, 1959 ; Julliard, 1960.
La Guerre d'Algérie, Julliard, 1960 ; Christian Bourgois, 1994.
La Bataille de Dien Bien Phu, Julliard, 1963 ; Albin Michel, 1989.
Le Voyage en Chine, Julliard, 1965.
La Mort de Mao, Christian Bourgois, 1969 ; Albin Michel, 1991.
L'Amour fauve, Grasset, 1971.
Danse du ventre au-dessus des canons, Flammarion, 1976.
Pour le lieutenant Karl, Christian Bourgois, 1977.
Pour un chien, Grasset, 1979.
Une affaire d'honneur, Plon, 1983.
Beyrouth viva la muerte, Grasset, 1984.
Guynemer, l'ange de la mort, Albin Michel, 1986.
Mémoires barbares, Albin Michel, 1989.
Amours barbares, Albin Michel, 1993.
Un après-guerre amoureux, Albin Michel, 1995.
Adieu ma mère, adieu mon cœur, Albin Michel, 1996.
Journal, t. 1, Les années déchirement, 1925-1965, Albin Michel, 1997.
Journal, t. 2, Les années cavalières, 1966-1985, Albin Michel, 1998.
Journal, t. 3, Les années de braise, 1986-1996, Albin Michel, 1999.
Lettre à Dieu, Albin Michel, 2001.

Essais
Comme un mauvais ange, Charlot, 1946 ; Gallimard, 1960.
L'Homme à l'épée, Gallimard, 1957 ; Julliard, 1960.
Autour du drame, Julliard, 1961.
Passion et mort de Saint-Exupéry, Gallimard, 1951 ; Julliard, 1960 ; La Manufacture, 1987.
Le Grand Naufrage, Julliard, 1966 ; Albin Michel, 1995.
Turnau, Sienne, 1976 (hors commerce).
Éloge de Max-Pol Fouchet, Actes Sud, 1980.
Étranger pour mes frères, Stock, 1982.
Citoyen Bolis, tambour de village, Avallon, Voillot,1989.
Vézelay ou l'Amour fou, Albin Michel, 1990.
Rostropovitch, Gainsbourg et Dieu, Albin Michel, 1991.

Poèmes
Trois Pières pour des pilotes, Alger, Charlot, 1942.
Chants et prières pour des pilotes, Charlot, 1943 ; Gallimard, 1948 ; Julliard, 1960.
Sept Poèmes de ténèbres, Paris, 1957 (hors commerce).
Prière à Mademoiselle Sainte-Madeleine, Charlot, 1984 ; Bleu du Ciel, Vézelay, 1986.
Chant d'amour pour Marseille, Jeanne Laffitte, 1988.
Cinq Poèmes, Avallon, Voillot,1991.
La nuit tombe, debout camarades !, Gérard Oberlé, 1991.
Poèmes et prières des années de guerre (1939-1945), Actes Sud, 2001.

Théâtre
Beau Sang, Gallimard, 1952 ; Julliard, 1960.
Les Cyclones, Gallimard, 1953 ; Julliard, 1960.
Le Fleuve rouge, Gallimard, 1957 ; Julliard, 1960.
La Rue des Zouaves suivi de Sa Majesté Monsieur Constantin, Julliard, 1970.
Lieutenant Karl, dramatique télé (Michel Wyn), INA, 1977.
Mort au champ d'honneur' Albin Michel, 1995.

Pamphlet
J'accuse le général Massu, Seuil, 1972.

Conte
L'Œil de loup du roi de Pharan, Sétif, 1945 (hors commerce).

Avec Jean Amrouche
D'une amitié. Correspondance (1937-1962), Édisud, 1985.

mercredi 18 juin 2008

10 décembre 1957 - Prix Nobel de Littérature


Discours de Stockholm
Albert Camus


Je ne puis vivre personnellement sans mon art. Mais je n'ai jamais placé cet art au-dessus de tout. S'il m'est nécessaire au contraire, c'est qu'il ne se sépare de personne et me permet de vivre, tel que je suis, au niveau de tous. L'art n'est pas à mes yeux une réjouissance solitaire. Il est un moyen d'émouvoir le plus grand nombre d'hommes en leur offrant une image privilégiée des souffrances et des joies communes. Il oblige donc l'artiste à ne pas s'isoler; il le soumet à la vérité la plus humble et la plus universelle.
Et celui qui, souvent, a choisi son destin d'artiste parce qu'il se sentait différent apprend bien vite qu'il ne nourrira son art, et sa différence, qu'en avouant sa ressemblance avec tous. L'artiste se forge dans cet aller-retour perpétuel de lui aux autres, à mi-chemin de la beauté dont il ne peut se passer et de la communauté à laquelle il ne peut s'arracher. C'est pourquoi les vrais artistes ne méprisent rien; ils s'obligent à comprendre au lieu de juger. Et, s'ils ont un parti à prendre en ce monde, ce ne peut être que celui d'une société où, selon le grand mot de Nietzsche, ne régnera plus le juge, mais le créateur, qu'il soit travailleur ou intellectuel.

Le rôle de l'écrivain, du même coup, ne se sépare pas de devoirs difficiles. Par définition, il ne peut se mettre aujourd'hui au service de ceux qui font l'histoire : il est au service de ceux qui la subissent. Ou, sinon, le voici seul et privé de son art. Toutes les armées de la tyrannie avec leurs millions d'hommes ne l'enlèveront pas à la solitude, même et surtout s'il consent à prendre leur pas. Mais le silence d'un prisonnier inconnu, abandonné aux humiliations à l'autre bout du monde, suffit à retirer l'écrivain de l'exil, chaque fois, du moins, qu'il parvient, au milieu des privilèges de la liberté, à ne pas oublier ce silence et à le faire retentir par les moyens de l'art.

Aucun de nous n'est assez grand pour une pareille vocation. Mais, dans toutes les circonstances de sa vie, obscur ou provisoirement célèbre, jeté dans les fers de la tyrannie ou libre pour un temps de s'exprimer, l'écrivain peut retrouver le sentiment d'une communauté vivante qui le justifiera, à la seule condition qu'il accepte, autant qu'il peut, les deux charges qui font la grandeur de son métier : le service de la vérité et celui de la liberté. Puisque sa vocation est de réunir le plus grand nombre d'hommes possible, elle ne peut s'accommoder du mensonge et de la servitude qui, là où ils régnent, font proliférer les solitudes. Quelles que soient nos infirmités personnelles, la noblesse de notre métier s'enracinera toujours dans deux engagements difficiles à maintenir - le refus de mentir sur ce que l'on sait et la résistance à l'oppression.

