dimanche 20 septembre 2009

ASSOCIATION FRANCE-ALGERIE

L'Association France-Algérie a été fondée le 20 juin 1963 par des personnalités françaises réunies autour d'Edmond Michelet, ancien Garde des Sceaux, à l'intiative du Général de Gaulle qui avaient en commun la conviction profonde que l'accession de l'Algérie à l'Indépendance en juillet 1962 pouvaient établir entre les deux Etats et les deux peuples une ère nouvelle de relations faites d’estime et d’amitié.

Se trouvaient parmi ces personnalités d'anciens résistants français comme Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle Anthonioz, André et Anise Postel Vinay, Joseph Rovan, David Rousset, Robert Buron, Stéphane Hessel. Se trouvaient aussi des responsables militaires ou des fonctionnaires qui avaient dénoncé les terribles dérives de la guerre d'Algérie et s'y étaient opposé comme le général Jacques Pâris de Bollardière, le général Pierre Billiote, Paul Teitgen, des journalistes et hommes de lettres comme Jean Daniel, Jean Lacouture, Jean-Marie Domenach, André Froissart, François Mauriac. Il y avait aussi des pieds noirs qui avaient su résister au fatal engrenage de la haine et de la violence pendant les années de guerre, des responsables étudiants algériens et français qui avaient milité ensemble, tous désormais pressés de tourner une page d'histoire douloureuse et confiants dans l'avenir.

Certains animaient déjà des associations de solidarité avec le peuple Algérien : Le "Fond d'aide aux victimes des attentats de l'OAS" créé en 1961 par André Postel Vinay et François Bloc-Lainé, "Le Fond de solidarité Franco-Algérien" créé par Germaine Tillion et Pierre Emmanuel et "Le Comité Djamila Boupacha" par Françoise de Liencourt et J. Fonlupt-Esperaber.

Ils furent rapidement rejoints par des jeunes qui avaient accompli leur service militaire en Algérie ou qui y avaient effectué leur stage d’élèves de l'Ecole Nationale d'Administration, comme Pierre Joxe, Jean-Pierre Chevènement ou Bernard Stasi et d’autres encore. Tous sont restés fidèles à leur engagement et acquis à une coopération exemplaire dans le respect des intérêts de chacun en faveur d’une Entente durable entre les deux Etats et les deux peuples français et algérien.

Depuis sa création, les actions de l’Association France-Algérie ont été marquées tantôt par de réelles avancées dans la compréhension et la coopération entre la France et l'Algérie et tantôt par l'accumulation de malentendus et d'occasions manquées. L’Association France-Algérie a multiplié durant toute cette période, parfois en liaison avec son homologue l'Association "Algérie-France", créée en Algérie en 1964, actuellement dissoute mais dont on attend la refondation prochaine, les initiatives de voyages d'élus locaux en Algérie et Algériens en France, d’échange de jeunes, de colloques à caractère économique et de manifestations culturelles.

Aujourd’hui, l’Association France-Algérie est reconnue par tous car elle a su garder l’esprit et la conviction qui animaient, en 1962, la majorité du peuple français, toute tendance politique confondue, dans son soutien à l’Indépendance de l’Algérie à laquelle, consulté à deux reprises, il avait répondu massivement OUI.

L’Association favorise, depuis 2005, la création de filiales locales dans toute la France. Elle soutient, en accord avec les instances algériennes, les projets de toute nature, économique, culturel et humain qui renforcent la connaissance réciproque des sociétés civiles française et algérienne et qui valorisent ce qu’elles ont en commun.

http://www.asso-france-algerie.fr

Valérie Esclangon-Morin


Cet ouvrage se propose d'étudier ce qu'ont vraiment été les structures d'accueil et d'aides prévues par les pouvoirs publics à l'époque des décolonisations ainsi que l'ensemble de la politique d'intégration qui a suivi. Y a-t-il eu négligence ou mépris à l'égard des Rapatriés comme cela a été raconté ? L'Etat français a-t-il failli à sa mission intégratrice ? Sont aussi analysés les rapports complexes qui ont lié les pouvoirs publics et les Rapatriés, représentés par leurs associations, des années 1960 à nos jours.

- Valérie Esclangon-Morin, Les Rapatriés d'Afrique du Nord de 1956 à nos jours, L'Harmattan, 2007.

vendredi 28 août 2009

Pieds-Noirs « repliés » en France ou sur eux-mêmes ?

http://www.lemague.net/dyn/spip.php?article6307

Fils et petit-fils de Pieds-Noirs, Philippe Bouba est l’auteur d’un livre sur l’arrivée des Pieds-Noirs dans la région de Perpignan en 1962.

Étudiant à l’Université de Perpignan Via Domitia entre 1998 et 2004, Philippe Bouba a obtenu une maîtrise et un Master Recherche en Histoire contemporaine en menant un travail sur les Rapatriés d’Algérie dans les Pyrénées-Orientales. C’est cette recherche que les éditions Trabucaire ont récemment publiée.

Si Philippe Bouba accentue son travail sur le Roussillon, son livre permet plus largement de dessiner les contours sinueux de la communauté pied-noire. Un rappel qui n’est pas inutile tant les clichés et les idées reçues sont encore nombreux. Loin d’appartenir à un bloc religieux, géographique et politique homogène, les Pieds-Noirs sont le fruit de plusieurs migrations européennes vers l’Algérie. Les raisons de ces déplacements sont militaires, politiques, économiques.

Les premiers européens, des militaires français, arrivèrent en Algérie dans la seconde moitié du XIXe siècle. Suivirent des opposants politiques (républicains de 1848, exilés d’après le coup d’État de Napoléon III, Communards de 1871, Lorrains et Alsaciens fuyant leur annexion à l’Allemagne, républicains espagnols fuyant Franco...) et des immigrés économiques qui venaient s’établir sur cette nouvelle terre conquise par l’armée française. Occitans, Corses, Provençaux, Catalans, mais aussi Espagnols, Maltais, Italiens, Allemands, Suisses... vont s’installer notamment comme travailleurs agricoles dans cette France d’outre-Méditerranée. La plupart des étrangers n’avaient jamais mis les pieds en France métropolitaine avant leur venue en Algérie française. Certains gardèrent même leur nationalité. Des précisions qui rendent finalement impropre le terme de « Rapatriés » qui fut attribué à partir de 1962 à des gens qui n’avaient pas toujours la France comme patrie d’origine.

Certains Pieds-Noirs ne se reconnaissaient d’ailleurs pas comme rapatriés. Notamment ceux qui gardaient l’espoir de repartir en Algérie après leurs « vacances forcées ». Des organismes comme le Secours Catholique, considérant que la situation des Pieds-Noirs pouvait être temporaire, utilisait le mot « repliés » pour désigner le flot des réfugiés emportés par l’exode de 1962. Le PCF, assimilant globalement les Pieds-Noirs à l’OAS, utilisait aussi le mot « repliés » pour bien signifier qu’il souhaitait ardemment le retour des Pieds-Noirs en Algérie... Pour affiner le portrait complexe de la communauté pied-noire, il faut ajouter qu’elle est donc composée d’Européens (chrétiens ou athées), mais aussi de juifs séfarades. Écartelés entre France et Algérie, n’oublions pas le destin tragique des Harkis, les Français musulmans restés fidèles à la France.

Terminons cette présentation en donnant les raisons qui ont fait émerger le terme « Pieds-Noirs » dans la presse métropolitaine pendant la guerre l’Algérie, terme à présent validé par l’Académie française pour désigner les « Français d’Algérie ». Le terme vient probablement des chaussures portées par les Européens (belles chaussures noires des colons, godillots noirs des soldats du temps de la conquête, chaussures avec lesquelles les Pieds-Noirs jouaient au football...). Philippe Bouba mentionne également comme piste possible la teinture noire que les premiers colons mettaient sur leurs pieds pour lutter contre le paludisme.

Si 30.000 juifs séfarades partirent pour Israël, si d’autres Pieds-Noirs émigrèrent au Québec, en Argentine, en Australie, aux Antilles, en Espagne ou aux États-Unis, c’est dans les Pyrénées-Orientales que certains d’entre eux débarquèrent à partir du 27 mai 1962. Ce jour-là, le El Mansour, en provenance de Mers-el-Kébir, transportait neuf cents Pieds-Noirs qui accostèrent à Port-Vendres en chantant La Marseillaise et Le Chant des Africains. D’autres paquebots (El Djezaïr, le Kairouan, le Sidi-bel-Abbes, le Cazalet...), des cargos (le Canigou, le Rélizane...) et même des chalutiers (le Deux-Sourds, le Tout va bien, l’Émilia, l’Espérance...) firent traverser la mer à des milliers de familles qui n’emportaient avec elles que quelques valises. Parfois, des bateaux repartaient avec des soldats d’origine maghrébine démobilisés par l’armée française et reconduits dans leur pays devenu souverain pour y connaître un avenir plus qu’incertain...