Pendant plus de vingt ans d'une histoire démentielle, perdu sans secours, comme tous les hommes de mon âge, dans les convulsions du temps, j'ai été soutenu ainsi par le sentiment obscur qu'écrire était aujourd'hui un honneur, parce que cet acte obligeait, et obligeait à ne pas écrire seulement. Il m'obligeait particulièrement à porter, tel que j'étais et selon mes forces, avec tous ceux qui vivaient la même histoire, le malheur et l'espérance que nous partagions. Ces hommes, nés au début de la Première Guerre mondiale, qui ont eu vingt ans au moment où s'installaient à la fois le pouvoir hitlérien et les premiers procès révolutionnaires, qui ont été confrontés ensuite, pour parfaire leur éducation, à la guerre d'Espagne, à la Seconde Guerre mondiale, à l'univers concentrationnaire, à l'Europe de la torture et des prisons, doivent aujourd'hui élever leurs fils et leurs oeuvres dans un monde menacé de destruction nucléaire. Personne, je suppose, ne peut leur demander d'être optimistes.
Et je suis même d'avis que nous devons comprendre, sans cesser de lutter contre eux, l'erreur de ceux qui, par une surenchère de désespoir, ont revendiqué le droit au déshonneur, et se sont rués dans les nihilismes de l'époque. Mais il reste que la plupart d'entre nous, dans mon pays et en Europe, ont refusé ce nihilisme et se sont mis à la recherche d'une légitimité. Il leur a fallu se forger un art de vivre par temps de catastrophe, pour naître une seconde fois, et lutter ensuite, à visage découvert, contre l'instinct de mort à l'oeuvre dans notre histoire.

Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu'elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse. Héritière d'une histoire corrompue où se mêlent les révolutions déchues, les techniques devenues folles, les dieux morts et les idéologies exténuées, où de médiocres pouvoirs peuvent aujourd'hui tout détruire mais ne savent plus convaincre, où l'intelligence s'est abaissée jusqu'à se faire la servante de la haine et de l'oppression, cette génération a dû, en elle-même et autour d'elle, restaurer à partir de ses seules négations un peu de ce qui fait la dignité de vivre et de mourir. Devant un monde menacé de désintégration, où nos grands inquisiteurs risquent d'établir pour toujours les royaumes de la mort, elle sait qu'elle devrait, dans une sorte de course folle contre la montre, restaurer entre les nations une paix qui ne soit pas celle de la servitude, réconcilier à nouveau travail et culture, et refaire avec tous les hommes une arche d'alliance.
Il n'est pas sûr qu'elle puisse jamais accomplir cette tâche immense, mais il est sûr que, partout dans le monde, elle tient déjà son double pari de vérité et de liberté, et, à l'occasion, sait mourir sans haine pour lui. C'est elle qui mérite d'être saluée et encouragée partout où elle se trouve, et surtout là où elle se sacrifie. C'est sur elle, en tout cas, que, certain de votre accord profond, je voudrais reporter l'honneur que vous venez de me faire.

Du même coup, après avoir dit la noblesse du métier d'écrire, j'aurais remis l'écrivain à sa vraie place, n'ayant d'autres titres que ceux qu'il partage avec ses compagnons de lutte, vulnérable mais entêté, injuste et passionné de justice, construisant son oeuvre sans honte ni orgueil à la vue de tous, toujours partagé entre la douleur et la beauté, et voué enfin à tirer de son être double les créations qu'il essaie obstinément d'édifier dans le mouvement destructeur de l'histoire. Qui, après cela, pourrait attendre de lui des solutions toutes faites et de belles morales ? La vérité est mystérieuse, fuyante, toujours à conquérir. La liberté est dangereuse, dure à vivre autant qu'exaltante. Nous devons marcher vers ces deux buts, péniblement, mais résolument, certains d'avance de nos défaillances sur un si long chemin. Quel écrivain dès lors oserait, dans la bonne conscience, se faire prêcheur de vertu ? Quant à moi, il me faut dire une fois de plus que je ne suis rien de tout cela. Je n'ai jamais pu renoncer à la lumière, au bonheur d'être, à la vie libre où j'ai grandi. Mais bien que cette nostalgie explique beaucoup de mes erreurs et de mes fautes, elle m'a aidé sans doute à mieux comprendre mon métier, elle m'aide encore à me tenir, aveuglément, auprès de tous ces hommes silencieux qui ne supportent dans le monde la vie qui leur est faite que par le souvenir ou le retour de brefs et libres bonheurs.
Ramené ainsi à ce que je suis réellement, à mes limites, à mes dettes, comme à ma foi difficile, je me sens plus libre de vous montrer, pour finir, l'étendue et la générosité de la distinction que vous venez de m'accorder, plus libre de vous dire aussi que je voudrais la recevoir comme un hommage rendu à tous ceux qui, partageant le même combat, n'en ont reçu aucun privilège, mais ont connu au contraire malheur et persécution. Il me restera alors à vous en remercier, du fond du coeur, et à vous faire publiquement, en témoignage personnel de gratitude, la même et ancienne promesse de fidélité que chaque artiste vrai, chaque jour, se fait à lui-même, dans le silence.

Le droit à l’insoumission

Voici le texte de la « Déclaration sur le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie », dit Manifeste des 121, suivi de la première liste de ses signataires...

Un mouvement très important se développe en France, et il est nécessaire que l’opinion française et internationale en soit mieux informée, au moment où le nouveau tournant de la guerre d’Algérie doit nous conduire à voir, non à oublier, la profondeur de la crise qui s’est ouverte il y a six ans.

De plus en plus nombreux, des Français sont poursuivis, emprisonnés, condamnés, pour s’être refusés à participer à cette guerre ou pour être venus en aide aux combattants algériens. Dénaturées par leurs adversaires, mais aussi édulcorées par ceux-là mêmes qui auraient le devoir de les défendre, leurs raisons restent généralement incomprises. Il est pourtant insuffisant de dire que cette résistance aux pouvoirs publics est respectable. Protestation d’hommes atteints dans leur honneur et dans la juste idée qu’ils se font de la vérité, elle a une signification qui dépasse les circonstances dans lesquelles elle s’est affirmée et qu’il importe de ressaisir, quelle que soit l’issue des événements.

Pour les Algériens, la lutte, poursuivie, soit par des moyens militaires, soit par des moyens diplomatiques, ne comporte aucune équivoque. C’est une guerre d’indépendance nationale. Mais, pour les Français, quelle en est la nature ? Ce n’est pas une guerre étrangère. Jamais le territoire de la France n’a été menacé. Il y a plus : elle est menée contre des hommes que l’Etat affecte de considérer comme français, mais qui, eux, luttent précisément pour cesser de l’être. Il ne suffirait même pas de dire qu’il s’agit d’une guerre de conquête, guerre impérialiste, accompagnée par surcroît de racisme. Il y a de cela dans toute guerre, et l’équivoque persiste.

En fait, par une décision qui constituait un abus fondamental, l’Etat a d’abord mobilisé des classes entières de citoyens à seule fin d’accomplir ce qu’il désignait lui-même comme une besogne de police contre une population opprimée, laquelle ne s’est révoltée que par un souci de dignité élémentaire, puisqu’elle exige d’être enfin reconnue comme communauté indépendante.

Ni guerre de conquête, ni guerre de « défense nationale », ni guerre civile, la guerre d’Algérie est peu à peu devenue une action propre à l’armée et à une caste qui refusent de céder devant un soulèvement dont même le pouvoir civil, se rendant compte de l’effondrement général des empires coloniaux, semble prêt à reconnaître le sens.

C’est, aujourd’hui, principalement la volonté de l’armée qui entretient ce combat criminel et absurde, et cette armée, par le rôle politique que plusieurs de ses hauts représentants lui font jouer, agissant parfois ouvertement et violemment en dehors de toute légalité, trahissant les fins que l’ensemble du pays lui confie, compromet et risque de pervertir la nation même, en forçant les citoyens sous ses ordres à se faire les complices d’une action factieuse et avilissante. Faut-il rappeler que, quinze ans après la destruction de l’ordre hitlérien, le militarisme français, par suite des exigences d’une telle guerre, est parvenu à restaurer la torture et à en faire à nouveau comme une institution en Europe ?

C’est dans ces conditions que beaucoup de Français en sont venus à remettre en cause le sens de valeurs et d’obligations traditionnelles. Qu’est-ce que le civisme lorsque, dans certaines circonstances, il devient soumission honteuse ? N’y a-t-il pas des cas où le refus est un devoir sacré, où la « trahison » signifie le respect courageux du vrai ? Et lorsque, par la volonté de ceux qui l’utilisent comme instrument de domination raciste ou idéologique, l’armée s’affirme en état de révolte ouverte ou latente contre les institutions démocratiques, la révolte contre l’armée ne prend-elIe pas un sens nouveau ?

Le cas de conscience s’est trouvé posé dès le début de la guerre. Celle-ci se prolongeant, il est normal que ce cas de conscience se soit résolu concrètement par des actes toujours plus nombreux d’insoumission, de désertion, aussi bien que de protection et d’aide aux combattants algériens. Mouvements libres qui se sont développés en marge de tous les partis officiels, sans leur aide et, à la fin, malgré leur désaveu. Encore une fois, en dehors des cadres et des mots d’ordre préétablis, une résistance est née, par une prise de conscience spontanée, cherchant et inventant des formes d’action et des moyens de lutte en rapport avec une situation nouvelle dont les groupements politiques et les journaux d’opinion se sont entendus, soit par inertie ou timidité doctrinale, soit par préjugés nationalistes ou moraux, à ne pas reconnaître le sens et les exigences véritables.

Les soussignés, considérant que chacun doit se prononcer sur des actes qu’il est désormais impossible de présenter comme des faits divers de l’aventure individuelle ; considérant qu’eux-mêmes, à leur place et selon leurs moyens, ont le devoir d’intervenir, non pas pour donner des conseils aux hommes qui ont à se décider personnellement face à des problèmes aussi graves, mais pour demander à ceux qui les jugent de ne pas se laisser prendre à l’équivoque des mots et des valeurs, déclarent :

- Nous respectons et jugeons justifié le refus de prendre les armes contre le peuple algérien.

- Nous respectons et jugeons justifiée la conduite des Français qui estiment de leur devoir d’apporter aide et protection aux Algériens opprimés au nom du peuple français.

- La cause du peuple algérien, qui contribue de façon décisive à ruiner le système colonial, est la cause de tous les hommes libres.

Arthur ADAMOV - Robert ANTELME - Georges AUCLAIR - Jean BABY - Hélène BALFET - Marc BARBUT - Robert BARRAT - Simone de BEAUVOIR - Jean-Louis BEDOUIN - Marc BEIGBEDER - Robert BENAYOUN - Maurice BLANCHOT - Roger BLIN - Arsène BONNAFOUS-MURAT - Geneviève BONNEFOI - Raymond BORDE - Jean-Louis BORY - Jacques-Laurent BOST - Pierre BOULEZ - Vincent BOUNOURE - André BRETON - Guy CABANEL - Georges CONDAMINAS - Alain CUNY - Dr Jean DALSACE - Jean CZARNECEI - Adrien DAX - Hubert DAMISCE - Bernard DORT - Jean DOUASSOT - Simone DREYFUS - Marguerite DURAS - Yves ELLEOUËT - Dominique ÉLUARD - Charles ESTIENNE - Louis-René des FORETS - Dr Théodore FRAENKEL - André FRENAUD - Jacques GERNET - Edouard GLISSANT - Anne GUÉRIN - Daniel GUÉRIN - Jacques HOWLETT - Edouard JAGUER - Pierre JAOUEN - Gérard JARLOT - Robert JAULIN - Alain JOUBERT - Henri KREA - Robert LAGARDE - Monique LANGE - Claude LANZMANN - Robert LAPOUJADE - Henri LEFEBVRE - Gérard LEGRAND - Michel LEIRIS - Paul LEVY - Jérôme LINDON - Eric LOSFELD - Robert LOUZON - Olivier de MAGNY - Florence MALRAUX - André MANDOUZE - Maud MANNONI - Jean MARTIN - Renée MARCEL-MARTINET - Jean-DanieI MARTINET - Andrée MARTY-CAPGRAS - Dionys MASCOLO - François MASPERO - André MASSON - Pierre de MASSOT - Jean-Jacques MAYOUX - Jehan MAYOUX - Théodore MONOD - Marie MOSCOVICI - Georges MOUNIN - Maurice NADEAU - Georges NAVEL - Claude OLLIER - Hélène PARMELIN - Marcel PÉJU - José PIERRE - André PIEYRE de MANDIARGUES - Edouard PIGNON - Bernard PINGAUD - Maurice PONS - J.-B. PONTALIS - Jean POUILLON - Denise RENE - Alain RESNAIS - Jean-François REVEL - Alain ROBBE-GRILLET - Christiane ROCHEFORT - Jacques-Francis ROLLAND - Alfred ROSMER - Gilbert ROUGET - Claude ROY - Marc SAINTSAENS - Nathalie SARRAUTE - Jean-Paul SARTRE - Renée SAUREL - Claude SAUTET - Jean SCHUSTER - Robert SCIPION - Lonis SEGUIN - Geneviève SERREAU - Simone SIGNORET - Jean-Claude SILBERMANN - Claude SIMON - SINÉ - René de SOLIER - D. de la SOUCHERE - Jean THIERCELIN - Dr René TZANCK - VERCORS - J.-P. VERNANT - Pierre VIDAL-NAQUET - J.-P. VIELFAURE - Claude VISEUX - YLIPE - René ZAZZO.