Suite aux accords d’Évian, le gouvernement français avait prévu un exode massif à partir de toute l’Afrique du Nord. 400.000 rapatriés étaient attendus en quatre ans. Ce nombre fut atteint en six mois avec les seuls Pieds-Noirs d’Algérie. En 1962, près de 30.000 Pieds-Noirs arrivèrent dans les Pyrénées-Orientales. 15.000 s’installèrent à Perpignan, ville alors dirigée par Paul Alduy (père de « Chaussettes »), avec le soutien du Secours Catholique, puis d’associations de rapatriés, l’Anfanoma et le Ranfran. En citant des articles de l’Indépendant et du Travailleur catalan (journal du PCF dans les Pyrénées-Orientales) ou en recueillant des témoignages, Philippe Bouba montre que l’accueil des Pieds-Noirs par les « Patos » ne se fit pas sans heurts.

Les bals de village furent parfois agités et le climat politique était très tendu. Pour les militants anti-colonialistes du PCF ou du PSU, Pied-Noir rimait avec OAS ou, au moins, avec colon. La réalité était plus nuancée. Loin de la guerre civile prédite, les activités de la vingtaine d’individus de l’OAS-Métro à Perpignan se limitèrent à cinq plasticages et à quelques collages d’affiches. Quant à la « richesse » des Pieds-Noirs, Albert Camus, écrivain libertaire né en Algérie, avait pourtant, dès 1955, dans L’Express, expliqué que « 80% des Français d’Algérie ne sont pas des colons, mais des salariés ou des commerçants. Le niveau de vie des salariés, bien que supérieur aux Arabes, est inférieur à celui de la métropole. » Mais la caricature du Pied-Noir-colon « à cravache et à cigare » avait la peau dure.

L’historiographie sur ce sujet dans le Roussillon est pauvre. Philippe Bouba comble un vide avec un ouvrage proposant photos et documents originaux. Les témoignages vivants livrés par l’auteur donnent un relief intéressant à l’Histoire. Que ce soit un habitant de Port-Vendres, un ancien de l’OAS-Métro, une bénévole du Secours Catholique de Port-Vendres, des militants Pieds-Noirs anti-colonialistes (communistes, anarchistes, trotskyste), des Pieds-Noirs venus d’Alger, de Bône, de Ténès, de Beni-Saf, d’Oran..., tous apportent leur pièce au puzzle qui n’est pas prêt d’être terminé.

Parce qu’ils sont rarement mis en avant, saluons les témoignages de deux militants anarchistes Pieds-Noirs. Preuve que le couple Pied-Noir/OAS n’est pas une fatalité ! L’un, Miguel, fils d’un réfugié CNT-FAI espagnol, voyait d’un bon œil la rébellion algérienne contre le pouvoir colonial, mais n’envisageait pas de remplacer le propriétaire français par son homologue algérien. La religion et le recours au terrorisme creusaient aussi un fossé entre les anars espagnols et le FLN. S’ils n’adhéraient pas au mouvement insurrectionnel, les militants du Mouvement libertaire en exil opposaient néanmoins une résistance active aux agissements criminels de l’OAS.

Le second militant libertaire, Edward, avait 16 ans en 1962. Pour lui, le monde n’était pas partagé entre Français et Arabes, entre Pieds-Noirs et Patos, mais entre riches et pauvres, entre patrons et ouvriers. Il dénonce le ressentiment pied-noir qui rejette toujours la faute sur les gaullistes, les communistes, les Arabes… « Ils auraient dû tout mettre en œuvre afin de trouver ensemble, Français d’Algérie et Arabes, les solutions pour parvenir à vivre en harmonie, en autonomie, en autogestion, loin des schémas politiciens en provenance de métropole. À ce moment clef de leur Histoire, les Pieds-Noirs n’ont pas su se comporter en adultes, en êtres responsables. Il y a du reste de leur part, encore aujourd’hui, un véritable manque de réflexion sur leur situation actuelle. »

Philippe Bouba, L’Arrivée des Pieds-Noirs en Roussillon en 1962, éditions Trabucaire, 178 pages. 15€.

Paco, membre de la Conspiration internationale des clowns radicaux, est journaliste, chroniqueur pour "Entre Algérie et France" et l’auteur de « Dansons la Ravachole ! » (roman noir et rouge) publié aux éditions Libertaires.

mardi 25 août 2009

École normale supérieure lettres et sciences humaines

Pour une histoire critique et citoyenne - Le cas de l’histoire franco-algérienne

Porté par un groupe d’historiens de l’Algérie et du fait colonial, ce colloque a été organisé à Lyon, par l’Ecole normale supérieure Lettres et Sciences humaines, du 20 au 22 juin 2006.
Ce projet de colloque est né en France, à l’origine, du mouvement de protestation du collectif d’historiens qui s’est constitué contre la loi du 23 février 2005, notamment en son article 4. Il est fondé sur l’idée que la recherche et l’enseignement doivent rester libres de toute injonction politique. Il vise ainsi à promouvoir « l’histoire des historiens », laquelle reste souvent confinée dans les cercles restreints de l’université et autres instituts de recherche ; cela pour mettre à la disposition du public une histoire s’efforçant d’être honnête.

http://ens-web3.ens-lsh.fr/colloques/france-algerie

mercredi 12 août 2009

3ème Salon du SFPN

3ème Salon du Savoir-faire Pieds-Noirs, Mas de l’Ille au Barcarès (Pyrénées-Orientales) les 21, 22 et 23 août 2009.


Vendredi 21 à la Salle « La Rue »

Salle « La Rue », les exposants vous accueillent.

10h00 : ouverture du salon avec plus de cinquante stands : floralies, arboriculture, vins, artisans, artistes peintres, écrivains…

12h00 : apéritif offert

Restauration sur place : midi, Sardinade 15 €, soir, Paëlla monstre 20 €.

15h00 : danse Andalouses, danses basées sur le Chindaî, projections, animations

21h00 : « JEANMY chante Johnny», participation de 25 €


Samedi 22

10h30 : cérémonie Religieuse à la stèle avec Monseigneur BOZ

Restauration sur place : midi, Couscous royal à 22 € soir, buffet pied-noir à 18 €

14 h 30 : démonstrations, projections, animations…

21h00 : grand spectacle des « Los Machucambos », participation 22 €


Dimanche 23 au salon du Mas de L’Ille

11h00 : bénédiction célébrée à la mémoire de nos disparus

Restauration sur place : midi, Merguez Party à 15 €

17h30 : Tirage de la TOMBOLA et remise des prix du meilleur exposant.

lundi 13 juillet 2009

André Laude : « Pied-Rouge » en Algérie !


Fin 2008, les éditions de la Différence ont publié l’œuvre poétique d’André Laude. Retour sur l’itinéraire algérien d’un rebelle « Pied-Rouge ».

Complice des surréalistes, des anarchistes et des situationnistes, rebelle singulier surfant sur l’universalité du monde des vivants, André Laude (1936-1995) a été l’homme de plusieurs vies. Journaliste, sous son nom ou avec de multiples pseudonymes, pour Combat, Le Libertaire, Tribune socialiste, Jeune Afrique, Le Monde, Pilote, Les Nouvelles littéraires, Le Nouvel Observateur, Actuel, Politis, Le Fou parle, Art Tension, France Culture, Playboy…, André Laude a également été un poète fulgurant. La copieuse œuvre poétique publiée fin 2008 par les éditions de la Différence nous replonge dans une somme de textes parfois déroutants.

Révolté viscéral, André Laude a adopté bien des causes avec une extrême empathie. Dans sa chair et dans son sang, il pouvait être sincèrement Nègre, Amérindien, Breton, Occitan, Cubain, Espagnol, juif polonais, coolie en Asie… ou Kabyle. La guerre d’Algérie a été très concrètement le premier grand rendez-vous politique d’André Laude. Il a raconté la genèse de cet engagement dans le journal Combat les 8, 9 et 10 juin 1965. Articles qui seront prochainement réédités par l’association des Amis d’André Laude.

Au début des années 1950, André Laude se lia d’amitié avec Michel Donnet, l’un des fondateurs de la Fédération communiste libertaire (FCL) qui éditait Le Libertaire. Un vieux Kabyle militait au sein du groupe. Autour d’un couscous ou d’un verre de thé à la menthe, le jeune André se nourrissait de la tragique histoire algérienne en serrant les poings. Farouchement anticolonialistes, les militants de la FCL apportèrent leur soutien à Messali Hadj, le pionnier du nationalisme algérien. « Nous jetâmes – sans trop d’espoir – toutes nos forces dans la lutte pour entraîner les masses dans un soutien actif au combat des Algériens. Le Libertaire vint en tête des organes de presse saisis, ce qui, ajouté aux tracasseries policières de toutes sortes et à nos crises, allait bientôt amener à la disparition de la FCL. »

En 1956, ne voulant pas devenir l’un des bourreaux du peuple algérien, André Laude vivait à la frontière de la clandestinité, « prêt à disparaître au moindre signe inquiétant ». La classe ouvrière bougeait un peu, « pas assez pour imposer une paix révolutionnaire ». « Elle est fatiguée de la guerre, mais le sang de ses jeunes morts, au soleil des Aurès, ne l’écœure pas assez pour qu’elle s’empare des rues et arrache les pavés », regrettait André qui, avec ses camarades communistes libertaires, devint porteur de valises « bien avant que Francis Jeanson ne s’en souciât » et participa à des campagnes qui luttaient contre l’envoi de troupes françaises en Afrique du Nord.