lundi 31 mars 2008

Forum "Entre Algérie et France"

http://entrealgerieetfrance.forumparfait.com

Message de Farid Rekab

Au nom de toutes les mères kabyles et de tous les miens : Grand Merci !

Merci à tous ceux et celles qui ont contribué à ma libération.

Ma pensée va vers tous les exilés qui comme moi ont fui l’oppression, la répression, ou tout simplement la misère. Notre seul crime est celui d’aller chercher un salut quelque part, là où les hommes reconnaissent le droit à la dignité et à la liberté.

Remerciements Particuliers à :
- Monsieur Michel THENAULT Préfet de Rouen, Monsieur Thierry FOUCAULT sénateur Maire de Oissel Rouen 76000.
- La CIMADE de Rouen (Comité inter-mouvements auprès des évacués) : http://www.cimade.org/
- L’AHSETI (Association havraise de solidarité et d’échange avec tous les immigrés) : ahseti@gmail.com, Mr Francis LECOMTE
- Mme Sophie LECOMTE.
- Le site "Chanson Rebelle" de Gérard Gorsse : gerard-gorsse@chansonrebelle.com
- À Stéphane ARAMIS de Kabyles.com qui, aussitôt alerté, a publié le communiqué de ma détention.
- Maître Nicolas ROULY, Maître Mustapha SAÂDI, Maître Ahcène CHAKAL qui nous m'ont assuré de leur soutien.
Toutes mes excuses à ceux et celles que je n’ai pas ici nommés par oubli.

LES ASSOCIATIONS SUIVANTES :
- CHOEURS DE FONDEURS.
- MOUVENCE Et PARTENARIAT. Merci Bernadette Quentin
- LA FONDATION LOUNES MATOUB et sa présidente Malika Matoub

LES JOURNAUX :
- L’HUMANITÉ.
- LE JOURNAL "LE HAVRE LIBRE »
- JOURNAL EL WATAN.
- SOIR D’ALGÉRIE.
- B.R.T.V et BEUR FM.

LES MAGAZINES WEB
- ENTRE L’ALGÉRIE ET LA FRANCE
- LEMAGUE.NET, merci Paco pour ton poème.
- LA SOCIALE.
- LE SITE BELLACIAO.ORG.

Du fond du cœur, merci à tous ceux et toutes celles qui se sont mobilisés pour moi en signant la pétition, notamment le soutien venu de mon village, je leur dis : qu’aucun remerciement ne sera à la hauteur de leur témoignage.

Farid Rekab, Le 24 mars, 22h

mardi 25 mars 2008

E-terview avec Ignace Martinez



1/ Quelle est l' origine de votre arrivée en Algérie ? A quelle époque date l' installation de votre famille en Algérie ?


L' ORIGINE de l' arrivée de mes parents remonte bien avant l' arrivée des français en 1830. Elle remonte à l' occupation d' ORAN par les ESPAGNOLS. Mes grands parents possédaient une FERME assez modeste (environ 8 hectares) du coté de BOU-SFER/EL ANCOR. Ils étaient agriculteurs.

2/ Quels étaient vos liens avec les Algériens lorsque vous étiez enfant puis adulte ?

Les meilleurs du monde. En fait, j' habitais un petit village, près de MERS el KEBIR (à cité-longchamp), où il y avait une majorité d' ALGERIENS. Mes meilleurs amis étaient pour la plupart des ALGERIENS... 46 ans après je garde toujours, au fond de moi les prénoms (TAYEB,DAKKA,DJILALI...) Preuve qu'ils étaient bien dans mon coeur

3/ Quelles ont été les conditions de travail de votre famille en Algérie ?

Très modestes... Mon père était chauffeur mécanicien aux Travaux Maritimes de la base de MERS EL KEBIR. Ma père qui avait 8 enfants, avait du mal, à joindre les deux bouts.HEUREUSEMENT mon père faisait la pêche et la chasse. Un complément non négligeable de nourriture...

4/ Cinq mots commençant par la première lettre de votre prénom ?


5) Faîtes moi part d' un de vos souvenirs d'Algérie ?

NON ça serait trop long. Et celà me donnerait trop le cafard. Surtout quand je pense à mes amis ALGERIENS qui m' attendent encore la bas ,je n' exagère pas... j' ai quitté l' ALGERIE, j'avais 19 ans. Ma mère qui avait 49 ans, n'a pas supporté le fait de quitter son pays. Elle est décédée quelques mois après de chagrin en septembre 1963 en FRANCE. Laissant mon père seul avec 4 enfants encore à charges.

6/ L'indépendance était-elle inévitable ?

NON, je n' ai vraiment jamais pensé qu' un jour je devrais quitter mon pays. C'était bon pour la TUNISIE ou le MAROC qui étaient des PROTECTORATS mais pas l'ALGERIE qui était divisée en DEPARTEMENTS.

7/ Que pensez-vous des gros propriétaires terriens "colons" français ?