Dans un entretien accordé à Thierry Maricourt pour L’Histoire de la littérature libertaire en France (Albin Michel. 1990), André Laude expliquait qu’il fut un jour arrêté à Paris, place de la Nation, et conduit dans un camp tenu par des parachutistes dans le Sud Sahara. Prisonnier, il aurait subi des traitements barbares. « Quand je m’effondrais sur le sol de la cellule, je me traînais jusqu’à la muraille. Les ongles griffaient la pierre chaude en quête d’une impossible humidité. J’avais les lèvres boursouflées. Ma poitrine fumait comme une forge. Je haletais. J’appelais ma mère au secours. Je crachais des mots sans suite… »

Échangé contre cinq officiers supérieurs français, André Laude a été libéré au bout de plusieurs mois d’enfer. Passant par Tunis, il reprit le travail de journaliste qu’il avait commencé à Combat. Ce révolutionnaire devenu « professionnel » partit à Cuba pour le compte des nationalistes algériens et revint en France pour reprendre une activité clandestine. De cette époque, datent des rencontres avec de nombreux militants et écrivains, dont Frantz Fanon et le « frère » Kateb Yacine, « le petit survivant de Sétif ».

L’Algérie gagna son indépendance, en 1962. « Que vais-je devenir ?, se demandait André Laude. J’ai trop vécu la lutte des Algériens pour retourner à mon train-train quotidien, poétique et alimentaire, alors que tout va commencer là, sous le soleil, au milieu des pierres. Car je ne doute pas de la révolution. Ce serait trop triste qu’un peuple ait combattu huit années pour s’arrêter à cette victoire. » Avec une lettre de ses amis Algériens de Paris serrée dans son portefeuille, « sésame magique pour entrer dans la grotte merveilleuse de la révolution », André Laude arriva à Alger en plein ramadan. Malgré l’islam « réactionnaire, abâtardi, pétrifié » qu’il découvre et qui « perpétue en Algérie la domination de l’homme sur la femme », André Laude sentait flotter la révolution dans l’air.

Aux terrasses des cafés, se mêlaient Algériens et « Français de gauche » qui avaient déserté Saint-Germain-des-Prés. On y croisait notamment Georges Arnaud, l’auteur du Salaire de la peur que Minute appelait « le Français le plus anti-français », Hervé Bourges, Jacques Vergès, Henri Alleg, Jean Sénac… Le « traître » André Laude a travaillé pour l’Algérie-Presse-Service, l’agence de presse nationale algérienne, jusqu’à la chute d’Ahmed Ben Bella, en 1965. À son retour en France, Laude passa en procès pour « collaboration avec l’ennemi ». André Breton vint témoigner en sa faveur.

La guerre d’Algérie n’eut pas de fin pour André Laude. Il l’exprima notamment, en octobre 1980, dans Le Fou parle, revue d’art et d’humeur animée par Jacques Vallet. André Laude y publia une effrayante nouvelle, La Guerre n’est pas finie. Le texte figure au dos de la page qui offre le poème Ephélène écrit par Benoist Rey, auteur du livre Les Égorgeurs, ouvrage édité par les éditions de Minuit en avril 1961 et aussitôt interdit (disponible à présent aux éditions Libertaires).

« Une fois sur deux quand je vais aux chiottes je chie du sang. Et ce sang me ramène là-bas. Là-bas : violences, sexes coupés à coups de tessons de bouteille, de canettes de bière plus précisément. » Les premières lignes de la nouvelle annoncent un texte vertigineux sur les tortures sexuelles infligées aux prisonniers par les soldats français. « Où sommes-nous ? Nous sommes quelque part dans le sud saharien, dans un trou perdu. Une vague palmeraie. Un espace cerné par le fil barbelé. Des postes de garde. C’est le Goulag en plein Maghreb. C’est un camp. Un camp ressemble toujours à un autre camp. Il y a les mêmes silhouettes de gardes armés, les mêmes profils durs, les mêmes crosses qui luisent sous la lune, les mêmes chiens-loups, les mêmes lumières crues qui balaient l’espace de l’agonie… »

Dans Comme une blessure rapprochée du soleil, les éditions La Pensée sauvage avaient déjà publié, en 1979, un poème d’André Laude sur le même thème. Le Viol de Nedjma est le sous-titre donné au texte intitulé La Guerre d’Algérie.

(…) Le livre des cicatrices

on n’en achève jamais la lecture

Elle se prolonge au-delà même du sommeil

qui est un vrai nid de flammes et de vipères.

André Laude, Œuvre poétique (avant-dire de Abdellatif Laâbi, préface de Yann Orveillon, cahier photo), éditions de la Différence, 752 pages. 49€.

Les Amis d’André Laude chez André Cuzon 12 avenue Dumont 93600 Aulnay-sous-Bois. Contact mail : acuzon[at]wanadoo.fr Adhésion : 15€ (minimum) donnant droit au Cahier André Laude.

Merci à André Cuzon pour le prêt des articles d’André Laude publiés dans Combat. Toute approche biographique d’André Laude s’accompagne de quelques précautions. Vous êtes cordialement invité-e-s à fournir des éléments qui pourraient aider à dessiner les méandres de cette saga tumultueuse.

Paco, 13 juillet 2009

samedi 27 juin 2009

La guerre des mémoires

Comment les immigrés du Maghreb, d'Afrique Noire et des Dom-Tom construisent-ils des mémoires coloniales dans l'ancienne métropole ? Comment les pieds-noirs d'Algérie construisent-ils une identité du souvenir ? Quels peuvent être les usages sociaux et politiques des mémoires coloniales ? Dans quelle mesure est-il possible de définir l'élaboration de stratégies identitaires associées à la formulation de souvenirs de la colonisation et d'identifier les acteurs qui élaborent ces stratégies ? Comment des mémoires coloniales concurrentes s'affrontent-elles, tout en se recomposant ? Quel peut être le rôle du politique en matière de gestion des mémoires ? Comment s'élaborent, et sous l'influence de quels acteurs ou facteurs, des politiques commémoratives à travers lesquelles une sélection de souvenirs acquièrent le statut d'histoire officielle ? C'est à toutes ces interrogations que ce livre tente de répondre, en soulignant l'étendue du travail qui reste à accomplir.

Eric Savarese est Maître de Conférences en Sciences politiques à l'université de Perpignan. Il a déjà publié L'Ordre colonial et sa légitimation en France métropolitaine. Oublier l'Autre (Paris, L'Harmattan, 1998), Histoire coloniale et Immigration (Paris, Séguier, 2002) et L'Invention des pieds-noirs (Paris, Séguier, 2002).

Eric Savarese. Algérie, la guerre des mémoires. Editions Non Lieu. Janvier 2007.

vendredi 26 juin 2009

Etudes coloniales

http://etudescoloniales.canalblog.com

Ce site édite une revue en ligne qui encourage les recherches consacrées à l'histoire coloniale et post-coloniale, à l'histoire des constructions mémorielles et sur les migrations d'origine coloniale.

dimanche 31 mai 2009

L'arrivée des Pieds-Noirs en Roussillon, en 1962

Moment majeur de notre histoire récente, la décolonisation et ses conséquences continuent d’être des éléments qui marquent nos sociétés. Ce phénomène mondial a eu dans notre pays un retentissement particulier. Car la France avait déployé – et parfois dévoyé - sa propre civilisation, pour faire de l’empire colonial un élément de la puissance française. Ce livre intervient dans un contexte particulier. D’abord, depuis une quinzaine d’années, l’historiographie de la guerre d’Algérie et de ses répercussions en Métropole s’est grandement étoffée. Il n’est plus possible de parler de tabous ou pire « d’histoire officielle » sur cette question.

Notre département est au cœur de ces problématiques. Les Rapatriés d’Algérie ont été nombreux à s’y installer. Ils y sont un des groupes dynamiques de la population depuis un peu plus de 45 ans. Les débats houleux qui existent autour de la construction, à Perpignan, d’un Centre de documentation sur la présence française en Algérie, montre que les enjeux restent très forts dans le domaine de la guerre d’Algérie et de ses diverses conséquences.

Pour cette raison, ce livre, fruit d’une initiation à la recherche effectuée dans le cadre du Master Sciences de l’homme et humanités de l’Université de Perpignan Via Domitia, est fort utile. Il est l’œuvre de Philippe Bouba, jeune historien, fils et petit fils de Pied-Noir. Il a choisi de s’intéresser de près à l’année 1962, à l’impact des événements d’Algérie et à l’accueil des Rapatriés dans les Pyrénées-Orientales. Il reconstitue les faits en n’hésitant pas à pointer les contradictions des uns et des autres.

Étudiant de l'Université de Perpignan Via Domitia de 1998 à 2004, Philippe Bouba a obtenu une Maîtrise et un Master Recherche d'histoire contemporaine. Son axe de travail universitaire était les Rapatriés d'Algérie dans les Pyrénées-Orientales. Actuellement, enseignant dans un Institut Thérapeutique, Éducatif et Pédagogique, il continue ses recherches sur la question coloniale.

- Philippe Bouba. L'arrivée des Pieds-Noirs en Roussillon, en 1962. Editions Trabucaire. Préface de Nicolas Marty et d'Eric Savarese. Mai 2009.

- Maison d'édition Llibres del Trabucaire.

mercredi 20 mai 2009

"D’une Rive, l’Autre : Chroniques Oranaises"

D'une Rive, l'Autre est la saga d'une famille espagnole à Oran, suivant les mouvements d'Histoire de l'Algérie, durant 132 ans. Une Histoire qui fera mêler les peuplements et s'enraciner les individus, les menant de génération en génération, d'enthousiasmes en déconvenues, jusqu'à l'exil en 1962...

Marie-Hélène Carbonel, D’une Rive, l’Autre. Chroniques Oranaises, Editions du Compas, mai 2009.

vendredi 24 avril 2009

Conférence de Benjamin Stora et Mohammed Harbi à Alger

Écrire l'histoire de l'Algérie contemporaine

conférence au Centre culturel d'Alger

le mardi 28 avril 2009


Benjamin STORA.

"La guerre d'indépendance algérienne : usages de ce passé en France, entre histoire et mémoire."

Depuis une quinzaine d'années, la connaissance de la séquence "guerre d'indépendance algérienne" s'est considérablement développée en France, notamment à la suite de travaux universitaires portant, par exemple, sur les images de cette guerre, les refus d'obéissance ou l'activité politique des immigrés algériens.

Mais ce qui frappe, provoque l'interrogation, c'est que cette histoire savante n'arrive pas à freiner les usages abusifs du passé s'exprimant par la puissance des revendications mémorielles, quelquefois portées par des nostalgiques du temps colonial.

Qu'il s'agisse du passé lointain ou du passé proche, une série de débats se sont organisés autour des lois mémorielles, des conflits entre groupes porteurs de la mémoire de l'Algérie. Vingt ans après la rédaction de mon ouvrage, La gangrène et l'oubli, la mémoire de la guerre d'Algérie, cette communication présente les divers aspects de ces conflits qui affectent le statut du travail historique.


Mohammed Harbi.

"Connaissance de l'Algérie à l'épreuve de l'histoire contemporaine."

Où en sommes-nous dans l'écriture de l'histoire contemporaine de l'Algérie ? Comment a été élaborée son historiographie ?
Comment mettre de l'ordre dans le "commerce des idées usagées" ? Que faire du passé colonial ? Comment affirmer et consolider l'émergence du métier d'historien ?

Diapositive1

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Benjamin Stora est né à Constantine. Il est professeur d'histoire du Maghreb à l'université de Villetaneuse (Paris XIII). Il a publié une vingtaine d'ouvrages portant principalement sur l'histoire de l'Algérie contemporaine. Le dernier a pour titre : Les guerres sans fin. Un historien, la France et l'Algérie.

Mohammed Harbi a été maître de conférence en sociologie à l'université Paris VIII (Saint-Denis). Il ets l'auteur de nombreux ouvrages de références sur l'histoire de la révolution algérienne.

Modérateurs : Ouanassa Siari Tengour, maître de conférence à l'université Mentouri de Constantine, et Abdelmajid Merdaci, maître de conférence à l'université Mentouri de Constantine.

mardi 31 mars 2009

Idées reçues, les Harkis


Longtemps occulté, cet épisode dramatique de la guerre d’Algérie commence à être révélé au gré des films et autres témoignages. Cet ouvrage est l’occasion d’apporter un éclairage sur cette page noire de l’histoire de notre pays. Les harkis ont choisi la France. Les harkis soutiennent l’OAS. Les harkis ont été considérés comme des rapatriés dès leur arrivée en France en 1962. L’État français a reconnu la tragédie des harkis. Les harkis forment une communauté.

- Les Harkis, Le Cavalier bleu, collection Idées reçues, 2008, 128 p.

Fatima Besnaci-Lancou est éditrice et auteure de plusieurs ouvrages sur l'histoire et la mémoire des familles de harkis. Elle a reçu le prix Séligman 2005 contre le racisme. Abderhamen Moumen est historien et chercheur, spécialisé sur la question des rapatriés d'Algérie et des harkis.

jeudi 5 février 2009

Idées reçues, les Pieds-Noirs


LES IDEES REÇUES : Les Pieds-Noirs vivaient entre eux - Les Pieds-Noirs étaient tous des colons richissimes - Les Pieds-Noirs étaient tous pour l’Algérie française - La France a abandonné les Pieds-Noirs à leur sort à leur retour - Leur dynamisme leur a permis de réussir - Ils sont des caricatures d’eux-mêmes.

Jean-Jacques Jordi, docteur en histoire et spécialiste des migrations en Méditerranée occidentale aux XIXe et XXe siècles, dirige actuellement le Mémorial national d’outre-mer à Marseille. Il revient ici sur de nombreux de clichés qui occultent une histoire souvent douloureuse.

- Les Pieds-Noirs, Jean-Jacques Jordi,
Le Cavalier Bleu, coll. Idées Reçues, 2009.


samedi 27 décembre 2008

Magazine "Entre Algérie et France"

Magazine "Entre Algérie et France", lieu de rencontres et territoire d'échanges entre cultures. Si vous souhaitez participer à une e-terview, merci de prendre contact avec le magazine : algerieetfrance@yahoo.fr. N'hésitez pas aussi à laisser vos commentaires aux différents articles du magazine web "Entre Algérie et France".

jeudi 18 décembre 2008

Mario Ferrisi



1/ Quelle est l'origine de votre arrivée en Algérie ? A quelle époque date l'installation de votre famille en Algérie ?


- Venant de Tunisie, mes parents sont arrivés en Algérie en 1946. Nous sommes d'origine italienne (région dAgrigente Sicile)

2/ Quels étaient vos liens avec les Algériens lorsque vous étiez enfant puis adulte ?

- Nous habitions à Maison-Carrée (10 kms dAlger). Plus précisément à la frontière entre les quartiers musulmans et la ville elle-même. Par conséquent, j'ai vécu toute mon enfance et mon adolescence auprès de mes camarades arabes. Nos rapports étaient excellents. Je les ai tous revus lors de mon dernier voyage en Algérie. Nous avons été reçus comme des frères, chez l'habitant. Nous continuons d'ailleurs à correspondre.

3/ Quelles ont été les conditions de travail de votre famille en Algérie ?

- Nous étions des « français moyens ». Mon père était contremaître dans une usine de produits chimiques (la SAPCE) où il jouissait dune grande estime auprès de ses collaborateurs algériens, avec lesquels il entretenait d'excellents rapports.

4/ Cinq mots commençant par la première lettre de votre prénom ?

- Méditerranée Maghreb Manuscrit Méditation Molière

5) Faîtes moi part d'un de vos souvenirs d'Algérie ?

- Des milliers de souvenirs heureux et malheureux. Un de ceux-là : nos WE et les grandes vacances épiques passées en bord de mer, au « Bateau-Cassé » près de Fort de l'Eau.

6/ Lindépendance était-elle inévitable ?

- Avec du recul, oui. Mais à cette époque, comme la majorité des jeunes PN, je rêvais dune Algérie française fraternelle. Ce n'était malheureusement qu'un rêve.

7/ Que pensez-vous des gros propriétaires terriens "colons" français ?

- Là je suis mitigé. Certes ils ont contribué à faire prospérer le pays, mais à quel prix. Ils sont responsables de beaucoup d'injustice. Et puis, ils n'ont eu aucun mal à transférer leur fortune dans l'hexagone, bien avant l'indépendance d'ailleurs. Ce ne fut évidemment pas le cas des 90 % de la population européenne restante (essentiellement ouvriers, employés, cadres).

8/ Quels sont vos sentiments à propos de lOAS ?

- Un des buts de lOAS était de retrouver la fraternité du 13 mai 58 et de défendre le mythe « Algérie française » Par la suite, elle devint féroce et aveugle, ensanglantant de façon dramatique la fin de la guerre. Elle précipita le départ des français.

Bilan des massacres de CIVILS, égorgements, etc... des deux camps :
L'OAS a tué environ 2000 personnes civiles
Le FLN a tué 5463 civils (2788 européens + 2675 disparus)
Le FLN a tué 29674 civils (16378 français musulmans + 13296 disparus)
Le FLN a massacré après le cessez le feu entre 15000 et 100000 Harkis désarmés
(chiffres officiels confirmés sur Wikipedia)

9/ Que pensez-vous de De Gaulle ?

- Opinion mitigée : durant « la période des mensonges » 58/62, des centaines d'hommes et de femmes sont morts alors que la guerre était militairement gagnée et quil savait que l'Algérie allait être offerte sur un plateau. Après l'indépendance, résolument tourné vers l'Europe et le monde, il s'est avéré être l'un des meilleurs hommes détat que la France ait jamais eu.