Je n' ai jamais COTOYé de gros COLONS... dans le village où j' habitais et tout autour sur plusieurs kilomètres, le mot COLON n' existait pas, car il y en avait pas. Nous étions tous issus de milieu ouvriers. Que ça soit dans le village de MERS EL KEBIR, ROSEVILLE, CITé LONGCHAMP ou SAINTE CLOTILDE..Il n'y avait pas un seul COLON... Certes il y avait 2 ou 3 fermes très modestes mais, rien à voir avec des GROS COLONS...

8/ Quels sont vos sentiments à propos de l'OAS ?

JE NE CONNAIS PAS BEAUCOUP DE GENS DANS LE MONDE, QUI ACCEPTERAIENT DE SE FAIRE MASSACRER, ET DE QUITTER LEUR PAYS COMME NOUS L'AVONS FAIT, SANS REAGIR. NOTRE SEUL TORD C'EST DE L'AVOIR COMPRIS TROP TARD HELAS... PRENONS exemple sur les ISRAELIENS. Ils SAVENT RIPOSTER POUR SE DEFENDRE SANS QUE PERSONNE AU MONDE NE RéAGISSE.... Et ils sont toujours en ISRAEL.

9/ Que pensez-vous de De Gaulle ?

Il s'est bien moqué de nous. Il a su se servir des PIEDS NOIRS comme chair à canon en 1914/18 et 1935/45. Je n'ai pas connu mon grand père maternelle... Parce que mort en 1918 (GAZ de COMBAT)... Son corps repose dans un cimetière abandonné d'EL ANCOR.

10/ Cinq mots pour définir votre Algérie ?

Mon ALGERIE, à moi elle n' existe plus hélas que dans mes pensés et dans mes rêves... Et celà me fait souffrir depuis 1962. Mais je dois dire que c'est surtout les médias qui par leurs INTERVENTIONS TOUJOURS ANTI PIEDS NOIRS, me font aujourd'hui le plus souffrir.

11/ Qu'est qu'une personne déracinée selon vous ?

C'est une personne qui a laissé ses MORTS là-bas de l' autre coté de la MEDITERRANEE et qui sent, que malgré tout elle n' a jamais été la bienvenue ici en FRANCE.

12/ Que pensez-vous du FLN ?

Ils ont défendu leurs causes avec des méthodes BARBARES TOUT le MONDE le SAIT... Mais ce qui est encore plus grave c' est qu'ils aient été défendus par une certaine classe politique FRANCAISE en PARTICULIER les COMMUNISTES. Il est clair que sans leur soutien... Le FLN, n' aurait sûrement pas fait LONG FEU... J'en veux certainement beaucoup plus aux COMMUNISTES FRANCAIS qu 'aux gens du FLN. Le FLN, a été aussi soutenu par certains pays COMMUNISYES TELS que la RUSSIE et CHINOIS. Et quand on voit comment ils traitent aujourd'hui les TCHETCHENES et les TIBETAINS, on a le droit de se poser des questions sur la sincérité de ces pays.

13/ Que pensez-vous des français de métropole lors de la guerre d'Algérie ?

Je n' en pense rien, car la FRANCE depuis NAPOLEON n' a jamais gagné une bataille...Elle a perdu 14/18 et 39/45 puisque tout le monde le sait, ce sont les AMERICAINS qui ont gagné la GUERRE. Ils ne pouvaient pas gagner en ALGERIE. C'était dans la logique des choses..Les FRANCAIS SONT TROP DIVISéS POUR GAGNER UNE BATAILLE. On le voit bien tous les jours... surtout encore en ce moment. Et puis la plus grosse erreur commise, a été l'envoi de MILITAIRES du CONTINGENT...ERREUR MONUMENTALE qu'on aurait dû, nous PIEDS NOIRS NE JAMAIS ACCEPTER, MIEUX VALAIT ÊTRE SEUL QUE MAL ACCOMPAGNé.

14/ Faîtes moi part de vos conditions d'arrivée en métropole ?

TROP AMER, pour en parler... Un souvenir lamentable. Le décès de ma mère. L'installation dans un HLM qui était destiné à des BRETONS d'après les dires et qu'on nous a attribués (je vous laisse deviner la suite), ETC, ETC, NON trop DUR à revivre.

15/ Lors de cette arrivée par quoi avez-vous été vous le plus surpris ?

Nous étions en AOUT 1962. La FRANCE était en congé donc forcément, dans l'INDIFFERENCE la plus TOTALE. Dois-je d'avantage préciser, quand on connait la mentalité FRANCAISE... "CHACUN POUR SOIT DIEU POUR TOUS" Et puis les CONGéS n'est-ce pas sacré... SURTOUT que DE GAULLE AVAIT bien préparé l'OPINION FRANCAISE à NOUS RECEVOIR !!! Valait mieux être du DARFOUR ou du KOSOVO, ce jour là pour qu'on s'occupe de nous.

16/ Quelles ont été vos déceptions ? Quelles étaient vos aspirations lors de l'arrivée en métropole ?

Fallait-il, suivant la région où vous arriviez qu'il y ait un COMITé D'ACCUEIL, après la FAMEUSE ETIQUETTE DE COLONIALISTE QUE NOUS AVIONS SUR LE FRONT. De plus lorsque je suis arrivé, j'avais 19 ans et l'armée m'a mis la main dessus. Je n'avais pas le choix.

17 / Avez vous un message à faire passer aux Algériens ?

OUI, JE REGRETTE et REGRETTERAI JUSQU'A MA MORT, MES AMIS TAYEB, DAKKA , DJILALI ET TOUS LES AUTRES. IL N'Y A JAMAIS EU D'HISTOIRES ENTRE NOUS car nous étions tous de conditions MODESTES et HEUREUX de VIVRE entre MER et MONTAGNE dans notre petit village de Cité Longchamp (MERS EL KEBIR)... Nous formions une EQUIPE de FOOT BALL à CITé LONGCHAMP. Et nous jouions contre d'autres villages ROSEVILLE, SAINTE CLOTILDE, LA MARINE D'ORAN ETC, ETC... Pour le reste tout est dans mon coeur, et je ne peux le décrire en quelques lignes...

18/ La France (la métropole) est-elle après toutes ces années votre pays ? Expliquez pourquoi ?

NON ... Je me sentirai d'ICI, que lorsqu'on aura fini de nous salir, comme on le fait à chaque fois que l'occasion se présente (DERNIEREMENT ENCORE LA DATE DU 19 MARS) quelques jours avant "les PORTEUSES de FEU" SUR FR3, etc... Que ça soit à la TELE où dans les JOURNAUX, nous sommes les pestiférés qui avons fait "SUER LE BURNOUS". Nous avons été les meilleurs en 14/ 18 et en 39/45 parce que on a eu besoin de nous... Mais après celà, nous étions de MINABLES COLONISATEURS, UN POINT C'EST TOUT.

19/ Qu'est ce que l'intégration selon vous ? Les Pieds Noirs ont-ils été intégrés ? S'il y a eu intégration ou s'il n'y a pas eu intégration, quelles en sont les raisons selon vous ?

Certains, suivant peut-être l'endroit où ils se trouvent et suivant l'age d'arrivé ici en FRANCE se sont peut-être bien intégrés... MOI je considère qu'il ne peux y avoir d'intégration car certains partis POLITIQUES DONT les COMMUNISTES, font tout ce qu'ils peuvent pour salir notre mémoire et notre IDENTITé. C'est aussi simple que celà.

20/ Par quoi avez-vous envie de terminer votre E-terview ?

Je voudrais dire à certains MEDIAS, qui peuvent me lire pourquoi pas, qu'une grande majorité des PIEDS NOIRS était constituée de gens modestes comme moi (90 ou 95 %) vouloir à tout prix faire croire que nous étions tous des "SUEURS de BURNOUS", est IGNOBLE et finalement fatiguant pour nos mémoires et celles de nos pères qui ne sont plus là... DIRE la VéRITé, RIEN QUE LA VéRITée me suffirait simplement...

Vincent Bouba, 25 mars 2008

samedi 22 mars 2008

Le chanteur Farid Rekab est libre



Arrêté au Havre le 6 mars, le chanteur kabyle était menacé d’expulsion. En grève de la faim depuis le 10 mars, il a été libéré huit jours plus tard. Sa régularisation est en cours.

Un rassemblement de protestation était programmé le 18 mars dans le square qui fait face à la sous-préfecture du Havre. Une belle surprise attendait la centaine de manifestants, militants politiques ou associatifs. Farid Rekab en personne était là. En chair et en os.

Libéré du centre de rétention de Oissel dans l’après midi, le Préfet lui a accordé un titre de séjour temporaire d'un an avec la mention « profession artistique et culturelle » à titre exceptionnel et dérogatoire. Des témoignages étaient venus de Kabylie pour confirmer les craintes de Farid.

La nouvelle de sa libération est arrivée au moment où les militants de l’AHSETI (Association Havraise de Solidarité et d'Echanges avec Tous les Immigrés) mettaient la dernière touche à la banderole demandant la libération et la régularisation du chanteur. Le rassemblement fut maintenu. Farid Rekab pu ainsi remercier directement ses amis connus et inconnus, Havrais et Parisiens, devant la banderole encore fraîche qui le soutenait (notre photo). Une situation rare et bien réconfortante. Vive la solidarité !

Farid Rekab s’est rendu à la préfecture de Seine-Maritime, à Rouen, le 21 mars pour y être régularisé. Le Havre le reverra bientôt puisqu’il a promis de venir chanter pour un repas-concert qui sera donné au profit de l’AHSETI qui ne manque pas de travail par les temps qui courent. L’histoire de tous les sans-papiers ne se termine hélas pas toujours aussi bien.

Paco, 22 mars 2008

vendredi 14 mars 2008

Alger, un soir de novembre 1950



Vie et survie d'Aline Molla-Aracil

Mon père jouait comme à son habitude à la belote entouré de ses plus proches amis chez Palomares, le cafetier du quartier, boulevard Thiers. Mais alerté par sa sœur il fut contraint ce soir là d’abandonner une partie des plus haletantes pour s’empresser de regagner le domicile familial. Ma mère venait en effet de vomir tout un sandwich à la soubressade qu’elle avait tellement apprécié quelques heures plus tôt. J’ai ainsi poussé mes premiers cris et aie respiré l’air d’Alger le dimanche 19 novembre à vingt heures, au 7 rue de l’Orangerie, dans le quartier du Hamma, des mains de madame Sébaoun, une sage femme, amie de mes parents.

Je suis née française, en Algérie, terre où quelques décennies plus tôt mes arrière-grands-parents originaires d’Olivia en Espagne, et d’Alsace s’étaient échoués, recherchant en cette nouvelle contrée un Eldorado qui allait être le lieu où leur vie aurait pu renaître. Mon arrière-grand-père Domigo Molla Mas a ainsi été embauché en qualité de tailleur de vigne dès l’année 1896. Il a reçu de la France un petit lopin de terre dans ce pays où il retrouva le même soleil, le même sable et la même mer qu’en Espagne. Cette arrivée en Algérie n’avait nullement pour but de coloniser les Arabes, ni de leur apprendre les us et coutumes de notre société occidentale. Il a tout simplement émigré pour trouver un emploi puisque son pays d’origine ne lui en donnait pas. C’était en quelques sorte une émigration économique très lointaine des préoccupations coloniales de la France et de l’exploitation des richesses du pays.

J’ai vécu une enfance très heureuse, et bien que les situations professionnelles de mes parents étaient assez modestes nous ne manquions de rien mon frère Guy et moi. Scolarisée à l’âge de cinq ans à l’école Caussemille, école où toutes les communautés étaient représentées, j’ai passé la première année à pleurer et à appeler désespérément mon frère lors des récréations afin que celui-ci vienne me chercher de l’autre côté du grillage. Les jours où nous n’avions pas d’école, ou bien après celle-ci mon père m’emmenait au Jardin d’Essais tout proche de notre maison. Là, je fis la découverte de plantes et d’arbres les plus extraordinaires les uns que les autres. Mes yeux de fillette s’émerveillaient devant cette végétation luxuriante. Nos promenades étaient interminables et sans l’instance de mon père pour rentrer à la maison j’aurai certainement passé des journées entières à sillonner les allées, à contempler les dattiers, bananiers, et autres palmiers, ou donner à manger aux poissons rouges qui nageaient paisiblement dans les bassins. C’était un jardin extraordinaire !