10/ Cinq mots pour définir votre Algérie ?

- Mon Algérie : Beauté Richesse Soleil Fraternité - Concorde

Je citerais aussi la déclaration de juin 2005, d'Hocine Aït Ahmed, dirigeant historique de l'insurrection FLN en 1954, à laquelle je souscris pleinement :

« Les cultures juive et chrétienne se trouvaient en Afrique du Nord bien avant les arabo-musulmans, eux aussi colonisateurs, aujourd'hui égémonistes ».
« Avec les Pieds-noirs et leur dynamisme je dis bien les Pieds-Noirs et non les Français l'Algérie serait aujourd'hui une grande puissance africaine, méditerranéenne. »

11/ Quest-ce quune personne déracinée selon vous ?

- C'est quelqu'un qui ne s'intègre pas dans une société.

12/ Que pensez-vous du FLN ?

- Il est demeuré, avant et après 1962, un parti totalitaire et sanguinaire. Les actualités récentes le confirment tristement.

13/ Que pensez-vous des français de métropole lors de la guerre dAlgérie ?

- A cette époque, hormis de son pétrole et de ses ressources naturelles, la majorité des français de métropole se fichait complètement de l'Algérie et de ses habitants.

14/ Faîtes moi part de vos conditions d'arrivée en métropole ?

- Elles ont été correctes, sans plus. Le premier souci de ma famille : trouver un emploi et un gîte.

15/ Lors de cette arrivée par quoi avez-vous été vous le plus surpris ?

- Le froid du climat, le froid des curs, la lourdeur des consciences.

16/ Quelles ont été vos déceptions ? Quelles étaient vos aspirations lors de larrivée en métropole ?

- Se reconstruire sans l'aide de quiconque.

17 / Avez vous un message à faire passer aux Algériens ?

- Quil ne sert à rien de tenter de refaire cette guerre après un demi-siècle. Que jai toujours aimé les peuples arabe et kabyle, avant et après 1962. Cest pour cela que je nai jamais eu de sang sur les mains. Ils restent mes frères. J'aurais tant aimé rester là-bas. L'Algérie est si magnifique.

18/ La France (la métropole) est-elle après toutes ces années votre pays ? Expliquez pourquoi ?

- Je suis un fils dimmigré. La France est, par défaut, ma nouvelle terre d'accueil, puisque mes racines et mon coeur sont restés au Maghreb.

19/ Quest-ce que l'intégration selon vous ? Les Pieds Noirs ont-ils été intégrés ? Sil y a eu intégration ou sil ny a pas eu intégration, quelles en sont les raisons selon vous ?

- L'intégration sest faite naturellement, puisque Européen. Cest plus difficile pour les gens de couleur et les Maghrébins. A présent, cest un fait, nous vivons dans une société multiraciale et cela ne me dérange pas outre mesure. Seul hic : la montée des intégrismes et du communautarisme. Je crois que nous devons demeurer vigilants.

20/ Par quoi avez-vous envie de terminer votre E-terview ?

- Je terminerais par un souhait concernant les médias en général. Qu'ils ne succombent pas au phénomène de mode qui consiste à s'associer systématiquement aux sirènes de la repentance à sens unique, dautant que la plupart du temps ils ne connaissent rien de l'Histoire avec un grand H. Les guerres sont des cataclysmes avec leur cortège d'horreurs et ceux quil faut condamner ce sont les hommes politiques qui les déclenchent et qui les alimentent. Ce sont toujours les peuples qui souffrent et qui paient leur lourd tribut. Dans ce cas précis, cest ce grand peuple dAlgérie, les Juifs, les Kabyles, les Arabes et les Pieds-noirs, si affreusement torturé, si honteusement manipulé.

Site officiel de Mario Ferrisi, écrivain - romancier

18 décembre 2008

samedi 6 décembre 2008

Jean Paul Gavino

1/ Quelle est l’origine de votre arrivée en Algérie ? A quelle époque date l’installation de votre famille en Algérie ?

Italienne - Espagnole - Française entre 1835 et 1840.

2/ Quels étaient vos liens avec les Algériens lorsque vous étiez enfant puis adulte ?

Amicales - Fraternelles - mes parents aussi.
A l'école, sur les stades partout où se retrouvent les enfants.

3/ Quelles ont été les conditions de travail de votre famille en Algérie ?

Très dures papa était petit fonctionnaire de mairie à Médéa et maman était representante des Galeries Lafayette de Paris (vente par correspondance) 6 enfants et on avait pas toujours de bois pour se chauffer l'hiver.

4/ Cinq mots commençant par la première lettre de votre prénom ?

Joie-Justice - Jeunesse- Juste- Justement

5) Faîtes moi part d'un de vos souvenirs d'Algérie ?

Pleins, remplis de bons souvenirs durant mon enfance et terribles lors de mon adolescence -(  attentats - sang- carnage- enlèvements - bombes- grenades-le département de Médéa etait très chaud "willaya 4". Mais j'en garde que du bonheur malgré tout çà.

6/ L’indépendance était-elle inévitable ?

Peut être mais pas de cette façon. les Algériens indépendantistes se sont trompés d'ennemis . Nous étions pour eux les représentants de La France . Mais pour moi avec le recul la guerre d'Algérie a été surtout une guerre de religion ( date de l'insurrection 1° novembre) la Toussaint (fêtes des morts) chez les Chrétiens. Cela est un symbole...

7/ Que pensez-vous des gros propriétaires terriens colons" français ?

Cette question me fait sourire : pourquoi n'y aurait il pas eu des riches en Algérie . Des colons - des avocats- des medecins - des chirurgiens comme en France et ailleurs. Pour votre gouverne personnelle chez les musulmans " les Tamzali" (huileries d'Alger) les Saffar ( Medea) les Mokbat( Medea) les Mergoub (Medea) beaucoup de ces familles algériennes étaient plus riches que beaucoup de familles de Français d'Algérie "chrétiens ou juifs d'ailleurs".

8/ Quels sont vos sentiments à propos de l’OAS ?

Ce sont les derniers résistants de l'algérie Française - mais comme vous le savez " honte aux perdants et gloires aux gagnants . Les gens de l'ALN ont gagné la guerre (politiquement) ils sont pour le peuple algérien devenus "RESISTANTS" alors qu'ils étaient terroristes pour la France . Les militants OAS sont pour les Pieds Noirs des résistants et pour les Français de France et les Algériens des terroristes. Les symboles des mots peuvent changer en fonction des victoires ou défaites .

9/ Que pensez-vous de De Gaulle ?

Rien que lire ou prononcer son nom me donne des boutons . C'est le mot à ne jamais prononcer pour les Pieds Noirs et Harkis.C'est lui le traitre à notre cause commune : à tous les algériens ou français d'algérie de l'époque toutes religions confondues. C'est lui qui est la cause de notre exil et la cause de prise du pouvoir du FLN en Algérie . HONTE A LUI ET A SA MEMOIRE.

10/ Cinq mots pour définir votre Algérie ?

AMOUR - RACINES - PAYS - SOLEIL - CIEL.

11/ Qu’est-ce qu’une personne déracinée selon vous ?


C'est une personne qui a quitté son pays contre son gré, qui ne pourra plus revivre dans son pays d'origine . Un exilé perpétuel.

12/ Que pensez-vous du FLN ?

Celui de tous les malheurs de tous les Algériens ( le divorce entre nous tous- la fin qui ne justifie pas les moyens extrèmes qu'ils ont mis en pratique ; la lachete des attentats - la mort d'innocents de toutes origines. La première victoire d'un frange terroriste qui a eu le pouvoir et qui l'a encore. Depuis ils ont fait des émules dans le monde entier. C'est eux qui ont lancé le TERRORISME PLANETAIRE...

13/ Que pensez-vous des français de métropole lors de la guerre d’Algérie ?*

Bof bof cela veut tout dire. Très peu se sont intéressés à nous mais le peu était vraiment formidable.

14/ Faîtes moi part de vos conditions d’arrivée en métropole ?

Dur, très dur le malheur sur notre tête.

15/ Lors de cette arrivée par quoi avez-vous été vous le plus surpris ?

Que la France était moins bien équipée que certaines villes d'Algérie.

16/ Quelles ont été vos déceptions ? Quelles étaient vos aspirations lors de l’arrivée en métropole ?

Que déceptions- tristesse- rancoeur tous les mots excessifs que l'on ressent dans une mère patrie ingrate à notre égard.

17 / Avez vous un message à faire passer aux Algériens ?

Oui qu'ils apprennent leur histoire avec nous. Bien sur il y a des zones d'ombres mais beaucoup de zones blanches . Quand les découvreront-ils? Si l'on était restés ensemble l'Algérie serait la Californie.

18/ La France (la métropole) est-elle après toutes ces années votre pays ? Expliquez pourquoi ?

JAMAIS NOTRE PAYS EST L' ALGERIE et notre patrie était la France. Mais depuis toutes ces années, pour moi la France n'est plus ma patrie et l'algérie reste mon pays . Je suis un exilé sans patrie , je n'ai pas de nation, plus de pays , je suis un Palestinien...de l'époque...

19/ Qu’est-ce que l’intégration selon vous ? Les Pieds Noirs ont-ils été intégrés ?

S’il y a eu intégration ou s’il n’y a pas eu intégration, quelles en sont les raisons selon vous ? intégration oui dans le travail la réussite la famille mais pas de liens très très forts avec les patos (Français métropolitains)...

20/ Par quoi avez-vous envie de terminer votre E-terview ?

UN GACHIS, UN ENORME GACHIS FAIT PAR DES HOMMES SANS SCRUPULES QUI ONT FAIT LEUR COMBAT AUSSI BIEN EN FRANCE QU EN ALGERIE UN COMBAT IDEOLOGIQUE EN OUBLIANT TOUT SIMPLEMENT LES HOMMES ET LEURS HISTOIRES INTIMES FAITES D AMITIES DE RACINES DE TRAVAIL DE PAIX ET TOUT SIMPLEMENT D AMOUR. ILS NOUS ONT SEPARES ET C'EST LEUR PLUS GRAND CRIME QU'ILS ONT COMMIS.

5 décembre 2008

dimanche 30 novembre 2008

Entre histoire et mémoire: les rapatriés d'Algérie : dictionnaire bibliographique



Abderahmen Moumen a réalisé avec succès un ouvrage capital. Au total, le lecteur trouvera quelque 500 références dont certaines en appellent bien entendu d’autres ! Une bonne partie de celles-ci sont commentées et apportent d’utiles renseignements à tous ceux qui veulent en savoir plus sur les Pieds-Noirs. D’emblée, avec une grande honnêteté, Abderahmen Moumen nous précise les cadres de sa recherche : il s’agit bien de cerner l’étude bibliographique sur les seuls rapatriés d’Algérie. Ensuite, le cadre temporel reste celui compris entre 1962 et 2002. On ne s’étonnera point de ne pas trouver d’ouvrages sur la présence française en Algérie ou sur la Guerre d’Algérie.

- MOUMEN Abderahmen, ENTRE HISTOIRE ET MEMOIRE : LES RAPATRIES D’ALGERIE, Dictionnaire bibliographique, Jacques Gandini, 2003.

La guerre des mémoires : La France face à son passé colonial



Présentation de l'éditeur.
Harkis, pieds-noirs, descendants d'esclaves ou petits-enfants de colonisés..., la guerre des mémoires enfle. Chaque communauté, réelle ou auto-proclamée, réclame une stèle, un mémorial, une loi. Communautarisme ! Atteinte à la République ! Maladie de la repentance ! Tandis que les uns crient au sacrilège, des associations noires et des enfants de l'immigration post-coloniale revendiquent simplement leur place dans le récit national.

Dans un dialogue avec le journaliste Thierry Leclère, l'historien Benjamin Stora, spécialiste de la guerre d'Algérie et de la question coloniale, décode cette formidable foire d'empoigne, riche de passions, de douleurs enfouies et d'arrière-pensées politiques.

Comment se vivre comme descendant d'esclaves ou comme fils et fille de colonisés ? Ce choc des mémoires est-il une rumination vaine du passé ou, au contraire, une relecture "thérapeutique" de l'histoire? Qu'est-ce qu'être Français, aujourd'hui ? Un débat du présent, qui concerne chacun d'entre nous car il interroge le nouveau visage de la France.

- La guerre des mémoires : La France face à son passé colonial de Benjamin Stora et Thierry Leclere. Editions de l'Aube, 2007


dimanche 2 novembre 2008

عبد القادر الجزائري
















Abd El-Kader ou Abdelkader (arabe : عبد القادر الجزائري 'Abd al-Qādir al-Djazā'irī, Abd el-Kader l'Algérien) (né le 6 septembre 1808 près de Mascara en Algérie - décédé le 26 mai 1883 à Damas Syrie), est un émir et sultan algérien, théologien soufi, homme politique et résistant militaire face à l'armée coloniale française, également écrivain-poète et philosophe.

Lettres algériennes



Rachid Boudjedra, Lettres algériennes, Grasset, 1995 - Le Livre de Poche, 1997

Rachid Boudjedra, né à Aïn Beida (Constantinois) en 1941, est un écrivain et poète algérien de langue française et de langue arabe.

Anarchistes français



S’appuyant sur une lecture scrupuleuse de la presse libertaire de cette époque (1946-1962), Sylvain Boulouque nous restitue toute la gamme des analyses et attitudes ayant existé dans le mouvement libertaire par rapport aux luttes anti-coloniales. Pour celles et ceux qui auraient pensé que le soutien libertaire à ces dernières allait sans doute de soi, comme une évidence libratrice, la lecture de ce document leur montrera, au contraire, l’extraordinaire polyphonie qui régnait alors.

BOULOUQUE Sylvain, Les anarchistes français face aux guerres coloniales (1945 - 1962), Les éditions Atelier de création libertaire, mai 2003, 120 pages

Trotskystes et Libertaires contre la Guerre d’Algérie



"La France n’en a pas fini avec la guerre d’Algérie. Au moment où les tortionnaires reconnaissent leur sale besogne, sortent de l’ombre ceux qui se sont engagés aux côtés du FLN dès le début de l’insurrection algérienne. Les camarades des frères retrace l’épopée d’hommes et de femmes qui se sont engagés aux côtés du FNL algérien. Cette histoire est aussi celle des courants trotskistes et libertaires dans les années 1950. Publiques ou clandestines, ces actions de soutien sont diverses : impression de tracts, exfiltration de dirigeants du FLN, construction d’une usine d’armes au Maroc, fabrication de faux papiers, voire de fausse monnaie… La prison est souvent au bout du chemin.

PATTIEU, Sylvain . Camarades des frères. Trotskystes et libertaires contre la Guerre d’Algérie, Editions Syllepse, Juin 2002, 253 pages.

samedi 1 novembre 2008

L’Algérie dépassionnée




Au-delà des polémiques qui se multiplient dans un contexte marqué par les guerres de mémoires algériennes, un collectif d’universitaires a fait le pari de produire un travail de recherche destiné à devenir un outil de médiation scientifique. Dans quelle mesure est-il possible de produire un récit historique à la fois juste sur le plan factuel et construit pour ne point arbitrer entre des mémoires concurrentes ?

Comment s’articulent l’histoire et les mémoires qui s’affrontent ? Quel peut être le rôle des chercheurs pour proposer une alternative à la guerre des mémoires algériennes ? Autant de questions ici évoquées à la fois dans le cadre de travaux individuels et dans un rapport de recherche pensé par ce collectif d’universitaires (Raphaëlle Branche, Jean-Robert Henry, Jean-Charles Jauffret, Claude Liauzu, Gilbert Meynier, Valérie Morin, Guy Pervillé, Yann Scioldo-Zücher, Benjamin Stora, Sylvie Thénault) et rédigé par Éric Savarèse.

Si nul ne saurait prévoir l’issue des querelles mémorielles en matière algérienne, les chercheurs investis dans ce projet ont souhaité fournir les arguments susceptibles d’impulser un dialogue entre des groupes qui entretiennent des rapports conflictuels au regard du passé colonial. C’est bien un enjeu national qui se trouve ici analysé : comment aborder les guerres de mémoires algériennes, et quelles sont les solutions à proposer ?

Éric Savarese est maître de conférence en science politique à l’Université de Perpignan-Via Domitia. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages parmi lesquels L’ordre colonial et sa légitimation en France métropolitaine. Oublier l’Autre, Paris, L’Harmattan, 1998 ; L’invention des pieds-noirs, Paris, Séguier, 2002 ; et, plus récemment, Algérie, la guerre des mémoires, Paris, Non Lieu, 2007.


mardi 28 octobre 2008

Mouloud Chaieb - Message de paix et d’amour

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Mouloud Chaieb, cadre dans une grande entreprise en Algérie a effectué ses études en Pologne, là où il a vécu plus de quinze ans, après son retour au pays, croyant pouvoir être au service public, il se retrouva une fois de plus exclu. Il décida alors d'expliquer ce phénomène par l'écriture d'une autobiographie basé sur des faits réels. Son histoire retrace l'enfance colonisée, l'exclusion et les révolutions sans « R » qu'il faut en faire pour apprendre seul, a gouverné.
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1- Cinq mots commençant par C vous définissant bien ?

Charitable
Compatissant
Cordial
Chaleureux
Courageux

2- Pouvez-vous définir votre ouvrage en quelques phrases ?

Mon ouvrage est un message de paix et d’amour, il répond en vérité à toutes vos questions et il nous interpelle à se donner la main. C’est une autobiographie, un témoignage basé sur des faits réels, l’enfance colonisée, la guerre, l’exclusion, un récit peut-être naïf mais qui donne une réponse au soulèvement du peuple Algérien, la cause profonde de la guerre, le départ massif d’une certaine catégorie de la population Algérienne après l’indépendance et l’origine des problèmes que nous vivons aujourd’hui et que nous devons assumer ensembles.