Tous les samedis après midi, ma mère invitait nos voisines (Madame Boualam et sa belle fille Louisa) à venir déguster une tasse de café et regarder la télévision qu’elles n’avaient pas chez elles. Moi, je rentrai de l’école avec les filles de Louisa, Zoubida et Nacéra, et nous goûtions un succulent chocolat au lait chaud devant la fin du film égyptien de l’après midi. Nous étions très proches de la famille Boualem. Ma mère donnait souvent du linge ou des vêtements pour les petites filles, et madame Boualem, lors du Ramadan remplissait notre maison de pâtisseries orientales, de chorba, ou encore de loubia. Nos parents s’échangeaient leur savoir-faire et leurs spécialités culinaires. Une fois par semaine nous allions aussi aux Bains maures toutes ensembles, et quelles parties de rire !

Le dimanche était le jour consacré à la famille. Nous invitions souvent mes oncles et tantes qui ne se faisaient nullement prier pour venir déguster rue de l’Orangerie les délicieux mets concoctés par mes parents. Couscous, paëlla, macaronade ou encore l’incontournable poulet-pommes de terre au four embaumaient notre habitation et ravissaient les appétits de nos convives.

Vincent Bouba, 14 mars 2008

jeudi 13 mars 2008

Le chanteur kabyle Farid Rekab menacé d’expulsion



Le chanteur kabyle Farid Rekab a été arrêté au Havre le 6 mars. Il risque l’expulsion. L’interprète des chansons de Lounès Matoub est incarcéré au CRA de Oissel (près de Rouen) où il a entamé une grève de la faim. Associations et artistes français/algériens se mobilisent. Rassemblements le 18 mars au Havre et à Paris.

Farid Rekab est un chanteur kabyle engagé. Il milite notamment pour que la vérité soit faite sur le lâche assassinat du poète et chanteur Lounès Matoub (tué le 25 juin 1998). Membre de la fondation Lounès Matoub, Farid subissait de nombreuses pressions et intimidations. Sa lutte pour une culture berbère démocratique et laïque, fait de lui une cible pour les intégristes et les islamistes.

Farid Rekab s’est exilé en France en 2001. Il a fait de nombreuses démarches pour obtenir la nationalité française. Sans suite. Il a déposé une demande d'asile en novembre 2005. Sans suite...
Farid habite à Paris depuis plus de cinq ans. Le 10 novembre dernier, il avait été arrêté par les policiers du commissariat de la Goutte d’Or parce qu’il n’avait pas pu présenter un titre de séjour régularisé. Relâché peu après, le voici à nouveau menacé d’expulsion.

Venu rendre visite à son frère au Havre, le 6 mars, Farid Rekab a été arrêté  dans la rue par des policiers en civil lors d'un contrôle d'identité. Conduit au centre de rétention administrative (CRA) de Oissel, il est l'objet d'un arrêté de reconduite à la frontière. Son retour forcé en Algérie le mettrait en danger de mort. Farid a entamé une grève de la faim pour rester en France.

Pour empêcher son expulsion et obtenir sa libération, le frère de Farid, la communauté maghrébine et des artistes du Havre, organisent un grand rassemblement « festif » devant la sous-préfecture du Havre mardi 18 mars, à 18h.

Le même type de rassemblement devrait se dérouler dans le même temps devant la préfecture de Paris.

Les messages de soutien peuvent être envoyés à l’Association Havraise de Solidarité et d'Echanges avec Tous les Immigrés (AHSETI) : ahseti@gmail.com

Paco, 13 mars 2008

“yâ enta ouled el bled”



E-terview avec Alexandre Faulx-Briole, sept générations de Pieds-Noirs...
http://afaulxbriole.free.fr

1/ Quelle est l'origine de votre arrivée en Algérie ? A quelle époque date l'installation de votre famille en Algérie ?

Ma famille est arrivée en Algérie dans les années 1830 ; le premier “algérien” fut cantinier dans les armées de Bugeaud, puis s’est installé à Médéa dès la conquête et a ouvert deux hôtels dont un acheté à des Arabes et le second bâti sur un terrain donné en concession par le gouverneur militaire. Le premier Briole est le gendre de celui-ci ; natif de Graveson (Bouches du Rhône) et engagé volontaire dans l’infanterie de ligne, il a combattu à Solférino et s’est ensuite reconverti dans la Santé militaire. Le premier Faux est mon grand-père paternel ; natif du Bouscat (Gironde), il a fait son service militaire dans les Zouaves à Fort National, a rencontré ma grand-mère petite fille du précédent, et s’est installé à Bab el Oued.

2/ Quels étaient vos liens avec les Algériens lorsque vous étiez enfant puis adulte ?

Enfant, je n’avais guère de liens avec les Algériens de mon âge ; les seuls que je connaissais étaient les femmes de ménage qui servaient à la maison et les employés de bureau de mon père qui me faisaient traverser Alger pour aller de chez nous à El Biar à chez mes grands parents à Bab el Oued. Je n’ai réellement rencontré des Algériens qu’au lycée Victor Hugo en 1963, où je les considérais comme des élèves comme les autres. Ensuite à la Fac’ de Droit à Alger j’étais parmi les quelques Européens, et c’étaient les Algériens et les Algériennes qui me considéraient comme un étudiant comme les autres.

Enfin, lorsque j’ai travaillé d’abord à la Chambre Française de Commerce et d’Industrie en Algérie, puis pour une société américaine, ce furent des collègues, puis des clients ou des fournisseurs également comme les autres. Actuellement, je vais régulièrement en Algérie pour des missions de conseil, et je n’ai que des interlocuteurs algériens. Je n’ai jamais caché mes origines, et la présence ancienne de ma famille en Algérie, et je n’ai jamais entendu une seule réflexion désagréable (sauf une fois de la part d’un homme ivre dans la rue !)

3/ Quelles ont été les conditions de travail de votre famille en Algérie ?

Je ne peux parler que de mon grand père et de mon père. Mon grand père était comptable dans une fabrique de meubles installée en haut de Bab el Oued, du côté de Bastos ; je crois ne l’avoir connu qu’à la retraite, car il avait été gazé en 1916 ou 17 et en avait gardé des séquelles assez profondes. Mon père a dirigé de 1955 à sa retraite différentes organisations patronales, de l’Union Algérienne du Bâtiment et des Travaux Publics (UNALBA) à la CFCIA (cf. ci-dessus). A ma connaissance, le seul propriétaire foncier de la famille fut l’aïeul de Médéa.

4/ Cinq mots commençant par la première lettre de votre prénom ?