4- Quelles auraient été selon vous les conditions pour qu'Algériens et Français vivent en harmonie ?

L’intégration de la population indigène avec une participation active à la vie politique, économique et sociale, toutefois, si le peuple Algérien avait à revendiquer son autonomie ou son indépendance, elle aurait eu lieu sans effusion de sang ni déchirure.

5- C’est quoi selon vous "une personne déracinée" ?

Sacrifiée

6- Quel est le mot ou la citation qui vous hante constamment ?

« Pourquoi me tuer vous ? Et quoi, ne demeurez-vous pas de l’autre côté de l’eau ? » Mon ami, si vous demeuriez de ce côté, je serais un assassin, et cela serait injuste de vous tuez de la sorte, mais puisque vous demeurez de l’autre côté, je suis un brave et cela est juste. » Pascal Blaise

7- Pensez-vous que l'Algérie a raté son rendez-vous avec l'histoire ?

Non

8- Que signifie pour vous le mot « rencontre » ?

Dialogue

9- Mouloud Chaieb en 5 dates.

1er Nov 1954
20 Aout 1955
20 Janvier 1959
19 Mars 1962
5 Juillet 1962

10- Quel serait votre projet littéraire le plus fou ?

Une œuvre philosophique, trop naïve peut-être et que je compte l'édité en 2009. Je souhaite par cette œuvre ajouter à la vigueur de la jeunesse une meilleure interprétation des mots qui lui permettent de communiquer avec son prochain. Une œuvre peut-être banale mais qui pourrait peut être nous permettre de mieux gérer notre amour propre, nos désirs et nos ambitions.

11- Si vous exerciez de hautes responsabilités à la tête de votre pays, quelle serait la première décision que vous prendriez ?

Une justice indépendante dotée de valeurs morales et matérielles pour faire face à toute sorte de corruption.

12- Je suis fils et petit fils de pieds noirs d'Alger qui ont quitté et tout laissé derrière eux en Algérie. Avez-vous un message à faire passer à cette communauté déchirée ?

La révolution Algérienne était inévitable en face de l’exclusion et de la pauvreté mais l’organisation de l’armée sécrète aurait pu être évité pour ne pas élargir encore plus le fossé qui existait entre les deux communautés. Je dirais cependant à tous les nostalgiques, à leurs enfants et leurs petits enfants qu’ils sont chez eux dans toutes villes et villages d’Algérie, il faut seulement reconstruire les ponts, instaurer la confiance, développer la communication et ne pas être passif en face des injustices, de l’exclusion et toute sorte d’extrémisme.

13- Quel est votre peintre préféré ?

Vincent Van Gogh

14- Quelles sont vos peurs ?

Ne pas être compris

15- Que peut-on souhaiter à Mouloud Chaieb pour son avenir ?

Qu’il soit aimé...

16- L’Algérie finira t-elle un jour par devenir un pays stable ?

Oui

17- Un mot, un seul pour définir l'Algérie ?

Un beau pays

18- Alger ou Collo ?

Collo

19- Quel est l'artiste algérien que vous souhaiteriez faire découvrir aux Français ?

Yasmina Khadra

20- Par quoi souhaiteriez-vous terminer cet E-terview ?

L’être humain est l’animal le plus social des créatures et je souhaite à tous la connaissance de son histoire. Je crois toutefois qu’il est plus bénéfique d’analyser les causes de ses malentendus que de juger les acteurs.
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Vincent Bouba, 28 octobre 2008
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lundi 20 octobre 2008

Albert Camus, un Homme révolté


Avec le livre "Albert Camus et les libertaires (1948-1960)", les éditions Egrégores offrent un document très convaincant sur l’engagement du Prix Nobel de littérature 1957 aux côtés des anarchistes.

Dédié chaleureusement à Catherine Camus, l’ouvrage regroupe de nombreux textes de et sur Camus rassemblés et commentés par Lou Marin. Depuis trente ans, Lou Marin milite au sein d’un courant anarchiste non-violent de langue allemande, Graswurzelrevolution, continuateur de la revue française Anarchisme et non-violence que l’on retrouve à présent sur Internet sous l’appellation Anarchisme et non-violence 2. Pour les anarchistes, Albert Camus est une référence incontournable. En particulier pour celles et ceux qui sont touché-e-s par les réflexions de Camus sur la violence révolutionnaire. Comme le rappelle cet ouvrage, l’auteur de L’Homme révolté, admirateur de Gandhi, rejetait toutes les violences. « Je crois que la violence est inévitable (…) Je dis seulement qu’il faut refuser toute légitimation de la violence », expliquait-il.

C’est en rencontrant Rirette Maîtrejean (1887-1968), co-éditrice du journal L’Anarchie avec Victor Kibaltchich (alias Victor Serge), qu’Albert Camus fut sensibilisé à la pensée libertaire. Rirette était correctrice au journal bourgeois Paris Soir. Albert y était rédacteur et secrétaire de rédaction. Au marbre comme pendant les mois d’exode, en 1940, avec Rirette et des typos, correcteurs et imprimeurs souvent anarcho-syndicalistes, Camus eut le temps de découvrir les traditions libertaires en France. Peu à peu, Camus, le « camarade absolument parfait », fit la connaissance des anarchistes responsables de diverses publications françaises (Le Monde libertaire, Défense de l’Homme, Liberté, Le Libertaire, Témoins…) ou étrangères (Volonta, Solidaridad Obrera, Arbetaren, Die freie Gesellschaft, Reconstruir, Babel…). Camus collabora régulièrement à certains de ces journaux et rencontra ses animateurs. Il profita même de son séjour à Stockholm, lors de la remise de son prix Nobel en 1957, pour se faire interviewer par Arbetaren et visiter les locaux de la Sveriges Arbetaren Centralorganisation (SAC), l’organisation anarcho-syndicaliste suédoise.

Dans les années 1930, Albert Camus semblait avoir déjà des prédispositions pour les analyses libertaires. Il s’était fait viré du parti communiste, en 1937, parce qu’il soutenait Messali Hadj, leader du Mouvement nord-africain (MNA), parti rival du FLN qui entretenait des contacts avec le mouvement libertaire et les syndicalistes révolutionnaires de La Révolution prolétarienne (où Camus allait écrire). Le drame espagnol touchait aussi particulièrement Camus le méditerranéen. Appels, articles et meetings se succédèrent pour venir en aide aux militants antifranquistes. En février 1952, salle Wagram à Paris, il participa à un meeting pour soutenir cinq militants de la CNT condamnés à mort. Malgré les querelles qui faisaient rage entre eux et Camus, André Breton et Jean-Paul Sartre avaient fait le déplacement.

Albert Camus s’exprima régulièrement dans Témoins, revue antimilitariste et libertaire qui était ouverte à tous les courants anars. Son antimilitarisme l’engagea naturellement aux côtés de l’anarchiste Louis Lecoin, dans les colonnes de la publication Défense de l’Homme, mais aussi dans la lutte pour l’obtention d’un statut en faveur des objecteurs de conscience. Écrit par Camus, le projet de statut fut approuvé par les membres du comité de secours aux objecteurs de conscience et diffusé par les militants pacifistes et libertaires, notamment dans un numéro spécial de la revue Contre-courant.

Textes à l’appui, l’ouvrage revient sur les polémiques provoquées par L’Homme révolté, sur les débats dans Témoins ou dans La Révolution prolétarienne. Il est question encore des Groupes de liaison internationale (GLI), du soutien apporté à Maurice Laisant lors du procès fait aux Forces libres de la Paix, des campagnes en faveur de Gary Davis (aviateur de l’US Air Force) ou contre la peine de mort, des réactions de Camus au moment des émeutes de Berlin-Est en 1935, de Poznan en 1956, de la révolution hongroise…

Textes politiques et philosophiques se succèdent pour cerner le Camus qui affirmait : « Bakounine est vivant en moi ». Mais, parmi tous ces textes, c’est sans doute le témoignage des ouvriers du Livre (réunis par Georges Navel en vue d’un article dans leur publication professionnelle) qui donne le mieux la dimension humaine de notre ami. « C’était vraiment un gars du marbre Camus, on pouvait le considérer comme un ouvrier du Livre (…) Il avait toutes nos qualités et tous nos défauts, il était exactement dans l’ambiance du marbre aussi bien du point de vue gaieté, du point de vue blague, il était dans tous les coups, dans la tradition », dit Roy, un délégué syndical de Combat à l’époque où Camus en était le rédacteur en chef. « Camus était plus souvent au marbre qu’à la rédaction », dit un autre. « Une chose qui peut surprendre, c’est que s’il était à l’aise parmi les ouvriers, il n’était pas à l’aise parmi les journalistes. Peut-être n’avait-il pas été admis par les journalistes comme il avait été admis par nous », suggère Rirette Maîtrejean.

Comme le constate en épilogue Freddy Gomez, « la place laissée vide par la disparition de Camus l’espagnol ne fut jamais comblée ». En mai 1952, dans une réponse adressée à Gaston Leval, Albert Camus affirmait que la société de demain ne pourra pas se passer de la pensée libertaire. En 2008, cette évidence devient de plus en plus criante. Que les libertaires retroussent leurs manches…

Paco

- Albert Camus et les libertaires (1948-1960), éditions Egrégores, 268 pages. 15€. Les éditions Egrégores sont membres du Club du livre libertaire.

- Le livre sera présenté dans divers lieux :
Au salon du livre libertaire organisé par la CNT les 17 et 18 octobre à Saint-Etienne.
Au salon du livre de Tournus le 2 novembre.
Au CIRA de Marseille le 8 novembre.
A la librairie Le Bal des Ardents (17, rue Neuve 69001 Lyon) le 13 novembre dans le cadre de l’exposition Albert Camus et les libertaires qui sera présentée du 13 novembre au 13 décembre. Marc-Henri Arfeux (qui a dirigé l’édition de L’Homme révolté chez Folio) donnera également une conférence. Informations auprès de la librairie Le Bal des Ardents
Et également des dates à venir à la librairie Publico (à Paris), à Bordeaux, à Périgueux…

samedi 13 septembre 2008

Albert Camus et les Libertaires

L’action d’Albert Camus aux côtés des anarchistes a longtemps été occultée par les chroniqueurs, pour ne pas dire les censeurs. À Lourmarin, où Camus repose, une exposition et un colloque réparent « l’oubli ».

Camus est né en Algérie, en 1913, dans une famille pauvre. Orphelin de père (tué en 1914 lors de la bataille de la Marne), Albert a été élevé par sa mère, une femme d’origine espagnole presque sourde et analphabète, et sa grand-mère. Soutenu par ses instits et professeurs, dont Louis Germain et Jean Grenier, il fera de brillantes études mais, touché par la tuberculose, ne pourra pas décrocher l’agrégation et le professorat qu’il convoitait

C’est à Alger républicain que Camus fera ses premières armes dans le journalisme. Ecrivain, dramaturge, essayiste, il écrira et publiera successivement La Révolte dans les Asturies (1936), L’Envers et l’endroit (1937), Noces (1939), L’Étranger et Le Mythe de Sisyphe (1942). Pendant la guerre, il rejoindra la rédaction de Combat clandestin. À la Libération, il en deviendra le rédacteur en chef. Il quittera Combat en 1947 et poursuivra son œuvre en publiant La Peste (1947), Lettres à un ami allemand et L’État de siège (1948), L’Homme révolté (1951), La Chute (1956)... En 1957, Camus a reçu le prix Nobel de littérature. La même année sortait Réflexions sur la peine capitale. Il est mort le 4 janvier 1960 dans un accident de voiture. Son ami Michel Gallimard était au volant. Camus avait quarante-sept ans et jouissait d’une renommée internationale. Il est enterré dans le cimetière de Lourmarin, village où il avait acheté une maison en 1958.

La guerre d’Algérie faisait des ravages à la mort de Camus. Elle est pour beaucoup dans les polémiques qui entourèrent l’écrivain. Bien que Pied-noir, Camus a été l’un des premiers à dénoncer le colonialisme français et à soutenir les Algériens musulmans dans leur volonté d’émancipation culturelle et politique, tout en émettant de très sérieuses réserves sur le FLN qu’il jugeait trop autoritaire et centraliste.

Sa vive sympathie pour le mouvement libertaire n’aida pas à apaiser les critiques. De nombreux indices illustrant son attachement à la tradition anarchiste parsèment ses écrits, pièces de théâtre, essais et romans. Pour ne parler que de lui, L’Homme révolté résonne comme une véritable profession de foi. L’ouvrage s’inscrit dans une problématique purement libertaire. Comment faire la révolution en évitant le recours à la terreur ?

Dans les années 1940 et 1950, Camus entretiendra des liens étroits avec les responsables de journaux anarchistes, francophones ou non. Parmi eux, Rirette Maîtrejean (coéditrice du journal L’Anarchie), Maurice Joyeux et Maurice Laisant (du Monde libertaire), Jean-Paul Samson et Robert Proix (de la revue culturelle et antimilitariste Témoins), Pierre Monatte et André Rosmer (de La Révolution prolétarienne), Louis Lecoin (de Défense de l’homme et de Liberté), Gaston Leval et Georges Fontenis (du Libertaire), Giovanna Berneri (veuve de l’anarchiste Camillo Berneri assassiné à Barcelone, du journal italien Volontà), José Ester Borràs (du journal espagnol Solidaridad Obrera)... Camus avait aussi des contacts avec des journaux anarcho-syndicalistes suédois (Arbetaren), allemand (Die freie Gesellschaft) et latino-américain (l’Argentin Reconstruir).

Les interventions d’Albert Camus aux côtés des anarchistes sont nombreuses. Il soutenait par exemple l’antimilitariste Maurice Laisant lors du procès fait aux Forces libres de la paix qui étaient poursuivies pour leur lutte contre la guerre d’Indochine. « Il me semble impossible que l’on puisse condamner un homme dont l’action s’identifie si complètement avec l’intérêt de tous les autres hommes. Trop rares sont ceux qui se lèvent contre un danger chaque jour plus terrible pour l’humanité », plaida-t-il devant un tribunal sourd à ses arguments. Le compte-rendu de l’audience fut publié en février 1955 dans Le Monde libertaire. Camus était présent dans les meetings et manifestations organisés par les libertaires contre la répression en Espagne ou dans les pays de l’Est (à Berlin-Est en 1953, à Poznan et à Budapest en 1956). « Le monde où je vis me répugne, mais je me sens solidaire des hommes qui y souffrent », disait-il.

Auteur d’articles publiés dans Le Libertaire et dans Le Monde libertaire, Camus était également très proche des syndicalistes révolutionnaires de La Révolution prolétarienne avec qui il fonda les Groupes de liaison internationale (GLI) qui aidaient les victimes des régimes totalitaires, staliniens et franquiste notamment. La situation en Espagne était au cœur de ses préoccupations. Dans Le Libertaire du 26 juin 1952, il publia un texte pour exposer les raisons de son refus de collaborer avec l’UNESCO où siégeait un représentant de l’Espagne franquiste. Quand Louis Lecoin lança, en 1958, sa campagne pour l’obtention d’un statut pour les objecteurs de conscience, Albert Camus était toujours là. Membre du comité de secours aux objecteurs aux côtés d’André Breton, de Jean Giono, de Lanza del Vasto, de l’abbé Pierre, il rédigea le projet de statut et participa activement à la campagne qui aboutira, en 1963, par une victoire qu’il ne verra pas. Homme révolté, insoumis, admirateur de Gandhi, Camus milita contre tous les terrorismes et imprégna de non-violence son idéal libertaire. « Ni victimes ni bourreaux... »

Après sa disparition brutale, les anarchistes furent abattus. Leur désarroi se lisait dans Le Monde libertaire de février 1960. Le mensuel publia des contributions de Maurice Joyeux, Maurice Laisant, F. Gomez Pelaez, Roger Lapeyre, J.-F. Stas et Roger Grenier. La rédaction du ML signa un article intitulé Albert Camus ou les chemins difficiles. Ce qui résume bien la vie et l’œuvre d’un philosophe qui refusait d’être considéré comme un guide, un maître à penser.

« Albert Camus, qui au-dessus de tout plaçait l’esprit d’équipe, était notre camarade, écrivaient les anars en deuil. Son amitié, qui n’a jamais supposé une adhésion entière à toutes les solutions que nous proposons aux hommes, ne s’est jamais relâchée. Sa présence, dans nos manifestations, ses contacts avec quelques-uns d’entre nous aux heures difficiles en font foi. » Maurice Laisant, qui avait reçu un soutien appuyé de Camus devant la 17ème Chambre correctionnelle, ne cachait pas non plus son émotion : « Chacun voudrait dire son deuil de celui que nous perdons et en le faisant aujourd’hui, j’ai le sentiment de reconnaître la dette de tous les pacifistes envers celui qui fut plus qu’un grand homme : un homme ! »

Paco

- Les Journées Albert Camus se dérouleront au château de Lourmarin, les 10 et 11 octobre 2008, avec des témoins, des écrivains, des chercheurs, des journalistes. Entrée libre. Informations en écrivant à l’association Rencontres méditerranéennes Albert Camus, mairie 84160 Lourmarin. Renseignements par téléphone au 04 90 08 34 12 ou par Email : andree.fosty@free.fr

- Les textes publiés par Le Monde libertaire après la mort d’Albert Camus ont été réunis dans le numéro 26 de la revue Volonté anarchiste. Ils sont, avec d’autres textes illustrant les liens entre Camus et les libertaires, également disponibles sur le site web du 
Centre de documentation anarchiste du groupe Maurice-Joyeux de la Fédération Anarchiste 

- On peut encore lire L’œuvre et l’action d’Albert Camus dans la mouvance de la tradition libertaire, un essai de Teodosio Vertone publié par l’Atelier de création libertaire.