Algérie, Amour du pays, Alexandre (mon arrière-grand-père), Anne-Marie (ma femme rencontrée au lycée à Alger), Aurélie (ma fille qui a fait ses premiers pas et sa première dent à Alger)

5) Faîtes moi part d'un de vos souvenirs d'Algérie ?

Le plus drôle, quand on y pense quelques années après (combien d’années, cela importe peu) : comment nous avons vécu les nombreuses pénuries de produits alimentaires de base pendant les années 1976 à 1982, en mêlant débrouillardise et connaissance du “terrain” et joie ineffable chaque fois que nous trouvions quelque chose d’un peu en dehors de l’ordinaire : des carottes après trois mois sans, des ampoules électriques du bon modèle, des pâtes alimentaires mangeables, ...

Bien sûr, plein d’autres souvenirs de tous ordres : l’enterrement de mon grand-père en 1968 au cimetière de Saint Eugène, notre mariage au Consulat de France à Alger, mes séjours à Ouargla pendant que ma fille grandissait à Alger, ...

6/ L'indépendance était-elle inévitable ?

Oui, mais on aurait certainement pu éviter un tel gâchis. Mais comment et pourquoi réécrire l’Histoire ? Je préfère parler de l’amitié que me portent beaucoup d’Algériens avec qui je travaille, de vieux copains de lycée, ... Quand le chauffeur de taxi qui vous charge rue Michelet et à qui vous dîtes “ Saint Eugêne s’il vous plaît” vous répond sourire de bienvenue aux lèvres “Vous allez voir la famille ? Marhaba”, quand les employés du cimetière m’accueillent comme un vieil ami parce que j’ai renouvelé la concession cinquantenaire et que je viens une fois par an au moins, je vous assure que ça paye le billet d’avion.

7/ Que pensez-vous des gros propriétaires terriens "colons" français ?

Rien, je n’en ai jamais connu ; pour moi ce sont des personnages historiques, c’est comme si vous me demandiez ce que je pense de Jules Ferry ou de Gaston Doumergue.

8/ Quels sont vos sentiments à propos de l'OAS ?

Des terroristes.

9/ Que pensez-vous de De Gaulle ?

Le plus grand des présidents de la République française ; son seul défaut est d’être un homme du Nord, plus tourné vers l’Europe que vers l’Afrique. Il est triste que les élèves français d’aujourd’hui ignorent jusqu’à son nom.

10/ Cinq mots pour définir votre Algérie ?

“Ça ne me suffit pas” ; ou bien ce qu’un lecteur algérien de mon site internet m’a écrit un jour, que j’ai mis si longtemps à vraiment comprendre “yâ enta ouled el bled”.

11/ Qu'est qu'une personne déracinée selon vous ?

Le pire des déracinements ? Celui des enfants d’immigrés algériens en France, qui ont grandi ou sont nés en France, ne peuvent cacher qu’ils ne sont pas d’origine européenne (teint, nom, ...) qui on fait aimablement remarquer qu’ils ne sont pas chez eux en France, et qui s’aperçoivent qu’ils ne sont pas chez eux non plus en Algérie quand ils y vont en vacances ; j’ai rencontré deux de ces gamines dans le bus à Paris en 1986, je l’ai raconté sur mon site internet, et 14 ans après je pleurais en écrivant cette histoire. Je ne me sens pas tous les jours chez moi en France, surtout quand j’arrive d’Alger, mais personne ne me le fait remarquer.

12/ Que pensez-vous du FLN ?

Un parti politique unique et totalitaire qui a fait le malheur quotidien des Algériens pendant trop longtemps à cause d’une politique économique catastrophique ; il a été largement aidé par des gauchistes français de tous bords, dont certains en sont encore très fiers. Le FLN d’avant 1962, je n’en connais que ce que j’ai lu dans des livres d’Histoire.

13/ Que pensez-vous des français de métropole lors de la guerre d'Algérie ?

Certains ont découvert l’existence du pays lorsque leurs fils ont été appelés ou rappelés pour s’y battre ; je suppose que les Français d’Indochine en diraient autant.

14/ Faîtes moi part de vos conditions d'arrivée en métropole ?

Je suis arrivé 4 fois en métropole, et sauf la première fois parce que je n’avais que 11 ans j’ai toujours fait une dépression nerveuse.

15/ Lors de cette arrivée par quoi avez-vous été vous le plus surpris ?

Question sans intérêt

16/ Quelles ont été vos déceptions ? Quelles étaient vos aspirations lors de l'arrivée en métropole ?

Idem

17 / Avez vous un message à faire passer aux Algériens ?

Je le leur ai dit sur mon site Internet depuis février 2000 ; à ma grande surprise, mes premiers lecteurs ont été des Algériens, du bled ou émigrés ; ma fille et moi avons surpris des gens dans la rue qui citaient ce que je raconte sur ce site. Je suis célèbre en Algérie (je ne suis pas le seul !), et on m’enseigne dans les Facultés françaises et américaines !

18/ La France (la métropole) est-elle après toutes ces années votre pays ? Expliquez pourquoi ?

La France est le pays de ma mère, de ma femme et de ma carte d’identité ; le pays de mon père, de mon coeur et le mien c’est l’Algérie ; ma fille a deux pays, comme Joséphine Baker.

19/ Qu'est ce que l'intégration selon vous ? Les Pieds Noirs ont-ils été intégrés ? S'il y a eu intégration ou s'il n'y a pas eu intégration, quelles en sont les raisons selon vous ?

On est intégré quand les gens ne se retournent plus sur vous ; Mme Rachida Dati ou le candidat à la mairie de Rennes seront intégrés quand on oubliera de citer leur origine ; après tout, ma famille maternelle est arrivée d’Ukraine et de Pologne il y a 150 ans et nous sommes les seuls à le savoir. Je me sens intégré en Algérie lorsque mes interlocuteurs me disent que je suis “algérien comme [eux]” lorsqu’ils découvrent mes origines (dont je suis fier et que je ne cache pas).

20/ Par quoi avez-vous envie de terminer votre E-terview ?

Pourquoi, c’est déjà terminé ? Je suis plutôt timide et discret, je suis capable de rester une journée sans parler quiconque ; mais ne me parlez pas du bled, je vous couperai la parole et je ne vous la rendrai plus.

Vincent Bouba, 11 mars 2008